
On est tous le ringard de quelqu’un. Le rond de serviette, lui, a longtemps été celui des serviettes en papier. Aussitôt utilisées, aussitôt jetées. Plus besoin de bagues pour les différencier. Aujourd’hui disposé à nouveau sur la (belle) table, le rond de serviette est peut-être l’accessoire qui reflète le mieux l’évolution de la société.
Imaginé au XIXe siècle, il est avant tout pratique et hygiénique. Les « draps » utilisés pour s’essuyer la bouche et les mains au cours des repas ne sont pas lavés chaque jour. Un petit accessoire en bois ou en métal est alors pensé pour que chaque convive autour de la table puisse identifier sa serviette. La bourgeoisie en fait un élément distinctif et distingué, et d’appartenance (à une famille), souvent en argent gravé (d’initiales, de chiffres ou d’un nom), parfois surmonté de nombreux éléments décoratifs pour mieux signifier son aisance et son goût (bon ou mauvais)… comme on exhiberait une bague au doigt. Utile et personnel, il devient même objet symbolique : il est traditionnellement offert lors des communions et des baptêmes, prenant les traits d’un lapin ou d’un cygne.

La deuxième moitié du siècle suivant ne lui trouvera plus aucune utilité (même si certaines enseignes chics, à l’instar du Fouquet’s à Paris, conserveront les ronds de serviette gravés au nom de leurs habitués). Les serviettes en papier se consomment à chaque repas. Celles en tissu perdent de leur aura. L’époque va au plus pratique. Et le rond de serviette devient kitsch. Jusqu’à ce que, bien plus tard, la société intègre le mot « surconsommation » à son vocabulaire, et que la table redevienne un art…
Aujourd’hui soigneusement choisi en fonction de la saison ou du thème de la soirée (en forme de sapin pour Noël ou traversé d’une fleur pour une table printemps), le rond de serviette a remis le couvert dans beaucoup de foyers. Encerclant serviettes en lin ou en coton, il inspire les designers des arts de la table à le traiter tel un bijou. Ornement plus qu’accessoire, il est réinventé en céramique ou en verre (comme pour la nouvelle collection de Casarialto, ci-dessus), en manguier peint (chez La Redoute), se décline dans un ensemble de couleurs et devient même multifonctionnel (les modèles en acrylique brillant Gathering de chez Paveau font office aussi de coquetier). Mais désormais, ce rond est bien au centre.
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