Ils ont pu interroger sans filtre Tania Platteeuw, diététicienne chez Yakult Belgium, et Geoffrey Nève, fondateur de FRAC, sur un sujet encore trop souvent relégué au second plan : la santé intestinale des coureurs. L’atelier s’est ensuite prolongé dans le Parc Royal, où Geoffrey a mené une séance de fractionné. Voici les questions qui sont revenues le plus souvent dans la salle.
Pourquoi parle-t-on de plus en plus de l’intestin quand on parle de course à pied et de performance ?
Longtemps cantonné à la digestion, l’intestin s’impose aujourd’hui comme un organe à part entière de la préparation sportive, notamment via l’axe intestin-cerveau. Cette connexion bidirectionnelle relie le système nerveux central à celui, tout aussi dense, qui tapisse l’intestin : les deux communiquent en permanence, via le nerf vague et une série d’hormones et de neurotransmetteurs. Résultat, le stress mental se répercute directement sur la digestion, et inversement. Tania Platteeuw l’illustre simplement : « On va produire du cortisol, de l’adrénaline, et ça va parfois accélérer le transit. A l’inverse certaines hormones et neurotransmetteurs, comme la sérotonine (hormone du bonheur) et le GABA sont produits en partie dans le microbiote intestinal avec à la clé une potentielle meilleure gestion du stress et de l’anxiété lié au défi sportif.

Pourquoi la course à pied met-elle autant notre système digestif à l’épreuve, et quelles sont les erreurs les plus fréquentes que font les coureurs ?
Pendant l’effort, le flux sanguin se redirige en priorité vers les muscles, au détriment de l’intestin. Pour Geoffrey Nève, l’erreur classique reste la même : « Prendre des gels qu’ils n’ont jamais pris avant, le jour de la course. » Une imprudence qui coûte cher, puisqu’il rappelle que l’une des causes les plus fréquentes d’abandon en course est liée aux troubles intestinaux.
En quoi une mauvaise santé intestinale peut-elle limiter les performances d’un coureur, même s’il est bien entraîné ?
Un plan d’entraînement irréprochable ne suffit pas toujours à garantir la performance. L’immunité est particulièrement concernée, rappelle Tania Platteeuw : « L’intestin abrite environ 70 % des cellules immunitaires. Donc quand on a une mauvaise santé intestinale, quand on a un microbiote qui n’est pas équilibré, ça peut avoir un impact sur le système immunitaire. » Résultat : on observe plus d’infections respiratoires chez le sportif d’endurance que chez le sportif lambda. « Une pratique sportive à petite échelle, ça stimule le système immunitaire. Mais dès qu’il y a des sorties très longues et fréquentes, à contrario, le microbiote peut se déséquilibrer à cause notamment de la perméabilité intestinale qui augmente, c’est le fameux leaky gut », précise-t-elle.
Si vous deviez donner trois conseils simples à un coureur pour prendre soin de son intestin, quels seraient-ils ?
Pour Geoffrey Nève, tout commence par l’entraînement : « L’entraîner comme pour le reste. Alterner entre fractionné, distance longue, etc. Tout comme les muscles, il faut entraîner son intestin, en s’habituant par exemple à manger certains gels qu’on pourrait prendre sur certaines sorties. » Deuxième réflexe : apprivoiser le stress, un facteur trop souvent sous-estimé. « Il y a plein de choses pour l’éviter. Le stress, c’est un consommateur d’énergie énorme. Préparer ses affaires la veille, anticiper tout », conseille-t-il.

Du côté de Tania Platteeuw, le conseil se joue surtout en amont : « La santé intestinale, c’est important de la travailler toute l’année, pas seulement en pré-course. Il faut privilégier une alimentation riche en fibres : les fibres prébiotiques sont fermentées par les bonnes bactéries naturellement présentes dans l’intestin, ce qui produit des acides gras à chaîne courte et le rend moins sensible, moins poreux. Mais ça se travaille sur le long terme. » Une alimentation équilibrée qu’on ajuste selon les sorties, complète-t-elle : féculents comme carburant de base, protéines pour prévenir les blessures et bien récupérer.
Place ensuite au terrain : direction le Parc Royal pour une séance de fractionné menée par Geoffrey, histoire de mettre en pratique les conseils du jour. Une fin de journée bien remplie, qui aura changé le regard de nombreux participants sur leur ventre, désormais considéré comme un vrai partenaire d’entraînement
L’intégralité de l’échange est à retrouver dans la vidéo ci-dessous.












