
À la rentrée, c’est à peine si on se rappelle son mot de passe. Puis le pilote automatique se relance. Montre au poignet, sommeil sous contrôle, GPS qui dicte le trajet. La voiture sert de bureau et la réunion squatte le comptoir de la cuisine. L’école s’invite par notification, la vie amoureuse par swipe. Et l’assistant IA attend, poli, qu’on lui confie notre prochaine décision.
Loin de la dystopie terrifiante de Black Mirror, la technologie est rentrée sans faire de bruit. Dans son nouveau livre, « Nos vies encapsulées », Pascal Chabot montre que le piège n’a rien de spectaculaire. Il se niche dans une accumulation de réflexes trop banals pour être vus. Cette « capsule » comme il l’appelle, « a pris le contrôle en douceur pour soumettre nos existences à un seul grand dogme : la pure logique de l’optimisation ».
Serial optimisateurs
Franchement, qui refuserait d’être la meilleure version de lui-même ? Le deal est dur à refuser : des nuits sans accroc, une foulée régulière et un agenda impeccablement rangé. Surtout, la méthode flatte un penchant très humain : le besoin de savoir. Combien de pas ? Combien de calories ? Combien d’heures d’écran ? Pour Chabot, cette optimisation fonctionne parce qu’elle promet de nous révéler à nous-mêmes. Des outils qui débusquent nos routines avec la plus noble des intentions : nous garder en bonne santé le plus longtemps possible.
« C’est le piège classique du pharmakon, lorsque le remède se transforme en poison ». Ces outils ne sont ni tout noirs ni tout blancs : la même app qui vous renseigne peut vous fliquer, et le temps qu’elle vous fait gagner est aussitôt réclamé ailleurs. Résultat, le moindre chiffre vire à l’obsession. Il faut améliorer sa nuit, répondre dans la seconde, tenir sa série, faire fructifier chaque minute...
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