
La vengeance est un plat qui se mange froid. Ici, soleil écrasant oblige, il se déguste chaud. Et peu importe. La revanche n’a pas lieu sur la pelouse du stade Vélodrome, mais dans la rue, sur les plages et chemins de randonnée, chaque jour. Ce n’est plus l’OM face au PSG, mais « Marseille Bébé » face au reste de la France. Et la cité phocéenne est en train d’effectuer depuis quelques années une incroyable remontada. Rien de neuf là-dessus direz-vous...Quoique. Les reconnaissances s’enchaînent désormais pour la « ville maudite », dont la réputation sulfureuse a été construite au fil des décennies, de grand banditisme en glaçants faits divers - déjà, au 19e siècle la presse parisienne aimait alimenter la légende de « Marseille, capitale du crime ». Aujourd’hui, si Marseille ouvre grand ses bras à la Méditerranée, elle est aussi la terre la plus accueillante pour les touristes. Les chiffres de Booking.com, relayés par le journal La Provence le prouvent : sur ce mois de juillet, le taux d’occupation des hôtels a frôlé les 95 %, faisant de la 2e plus grande ville de France la...préférée des Français. Devant ? Paris (et voilà la guéguerre relancée).
Jadis mise en lumière par l’écriture chantante de Pagnol, aujourd’hui magnifiée par le verbe cash des plus grands rappeurs, Marseille a changé, sans véritablement changer (pour paraphraser Helena). Marseille ne donne pas à voir un nouveau visage, on la regarde juste autrement. Elle n’a pas gommé les signes du temps mais a pris le train de la modernité en marche. Résultat, quelques mois avant de devenir la « pref’ » : un titre glané, au début de cette année, de ville « la plus authentique d’Europe », d’après des centaines de milliers d’avis de touristes récoltés par InsureandGo. Exit l’image d’un Marseille « sale », « insécure », « pollué » (par les gros navires et paquebots de croisière surtout) et juste « typique » du pourtour méditerranéen. La cité phocéenne est aujourd’hui une « place to be », qui abrite aussi le plus beau site de randonnée au monde : les Calanques (à cheval avec Cassis). On vous conte cette remontada et on vous guide loin de l’afflux touristique forcément inhérent, pour le constater de vos propres yeux.

Seuls ceux qui ont l’accent (ou presque), savent où profiter pleinement de l’architecture du lieu et de sa position. Car depuis certains « spots » extérieurs du Mucem, c’est Marseille à 360 degrés qui s’ouvre… souvent dans le calme. Si beaucoup se précipiteront sur la passerelle de 115 mètres de long, surplombant un bras de mer, reliant le Musée au fort Saint-Jean (qui marque l’entrée du port) et à sa Tour, peu s’aventureront longuement sur le toit – en cause, un soleil souvent de plomb et le peu d’espaces ombragés – , transformé en jardin méditerranéen (Le Jardin des Migrations). Suspendu au-dessus de Marseille, ce coin de nature, où le parfum des myrtes se mélange aux odeurs des plantes aromatiques typiques de la région méditerranéenne, s’apprivoise « à la marseillaise » : en prenant le temps.
Le Panier : côté local
Le Panier, c’est comme les quartiers Nord (mais pour d’autres raisons moins reluisantes) : un nom qui résonne avec Marseille. C’est un passage obligé. Grimper les premières (et nombreuses) marches – tout dépend par quel côté vous y pénétrez mais, à notre humble avis, par le mont des Accoules, en passant devant l’historique (plus d’un siècle !) Savonnerie marseillaise – c’est entrer de plein pot dans l’authenticité marseillaise en forme de labyrinthe, avec ces ruelles étroites traversées par du linge suspendu entre les façades, ces tags aux murs, ces pots de fleurs en enfilade à même la rue et ces maisons colorées même si usées par le vent. Oui, l’image fait un peu cliché, pourtant elle est vraie. Et si, une fois la pleine saison lancée, les boutiques « artisanales » pullulent, que les terrasses (alors souvent accompagnées par une restauration de moindre qualité) sont prises d’assaut – mention spéciale comme point d’arrêt instagrammable pour le bar des 13 Coins qui a inspiré celui de Plus belle la vie – et que l’accent marseillais est enfoui dans un brouhaha de langues étrangères, c’est en redescendant vers le Vieux-Port, sur la place de Lenche, que le Panier recouvre son côté local, entre ses petites tables de bistrot propices à un pastis à toute heure, et ses bancs pour habitués.
À l’autre extrémité du quartier, en prenant la direction de la Vieille Charité, haut lieu historique, se niche – et c’est le cas de le dire puisqu’il s’agit du point culminant du Panier – la place des Moulins. Autour de sa fontaine centrale, des maisons aux volets peints, un espace calme, hors du temps, qui transporte dans un village typiquement provençal. C’est la halte parfaite loin du brouhaha de la ville, avant de s’immerger dans l’atmosphère plus spirituelle de la Vieille Charité. Monument incontournable de Marseille, ancien hospice du 17e siècle, il a été sauvé, au début des années 50 par un arrêté le classant (ainsi que sa chapelle) « monument historique ». Depuis rénové, le Centre de la Vieille Charité est aujourd’hui l’une des figures du renouveau culturel de la ville, abritant certaines des expositions les plus en vue (dès le 16 mai, une installation monumentale d’Adrien Vescovi, Dormir comme le soleil).

D’une église reconvertie en un lieu sacré qui fait la fierté de tous les Marseillais, il n’y a qu’un pas (enfin, à vue de nez), ou en tout cas une traversée du Vieux-Port (à faire à bord du ferry-boat, depuis la célèbre place des Huiles). La « Bonne Mère » veille et s’élève, voire semble s’illuminer au loin en réfléchissant les rayons du soleil, redorée par quelques travaux (la restauration de sa statue s’est achevée en décembre dernier). Mais Notre-Dame de la Garde se mérite – pour tout courageux marcheur qui aura fait fi du petit train touristique –, tant la vue qu’elle offre ne se devine pas d’en bas. Posée tout en haut de la ville, sur un piton calcaire de 149 mètres, elle domine au loin (derrière le stade Vélodrome et la Cité radieuse de Le Corbusier), l’arrière-pays, la côte portuaire d’un côté et, de l’autre, balnéaire conduisant jusqu’aux Calanques…
Les Calanques, le plus beau site de rando au monde

Ca y est, on est. « Oh peuchèèèèèèère ! ». Cette beauté donne le vertige. On aurait aimé faire une halte par le pittoresque Vallon des Auffes, qu’on surplombe en empruntant la Corniche Kennedy le long de la mer, et déguster une bouillabaisse à l’adresse mythique chez Fonfon, mais trop de touristes tue l’envie. Pareil, quelques kilomètres plus loin, à l’entrée d’une partie des Calanques pour le petit village des Goudes : impossible d’y passer en voiture tant ces centaines de mètres sont embouteillés (et, à vélo, c’est une « mission suicide » au vu de la circulation), et, de toute façon, les locaux n’ont pas très envie de nous souhaiter la bienvenue. Récemment, ils manifestaient contre le surtourisme et le manque de mesures prises par les autorités pour stopper le phénomène. On les comprend : ils ont là un trésor naturel à chérir. Hors saison, les Goudes se parcourent comme un petit résumé de ce qu’est réellement Marseille.
Direction le parc national des Calanques, élu plus beau site de randonnée au monde. Il y a donc plusieurs Calanques (25 au total). Vers lesquelles se diriger ? Si les sportifs - ou les plus inconscients non préparés - n’hésiteront pas à en relier plusieurs à pied en plein cagnard, il faut bien choisir son spot en été. Sur papier, celle de Sugiton (et sa petite crique encaissée au bout d’une pente très escarpée) fait de l’oeil. Mauvais plan estival (mais très bonne initiative) et déconvenue à l’arrivée : il faut réserver sa rando 3 jours au préalable (pour endiguer la surfréquentation et protéger la faune et la flore locales). Cela élimine Sugiton de la carte estivale si on ne s’y est pas bien préparé.
Alors, on enfile ses baskets, indispensables – n’en déplaise aux petits malins en mode « plagiste » qui vont suer au moment de refaire le chemin inverse – pour atteindre le Graal. Mais attention : dire « je vais crapahuter dans les Calanques » n’a pas la même saveur depuis l’arrêt gourmand (devenu très touristique et donc cher par le petit resto historique Chez le Belge, dans la Calanque de Marseilleveyre) qu’en descendant à pic vers l’étroite plage de la Calanque d’En-vau.
Au coeur des Calanques, on ne pénètre que par la mer (via les navettes quotidiennes au départ du Vieux-Port, mais alors on ne s’y arrête pas) ou par les sommets, à pied (même si une route permet d’y accéder mais sous certaines conditions, de plus en plus strictes). On choisira celle de Sormiou, la plus époustouflante à notre sens, changeante selon les saisons et photogénique à souhait (un spot, sous un arbre, et les couleurs bleues et turquoise font le reste), qui dévoile toute sa beauté dès le sommet de la crête, dans la garrigue. En contrebas : la mer nous attend comme une oasis. Une plage, quelques embarcations de pêcheurs, des cabanons (et même un restaurant mais qui n’accepte pas les cartes...) et des criques où, même sur les galets il fait bon de se poser, avant de se rafraîchir dans cette eau paradisiaque ou d’observer, parfois, ces plongeons de l’extrême depuis les pics des rochers (parfois à plus de 30 mètres). Et là, on s’en veut déjà de vous avoir donné l’eau à la bouche, tant les Calanques souffrent déjà de leur très bonne réputation, pas usurpée...
Jardin en ville : en haut du Mucem

Retour en ville...Qui s’intéresse de près ou de loin à Marseille a forcément entendu parler du Mucem (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), sorti de terre, en bord de mer (et du célèbre Vieux-Port), pour mieux incarner en 2013 la capitale européenne de la culture. Ce cube de verre encerclé de résille – de la dentelle de béton noir –, rappelant des moucharabiehs du monde arabe, laisse passer la lumière tout en en filtrant une partie (et protégeant ainsi du soleil accablant), dessinant des formes poétiques sur le sol de l’une des terrasses. Cette merveille architecturale signée par le Français Rudy Ricciotti vaut évidemment le coup d’oeil – tout comme les expositions permanentes et temporaires à l’intérieur du bâtiment –, mais c’est surtout en déambulant, au gré du Mistral, d’un étage à un autre, d’une passerelle au toit, que le Mucem livre le mieux ses secrets… bien gardés.
Seuls ceux qui ont l’accent (ou presque), savent où profiter pleinement de l’architecture du lieu et de sa position. Car depuis certains « spots » extérieurs du Mucem, c’est Marseille à 360 degrés qui s’ouvre… souvent dans le calme. Si beaucoup se précipiteront sur la passerelle de 115 mètres de long, surplombant un bras de mer, reliant le Musée au fort Saint-Jean (qui marque l’entrée du port) et à sa Tour, peu s’aventureront longuement sur le toit – en cause, un soleil souvent de plomb et le peu d’espaces ombragés – , transformé en jardin méditerranéen (Le Jardin des Migrations). Suspendu au-dessus de Marseille, ce coin de nature, où le parfum des myrtes se mélange aux odeurs des plantes aromatiques typiques de la région méditerranéenne, s’apprivoise « à la marseillaise » : en prenant le temps de flâner. Au cœur de la ville, un poumon vert aux airs de grand jardin provençal, avec vue sur la grande bleue. À noter que pour une autre vue panoramique de la ville, une petite pointe jusqu’au quartier de La Joliette – et ses Docks, aux magnifiques voûtes, réhabilités en lieu trendy (avec boutiques et petits restos) – pour atteindre le dernier étage du moderne « mall » , Les Terrasses du Port, vaut son pesant de 10.000 pas rapidement écoulés sur la journée. Car, dans le centre de Marseille, mieux vaut marcher que prendre le bus (souvent bondé), ou emprunter le métro pour de plus longues distances.
L’authenticité de Marseille, qu’on la regarde d’en bas, au niveau de la mer, ou d’en haut, à hauteur de sa Bonne Mère, ne se comprend qu’en saisissant des instants, et des fulgurances de beauté. Trop longtemps victime de sa mauvaise réputation, Marseille souffrira-t-elle désormais de ses lettres de noblesse retrouvées ?
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