René du cinéma : huit talents prennent la pose pour So Soir - Sigrid Descamps - Journaliste

René du cinéma : huit talents prennent la pose pour So Soir

Ils sont huit, tous nommés dans l’une (ou plusieurs) catégories des René (ex-Magritte), récompensant le meilleur du 7e art belge. Ils se connaissent (ou pas), se sont déjà croisés ou se parlent pour la première fois et tous ont accepté de faire leur cinéma en prenant la pose, ensemble, pour So Soir. Et de nous raconter leur année liée au film qui, peu importe l’issue de la cérémonie de ce 7 mars, les a déjà fait rayonner au-delà de nos frontières.
Sigrid Descamps Journaliste
Photo
Tess Meurice

Arnaud Dufeys

Coréalisateur (avec Charlotte Devillers) d’« On vous croit », 11 nominations

« On vous croit » est son premier long-métrage. Et il l’a déjà emmené loin. « La sortie d’un premier long, quand il est sélectionné en première mondiale dans un grand festival comme Berlin, ça prend beaucoup de place en fait. C’était le tout premier festival auquel on l’a envoyé avec Charlotte. Cela représentait quelque chose d’énorme tout à coup parce que ça voulait dire que le film allait avoir une attention particulière, être sur un marché avec tous les acheteurs potentiels dans le monde… et qu’il serait réellement considéré. Ce n’était pas encore gagné parce qu’il y a des projets qui vont en festival et qui ne font pas plus de bruit que ça. Mais ça a très bien fonctionné, le film a été très impactant là-bas. Et quand on a senti un réel intérêt, assez unanime, au niveau international, c’est devenu assez dingue, en fait. Ça nous a dépassés complètement parce qu’on n’imaginait pas du tout, en faisant un film, tourné avec si peu de budget, que ça allait se passer comme ça après. On se disait que si jamais on intégrait un festival important, c’était déjà énorme. Et il s’est vendu dans 30 pays, on a fait un peu le tour du monde avec ce film. Il a donc pris beaucoup de place sur une année parce que tous les projets qui étaient en cours ont été mis en suspens pour pouvoir promotionner le film, profiter aussi de ces événements. Parce que je ne voulais pas subir ces moments-là ».

Arnaud a, depuis, repris l’écriture. « J’écris trois projets en parallèle », précise-t-il même. Avec un avantage certain depuis le succès rencontré par « On vous croit » : plus besoin d’enfoncer les portes, elles s’ouvrent plus facilement à l’évocation de son nom, et de son travail. « Avant, c’est moi qui courais après les gens pour essayer d’avoir un intérêt de leur part, pour être lu. Maintenant, ça vient de l’extérieur, ce n’est plus moi qui fais la démarche, mais les gens qui viennent me trouver ou, si j’ai envie de contacter quelqu’un du milieu en particulier, j’ai un accès direct. Et ça change tout dans ce secteur qui est complètement bouché, où on n’arrive jamais à avoir accès aux gens parce qu’ils sont trop débordés, parce qu’il y a trop de personnes… » Le réalisateur ne voit cependant pas tout en rose, et reste vigilant. « Je fais très attention en ce moment à ne pas être validé par tout le monde en permanence. C’est aussi à double tranchant, parce que j’ai peur d’aller trop vite. Je ne veux pas me précipiter, parce que je sais qu’on peut très vite dégringoler dans l’escalier des marches qu’on a montées ».

María Cavalier-Bazan

Nommée au meilleur espoir féminin pour « Aimer perdre ».

Elle est un personnage… comme ce personnage, Armande Pigeon, qu’elle incarne dans le film décalé des frères Guit, « Aimer perdre ». Un long-métrage « spontané et hyper drôle », qu’elle a « adoré faire » (elle insiste) et qui lui a ouvert la voie vers d’autres films. « C’était mon premier et je me dit : ‘ok, je veux faire du cinéma’. J’ai rencontré un super agent à Paris et, depuis, j’ai passé des auditions. J’ai travaillé l’année dernière avec Cédric Kahn, j’ai fait des plus petits rôles que le premier rôle ‘d’Aimer perdre’, j’ai été invitée en Allemagne, pour être membre du jury d’un festival… ».

Un seul rôle sur grand écran et la vie de la jeune comédienne – alors uniquement au théâtre – a un peu changé de direction, même si toujours tournée vers le jeu. « Je pense que plus tu tournes, plus on a envie de tourner avec toi. Le travail nourrit le travail. On te voit et on pense à toi. » Du festival Groland – on ne peut plus cohérent avec le style d’ « Aimer perdre » –,  à Buenos Aires, le film a presque fait le tour des écrans du monde entier. « Le film a été traduit en espagnol et, pour moi qui ai une mère originaire du Pérou, c’est génial », sourit María qui, qu’elle « aime perdre » ou pas, ne devrait pas en rester à cette première nomination.

Bérangère McNeese

Nommée comme meilleure actrice dans « Demain si tout va bien »

Actrice, scénariste, réalisatrice, elle enchaîne les tournages depuis l’adolescence, sur petit et sur grand écran, derrière et devant. Lauréate du Magritte du meilleur court métrage en 2020 pour Matriochkas, qu’elle a réalisé, elle défend cette année, comme actrice, dans Demain si tout va bien, le personnage de Cindy, qui accompagne son père (Olivier Massart), avec qui elle est en froid, vers l’hôpital, où il doit recevoir un nouveau cœur. Mais le trajet en ambulance prend des détours inattendus… Inattendue, sa nomination l’est un peu aussi, dans la mesure où elle a tourné cette comédie… durant la pandémie. « Mais, précise-t-elle, le film n’a trouvé un distributeur qu’en 2025. Le réalisateur Ivan Goldschmitdt m’avait contactée en plein lockdown. Il avait les autorisations, il finançait en grande partie lui-même le film, on est donc parti, en équipe réduite, tourner durant quelques semaines dans la région de Charleroi. C’est un petit film, qui a été fait à l’arrache, avec beaucoup de sincérité. On ne savait même pas s’il allait sortir… Sa nomination est donc une bonne surprise. Et un bon signe pour les porteurs de projets un peu décalés, qui bousculent l’ordre établi. »

Entre-temps, l’artiste a tourné, beaucoup tourné… On l’a vue, entre autres, dans HPI, Terminal, Des gens bien et, même, dans Emily in Paris. Et surtout, elle a réalisé son premier long, Les filles du ciel, qui sortira le 8 avril… et qui devrait figurer au palmarès des Réné en 2027. « Ce qui est chouette avec les nominations et les prix, c’est la mise en lumière des projets et de tout le travail des équipes. Le cinéma belge a besoin de ces coups de projecteur ! »

Salomé Dewaels

Nommée au meilleur second rôle féminin dans « Nino »

Sur les planches depuis l’enfance, au cinéma depuis l’adolescence, Salomé Dewaels affiche déjà une belle filmographie, qui la fait voyager entre la Belgique et la France. « Nino » l’a emmenée à Cannes. « Plus jeune, comme tout qui rêve de cinéma, je fantasmais un peu sur ce festival, aujourd’hui, je l’attends moins, et je n’ai pas l’impression d’avoir reçu plus de propositions grâce à la mise en lumière dont on a bénéficié durant le festival. Par contre, ça a été une super expérience car on était tous ensemble, à La Semaine de la Critique, où l’ambiance était très chaleureuse… »

Si pour elle, chaque film est une étape, Nino lui a montré « une nouvelle façon d’appréhender le métier. J’ai eu l’impression d’être dans un petit cocon tout au long du tournage. Ça a tellement été fait dans l’amour, la bienveillance, que je me suis dit que je ne voulais plus faire que des films comme ça ! » L’équipe sera à nouveau réunie pour la cérémonie des César, même si elle n’est pas nommée (son partenaire, Theodore Pellerin, l’est quant à lui dans la catégorie espoir). Attendue dans « L’île de la Demoiselle » , Salomé a participé au prochain film de Géraldine Nakache et s’envolera cet été au Brésil pour tourner un autre tournage.

René du cinéma : huit talents prennent la pose pour So Soir - Tess Meurice - Sigrid Descamps - Journaliste
De gauche à droite, Pierre Bastin, Maria Cavalier-Bazan, Bérangère McNeese, Elsa Houben, Salomé Dewaels, Arnaud Dufeys, Noelle Bastin, Anaël Snoeck - Tess Meurice

Anaël Snoeck

Nommée au meilleur second rôle féminin dans « Kika »

Beaucoup l’ont découverte dans la série Baraki, d’autres la connaissent via le théâtre. Déjà en lice pour le Magritte du meilleur espoir en 2019 avec Les garçons sauvages, elle doit cette année sa nomination à sa prestation dans Kika d’Alexe Poukine (en lice pour meilleur film, meilleur premier film, meilleure réalisation…). Une prestation si intense que « des gens pensent que je suis réellement une prostituée, nous balance en riant la jeune actrice au teint diaphane et aux immenses yeux bleus. À Cannes, on m’a même proposé de participer à des animations pour parler de mon métier… Je trouve ça drôle en fait, je ne vois là rien d’insultant. »

Sa nomination, elle la voit d’ailleurs comme « un truc sympa, une marque d’affection de la part de ceux qui ont voté pour moi. J’essaie de le prendre vraiment au niveau humain, pas en termes de reconnaissance égocentrique… ». Avec Kika, l’actrice a foulé le sol de la Croisette : « On était à La Semaine de la Critique, où on est accueillis de manière très humaine, très chaleureuse. Mais on a quand même foulé le tapis rouge, ce qui m’a permis de voir de près cette espèce de folie cannoise. Mais toute l’aventure de ce film a été un peu folle. J’ai repris le rôle au pied levé. Alexe m’a appelée le vendredi et le mardi, on avait le rendez-vous costume, coiffure… Et le mercredi, j’ai gobé tout mon texte en un coup. En fait, ce rôle, c’était un sprint ! (rires) Donc, oui, ça a été une aventure un peu folle. Et ce film est précieux, car il met en lumuère des profils de femmes qu’on a peu l’occasion de voir à l’écran, qui ne correspondent pas aux standards de beauté ». Depuis, Anaël a enchaîné les projets, dont le tournage d’un film de Guillaume Nicloux, Mi Amore, face à Benoît Magimel.

René du cinéma : huit talents prennent la pose pour So Soir - Laura Stevens © modds - Sigrid Descamps - Journaliste
Cécile de France, à Cannes, le 78eme Festival International du Film de Cannes le 15 mai 2025. © Laura Stevens // Modds - Laura Stevens © modds

Noëlle et Pierre Bastin

Coréalisatrice (avec Baptiste Bogaert) et acteur nommés au meilleur 1er film et meilleur acteur pour « Vitrival ».

« Cela fait plus d’un an maintenant que « Vitrival » a fait sa première à Rotterdam, et je trouve ça très long », sourit la réalisatrice Noëlle Bastin. Ce projet fou – et drôlissime, qui met en scène des acteurs non professionnels dans ce village wallon, Vitrival – est son premier film et n’avait pas vocation, au moment de sa réalisation, à forcément sortir de nos frontières. « Et je m’attendais pas à ce que ce qu’il questionne mon rapport au voyage. « Je n’avais jamais quitté l’Europe avant. Et là, on est allé au festival de Pékin avec ce film. On y est resté 12 jours et c’était super intéressant de voir les réactions. Mais les réactions, finalement, je ne sais pas si c’est la partie que je préfère, parce que j’ai l’impression que mon boulot a été fait en amont. Je suis super contente que le film parle à des personnes, les fasse rire, les émeuve. Mais je n’ai rien de plus à apporter au film. Ce que je peux en dire de plus me paraît superflu », sourit Noëlle.

Pierre Bastin, lui, n’avait jamais mis un pied sur un plateau de tournage. Pour une première – mais il ne sait pas encore s’il souhaite transformer l’essai, contrairement à son cousin qui partage l’écran avec lui –, elle est plutôt réussie. « Vitrival » a reçu un prix à Pékin, il est nommé en Belgique comme meilleur acteur. Pas de quoi lui mettre des étoiles plein les yeux. « Ce n’est pas que je m’en fous, mais je n’avais pas vraiment d’attente pendant qu’on faisait ce film. C’est chouette, mais ce n’est pas comme un acteur professionnel. Ce n’est pas ce que je cherchais ». En attendant de peut-être recevoir peut-être le René du 1er long, Noëlle, s’est remise au boulot de création, ce qu’elle préfère, mais avec un poids en moins, une certaine notoriété et validation en plus. « On a reçu une aide pour l’écriture de notre prochain film, qu’on aimerait tourner près de Charleroi. La carrière en festival et la sortie de « Vitrival » nous ont forcément aidés. Mais j’avoue que moi, j’ai eu peur de ne plus savoir écrire ». Ouf, ce n’était pas le cas. Et le scénario catastrophe qui avait précédé la sortie de « Vitrival » – « le distributeur nous a lâchés juste avant » – ne devrait plus se reproduire sur ce 2e film. « On a trouvé un autre producteur et on remarque avec Baptiste que « Vitrival » nous a ouvert des portes, parce que ni lui ni moi n’avions fait d’école de cinéma. On nous avait même dit : ‘c’est normal de rater son premier film ‘ ». Ceux-là s’étaient trompés sur toute la ligne.

Elsa Houben

Nommée au meilleur espoir dans « Jeunes Mères »

À 22 ans, cette Huttoise affiche déjà une belle filmographie. Elle a, il est vrai, fait ses premiers pas à l’écran à l’âge de cinq ans. Et l’année dernière, elle s’est distinguée en incarnant l’une des « Jeunes mères » dans le film de Luc et Jean-Pierre Dardenne ; accomplissant au passage le rêve de nombreux acteurs et actrices belges et étrangers : travailler sous la direction du duo liégeois. « Ils m’ont redonné l’envie de jouer, nous glisse-t-elle. Je me posais beaucoup de questions avant ce film, je pensais me réorienter vers la réalisation ou assistance à la mise en scène… en tout cas, je voulais faire une pause côté jeu, mais ça a relancé la machine (sourires). »

En 2023, elle avait déjà été nommée pour le titre de meilleur espoir aux (alors) Magritte pour sa prestation dans Le cœur noir des forêts. Ses chances de l’emporter cette année sont sans doute encore plus fortes. « J’ai compris après le tournage que, vu mon expérience, les frères m’avaient dirigée différemment des autres (…) On s’est vraiment rencontrées avec les autres filles à Cannes, et c’était très amusant d’assurer la promo toutes ensemble. C’était ma première fois au festival et je crois que ç’aurait été plus dur si j’avais dû défendre un rôle toute seule. Mais là, on s’est amusées, on a pris ce qu’on pouvait, il y avait beaucoup de lumière sur le film car il sortait en salle au même moment. »

Depuis, les propositions ont fusé… avec des projets qu’elle ne peut pas encore nous dévoiler, mais précise-t-elle : « Depuis le film, j’essaie de poser un regard nouveau sur chaque rôle. Avant je fonçais ». Aussi, Elsa s’est lancée dans l’écriture : « J’ai envie de raconter une histoire sur la famille, la place qu’on y occupe, c’est un thème qui me touche. »

Merci au Standard Hotel (Boulevard Albert II 30, 1000 Bruxelles) pour l’accueil. Look : American Vintage pour les T-shirts. Mise en beauté : Bouzouk (Maison Roger 1987, Ixelles) & Fanny Vanbinnebeek.

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