Les coulisses du luxe : Friedmann & Versace, le duo d’architecture intérieure le plus en vogue de Paris - Virginie Friedmann et Delphine Versace. - Marie Honnay

Les coulisses du luxe : Friedmann & Versace, le duo d’architecture intérieure le plus en vogue de Paris

Elles ont réinventé la boutique Cartier de Bruxelles, mais Virginie Friedmann et Delphine Versace comptent dans leur prestigieux carnet de réalisations d’autres lieux mythiques, dont les espaces de réception de l’hôtel Fouquets’ à Paris. Rencontre avec les fondatrices du bureau d’architecture d’intérieur et de décoration le plus excitant du moment.
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Alexandre Tabasque

Depuis quelques années, Virginie Friedmann, scénographe, et Delphine Versace, diplômée des Beaux-Arts de Marseille, imposent leur touche dans les lieux les plus luxueux, notamment dans l’univers de la gastronomie et de l’hospitalité. Leur studio d’architecture intérieure est devenu l’un des plus courtisés de Paris. Chez nous, le duo a dessiné le décor de la boutique Cartier, à Bruxelles, considérée comme l’une des plus belles du monde, rien que ça. Interview d’une seule voix…

Les coulisses du luxe : Friedmann & Versace, le duo d’architecture intérieure le plus en vogue de Paris - Marie Honnay
La boutique Cartier à Bruxelles
Aujourd’hui, le luxe s’éloigne de la standardisation pour offrir des expériences uniques. Comment définissez-vous ce changement dans l’architecture d’intérieur ?
À notre sens, le phénomène n’est pas nouveau. Nous avons toujours travaillé de cette manière, y compris à nos débuts quand nous avons réalisé des projets à plus petit budget. Pour nous, même une simple chaise de bistrot doit être réalisée dans un bois de qualité. Elle se doit d’offrir à la fois un plaisir visuel et un vrai confort. La différence, c’est que la sensibilité au beau design est désormais collective. Face à un fauteuil confortable, à un tissu d’une grande douceur ou à une table placée à la bonne hauteur, les gens sont très réceptifs à l’expérience que ces détails leur procurent. Leur regard est probablement davantage aiguisé qu’auparavant. Mais avant de parler de design, nous dirions que le principal code du luxe, c’est le service. S’il n’est pas au rendez-vous, même le lieu le plus réussi sur le plan de son aménagement n’arrivera pas à transporter ses clients. Une coque, même extraordinaire, n’est rien sans un service ultra-attentif.
Qu’est-ce qui a changé dans l’univers du luxe ces dernières années ?
En marge de ce service dont je viens de parler, les clients veulent être surpris. À nous de créer cette surprise en leur proposant un canapé encore plus confortable que celui qu’ils ont chez eux, un livre évocateur d’une exposition incontournable dans la ville dans laquelle ils séjournent ou une œuvre en marqueterie qui leur rappelle leur enfance. Même dans les intérieurs les plus simples, l’émotion doit être au rendez-vous.
Vos projets possèdent une forte dimension narrative. Comment parvenez-vous à respecter scrupuleusement l’histoire d’un bâtiment ou l’ADN d’un quartier tout en y insufflant votre signature esthétique ?
Nous ne racontons jamais une histoire qui vient de nulle part. Dernièrement, une famille japonaise est venue dîner chez Hando, un restaurant que nous venons d’aménager sur les Champs-Élysées. La première chose qu’ils ont demandée était le nom du designer japonais qui avait imaginé le lieu. Pour nous, c’était la confirmation que les efforts consacrés à la recherche des matières évocatrices de ce pays n’avaient pas été vains. Nous pensons notamment à la fresque peinte à la main sur feuille d’argent par l’artiste japonais Shinsuke Kawahara ou aux kimonos anciens que nous avons chinés pour recouvrir les tabourets du bar et les dossiers de chaises.
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Hôtel La Pérouse
Comment crée-t-on un espace qui doit traverser les décennies sans vieillir, tout en capturant l’air du temps et l’énergie du moment ?
Selon nous, c’est en mélangeant les époques et les influences qu’on peut créer un intérieur qui restera beau longtemps. Le meilleur exemple, ce sont les chinoiseries que nous aimons intégrer dans nos réalisations. Au premier abord, ce choix peut étonner. Au Procope, le plus ancien bar-restaurant de Paris, l’ambiance est irrésistiblement sicilienne, mais nous avons fait le choix de contrebalancer le sol en marbre et le décor très classique avec des lampes chinoises. Le résultat est bluffant.
Vos intérieurs sont placés sous le signe du velours, de bois chaleureux, de marbres texturés et de céramiques artisanales. Pourriez-vous imaginer de faire rimer ce luxe avec des matières plus brutes ?
Absolument. Chez Hando, le mobilier se veut très brutaliste, mais nous avons opté pour des inserts en onyx qui créent une dimension très précieuse. Il y a quelques années, nous avons également repensé le décor de l’hôtel La Pérouse à Nice. Pour ce projet, nous avons recréé l’ambiance d’une maison de famille, typique de la Riviera. Les formes sont minimalistes et le décor ponctué de clins d’œil ludiques : poignées de portes en coquillages, lampes en forme de tentacules… Le luxe naît de l’harmonie. Et pour créer l’harmonie, il faut oser la diversité.
La réinterprétation de la boutique Cartier de Bruxelles – élue parmi les plus belles boutiques du monde par le Prix Versailles – est une réussite majeure. Auriez-vous une anecdote de coulisses qui a marqué ce chantier belge ?
La volonté de la Maison Cartier de faire rimer ce projet avec une démarche résolument durable a forcément influencé notre travail. Nous avons développé des propositions qu’ils n’avaient jamais explorées jusque-là. Notamment un magnifique bas-relief signé Célina Blundell et Christophe Therrien. L’œuvre s’inspire des Serres Royales de Laeken et a été façonnée en papier mâché, une technique – clin d’œil à l’art de Gaudi – qui s’avère non seulement écologique, mais aussi très résistante. Dans le même esprit, nous n’avons pas voulu utiliser de laiton neuf, un matériau qui ne s’inscrivait pas dans cette approche durable. Nous avons donc chiné des luminaires en laiton que nous avons réélectrifiés. Une première dans l’Histoire de Cartier qui donne beaucoup de caractère à la boutique. Au même titre que les briques de terrasse recyclées et l’intégration d’une grande œuvre brodée de perles recyclées inspirées des archives de la Maison.
Votre travail consiste à comprendre comment les clients des adresses les plus prestigieuses de Paris, Bruxelles ou Lisbonne travaillent, font du shopping ou passent une soirée de rêve. Avez-vous l’impression que dans le climat actuel, nous avons besoin d’un supplément de joie ?
Si les éléments ludiques sont habilement intégrés et pas utilisés en surnombre, ils prennent en effet tout leur sens. Au bar de la Mer à Deauville, nous avons conçu un décor familial et surprenant qui évoque un sous-marin avec ses murs foncés et ses jolis hublots. Nous sommes, c’est indéniable, des créatrices d’immersions.
Les coulisses du luxe : Friedmann & Versace, le duo d’architecture intérieure le plus en vogue de Paris - Karel Balas - Marie Honnay
Bar de la Mer à Deauville - Karel Balas

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