Un hôtel qui traverse l’Europe pendant votre sommeil  : l’évasion de demain - Nox. - Camille Vernin

Un hôtel qui traverse l’Europe pendant votre sommeil  : l’évasion de demain

Après une chambre à soi, une cabine rien qu’à soi. Un vrai lit, de quoi travailler, et une arrivée en plein centre-ville au petit matin. La start-up berlinoise Nox a l’ambition démesurée de nous faire (enfin) préférer le train à l’avion. Et, sur le papier, l’idée est plutôt bien ficelée.
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D.R.

Car il faut être de bonne foi, le train de nuit a beau connaître un retour en grâce spectaculaire, partager cinq mètres carrés avec de parfaits inconnus et se réveiller à 6h12 avec une chaussette qui n’est pas la sienne n’a rien d’un « futur du voyage » très réjouissant. Pour éviter cet écueil mille fois ressassé, Nox veut reprendre le concept depuis le début.

So Soir vous emmène… à bord d’un train de luxe espagnol

Adieu couchette façon Interrail. La start-up allemande a préféré imaginer le modèle suivant : un petit hôtel sur rail lancé à travers l’Europe, dans lequel chaque voyageur aurait son espace privé. On monte à bord le soir, on ferme la porte de sa cabine, on dort et, au réveil, une nouvelle ville nous attend. Pas d’aéroport à rejoindre à l’aube, pas de file au contrôle de sécurité ni d’heure passée à attendre devant une porte d’embarquement.

Après avoir levé 2 millions d’euros en avril 2026, Nox est d’ailleurs en train de concrétiser son joli concept. La compagnie a présenté sa première voiture achevée au salon InnoTrans de Berlin et ouvert les réservations pour ses premiers voyages. Dès mars 2027, ses trains doivent circuler trois fois par semaine entre Hambourg et Munich, avec des arrêts à Brême et Augsbourg.

Le meilleur moyen de gagner du temps ? Dormir

Un choix de première ligne qui n’a rien d’anodin. Selon Nox, 1,2 million de personnes prennent chaque année l’avion entre Hambourg et Munich. La start-up ne cherche donc pas seulement à rallier les amoureux du rail, mais de convertir ceux qui n’ont que l’avion comme premier réflexe.

Son meilleur argument ? Ses horaires. Départ vers 21h20, arrivée autour de 8h30. L’argument est aussi séduisant qu’imparable : on n’achète pas seulement un voyage, mais un luxe beaucoup plus précieux : du temps.

Adieu la couchette à six

À condition de parvenir à dormir. On imagine déjà l’angoisse des insomniaques et autres mauvais dormeurs. Pour les convaincre, le confort sera forcément décisif. Nox promet que chaque passager disposera de son propre espace. Au lancement, on apprend que les Nox Suites seront équipées d’une table et d’un fauteuil inclinable transformable en banquette. Puis, à partir de 2029, doivent arriver les Nox Rooms, plus grandes, avec des espaces de repos et de travail distincts. À terme, la compagnie prévoit des chambres simples ou doubles et des lits de deux mètres. Bref, davantage chambre d’hôtel que wagon-lit style 80’s.

Les voyageurs d’affaires sont évidemment la cible prioritaire. Certes, les vols de nuit en classe business existaient déjà, mais ils n’épargnaient ni le réveil aux aurores, ni les files d’attente interminables aux contrôles de sécurité et en porte d’embarquement. Un soulagement logistique qui risque donc très vite de séduire les vacanciers également. Dans un futur proche, on repensera en souriant à l’époque où il fallait sacrifier une demi-journée de congé, supplier une bonne âme de nous déposer à l’aéroport et caser toute sa routine beauté dans des flacons de 100 ml.

Et si on arrêtait de vendre le train comme un sacrifice écolo ?

C’est là le point le plus intéressant : ne plus vendre le train par culpabilité écologique pour en faire le choix le plus désirable, tout court. Pendant des années, on nous a surtout présenté le train comme le choix raisonnable face à l’avion. Celui que l’on fait pour le climat, avec des résultats plus ou moins efficaces vu le prix rédhibitoire des billets de train actuels. Ici, on tente exactement l’inverse : faire du train le choix que l’on prendrait même sans regarder son empreinte carbone. Une cabine privée, une nuit économisée à l’hôtel et aucune journée sacrifiée au voyage… et les rails commencent à avoir de sérieux arguments tout à coup.

D’autant que, côté portefeuille, Nox ne veut justement pas jouer au train de luxe afin de rester dans la course face à l’avion. Sur sa première ligne Hambourg-Munich, déjà ouverte à la réservation pour mars 2027, l’aller simple démarre à 65 € en Nox Suite. Pour les véritables chambres privées prévues à partir de 2029, la compagnie annonce 79 € minimum pour une Single Loft et 149 € pour une Double Loft ou Double Vista, soit moins de 75 € par personne à deux. Des tarifs d’appel qui seront toutefois dynamiques et pourront donc grimper avec la demande.

L’ambition à terme ? Connecter 100 villes d’ici 2035. Et si le prix reste le vrai nerf de la guerre face au low-cost aérien, c’était sans compter sur le casse-tête des rails européens. Pour l’instant, seule une ligne tourne en Allemagne (Hambourg-Munich). De la promesse sur papier à un Bruxelles-Barcelone abordable la tête sur l’oreiller, il reste donc du chemin. Reste évidemment que le rail ne pourra réellement concurrencer l’avion que sur certaines distances européennes. Mais l’audace du projet mérite amplement qu’on s’y attarde.

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