
Sur la mythique montée des marches, micro à la main et smartphone en poche, ces nouveaux visages captivent des millions de followers. Qui aurait cru que les « influenceurs » deviendraient les nouveaux relais de l’effervescence cannoise ? D’un simple coup de pouce dans un réel, ils insufflent au Festival une dimension instagrammable. La clé du succès ? Ils invitent leurs abonnés à plonger dans les coulisses, là où le grand public n’a pas toujours accès. Car avant eux, les backstages de la Croisette étaient un secret bien gardé, seulement réservé aux stars du septième art.
Les créateurs, eux-mêmes des outils de com’ ?
Les marques l’ont bien compris : pour faire briller leurs logos et raconter l’aventure Cannes autrement, quoi de mieux qu’un influenceur chéri par la génération Z ? Agences et partenariats officiels orchestrent invitations et placements, dans l’espoir de générer un « buzz » instantané. Résultat : trois minutes de live peuvent valoir des centaines de milliers d’impressions, et chaque story devient un sésame vers une audience plus jeune et plus connectée. L’enjeu est simple : faire de l’événement un sujet de conversation à la portée de tous. Interviews enjouées, anecdotes croustillantes et regards inédits sur le Festival. Les influenceurs jouent la carte de la proximité, comme une copine qui vous emmène là où vous ne devriez pas avoir accès en temps normal…
Les influenceurs montent au créneau
Car c’est bien là que réside la controverse. Si les ‘starlettes’ ont toujours fait partie de l’histoire de Cannes et que les abords du Palais des Festivals ont toujours été un terrain de jeu pour des acteurs et actrices en quête de notoriété qui venaient s’y montrer et multiplier les tentatives d’attirer l’attention. Les pin-ups délurées des années 60 ont fait place aujourd’hui à des influenceuses au statut de star, qui reçoivent les mêmes honneurs que les plus talentueuses des actrices, ou plus de flashes que les plus prolifiques des réalisateurs. Si leur présence sur la Croisette suscite régulièrement débats et levées de sourcils, les instagrammeurs se débattent pour justifier leur rôle. Dans une récente interview accordée au compte Instagram Herstory, EnjoyPhoenix a rappelé qu’au-delà des paillettes, leur mission est d’apporter une sorte de « respiration nouvelle » au festival :
Être créateur de contenu permet de connecter une génération éloignée du cinéma à cet art fabuleux. Aujourd’hui, de nombreux jeunes ne vont plus au cinéma ; il faut donc envisager les créateurs comme une passerelle plutôt que comme un concurrent.
Cindy Poumeyrol, ex-candidate de Koh-Lanta devenue influenceuse mais aussi auto-entrepreneuse, a également réagi sur Instagram suite à son propre passage au Festival, pour la projection du nouveau Mission Impossible avec Tom Cruise. « Effectivement, cette année encore, la présence massive des influenceurs agite les langues. Certains crient à l’invasion, d’autres à l’évolution. Moi, j’ai une position plus nuancée : oui, les influenceurs ont toute leur place à Cannes, parce qu’ils font rayonner l’événement différemment, ils amènent Cannes là où la presse traditionnelle ne va pas : dans les stories, les reels, le quotidien des gens «, défend-elle en premier lieu.
Mais Cindy Poumeyrol elle-même avoue également « déplorer » un manque d’intérêt évident pour ce que représente réellement le Festival de Cannes : le cinéma. « À la base, c’est un festival de cinéma ! Et dans la majorité des contenus, on ne sait même pas quel film a été projeté, encore moins ce qu’il raconte ou pourquoi il est important. Le cinéma disparaît derrière les strass et les paillettes et c’est ce que je déplore. »
Cannes en quête de buzz
Au final, Cannes semble avoir bien du mal à trouver le ton juste pour retrouver son glamour d’antan après les scandales et l’ère #metoo. On voit les organisateurs du festival reproduire les erreurs commises par le secteur de la mode il y a quelques années. On se souvient des Fashion Week et des premiers rangs des défilés qui, pendant quelques années, ont été confisqués à la presse traditionnelle et aux pros de la mode pour revenir aux influenceuses endimanchées, smartphone à la main, qui étaient parfois davantage choyées que certaines rédactrices en chef…
Un phénomène qui aujourd’hui a subi une importante marche arrière, car le phénomène de l’influence et son côté ultra-mercantile s’essoufflent de plus en plus et les marques de couture ont appris à gérer elles-mêmes leur image sur les réseaux sociaux… Le monde du cinéma n’a visiblement pas encore fait ce travail sur lui-même et certains observateurs estiment aujourd’hui que Cannes a vendu son âme au diable en laissant l’art du cinéma passer au second plan, devant le buzz et des publications sur TikTok et Instagram, certes populaires, mais vides de sens et fort peu sensible au travail des artistes.
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