Interview : Ellen von Unwerth, la photographe de mode fascinée par l’univers du cirque
Elle a baigné dans l’univers du cirque avant de devenir mannequin, puis photographe. L’artiste allemande, à l’origine de certains clichés parmi les plus mythiques de l’histoire de la mode, a profité de l’exposition qui lui est dédiée au musée de la Photographie de Maastricht pour revenir avec nous sur 40 ans de carrière.
ParMarie Honnay,
Si beaucoup connaissent Ellen von Unwerth à travers ses clichés de mode, ils ignorent toutefois souvent que la photographe allemande a fait ses armes dans un tout autre monde, empli, lui aussi, de créatures parfois étranges et d’artistes aux facettes multiples, celui du cirque, qui la fascine depuis l’enfance. À l’heure où elle célèbre 40 ans de carrière, elle se dévoile via une exposition qu’elle a naturellement baptisée… « My Circus ».
Le cirque, pour moi, est source de rêve, d’émerveillement, de liberté et de moments magiques.
Pensez-vous que nous devrions tous passer plus de temps sous un chapiteau ?
Le cirque, pour moi, est source de rêve, d’émerveillement, de liberté et de moments magiques. À ma sortie de l’école, j’ai eu la chance de convaincre un directeur de cirque de me laisser travailler avec lui. Il trouvait que j’avais une tête de circus girl : ça a été le moment le plus incroyable de ma vie. Je suis entrée dans un autre monde ; un monde fait de paillettes, mais aussi extrêmement difficile. C’est d’ailleurs au cirque que j’ai appris à regarder les gens autrement. Beaucoup d’artistes ont un talent immense, mais peu sont reconnus à leur juste valeur.
L’une de vos images les plus iconiques est celle, en noir et blanc, de Claudia Schiffer en corset de dentelle pour Guess (1989) et qui a marqué une génération de jeunes femmes. Quel regard portez-vous sur ce portrait ?
Cette image est un symbole de féminité et d’émancipation. On découvre une Claudia consciente de sa beauté et de sa force. Sur le moment, je n’ai évidemment pas pensé à tout ça. Le secret d’une telle photo, c’est en partie la chance : le vent dans ses cheveux, la manière dont elle pince légèrement les lèvres… Plusieurs décennies plus tard, on continue à me parler de cette image.
Et pourtant, c’est une photo commerciale…
Je n’ai jamais fait de différence entre les photos pour des marques de mode et mon travail personnel. Guess m’avait laissé carte blanche pour photographier cette fille que personne ne connaissait à l’époque. Sa ressemblance avec Brigitte Bardot me fascinait. L’ambiance est très glamour ; tout ce que j’aime, en fait.
Claudia Schiffer pour Guess (1989). - Ellen von Unwerth.
Qui sont les Claudia Schiffer de ce début de XXIe siècle ?
Rihanna, Beyoncé… Autrefois, les mannequins étaient davantage célébrées qu’aujourd’hui. Désormais, les designers ne créent plus de vêtements suffisamment marquants pour que les femmes qui les font défiler soient portées aux nues comme c’était le cas dans les années 80.
On a souvent qualifié votre travail de subversif. Avec le recul, pensez-vous que cette subversion a été pleinement comprise – ou parfois neutralisée par l’industrie de la mode ?
Mes images les plus fortes n’ont jamais été montrées ailleurs que dans des livres. Pourtant, les magazines des années 80 et 90 étaient bien plus ouverts à la provocation que ceux d’aujourd’hui. En 2026, la fille qu’on montre en pleine page ne doit surtout pas choquer. Sur les réseaux, les femmes s’exhibent parfois à outrance ; preuve qu’elles ont envie de montrer leur côté sexy, mais dans la presse, on se trouve confrontés à une démarche d’autocensure qui me désole...