
Vous n’avez pas encore eu le temps d’enlever votre manteau qu’une pinte de 50 cl vous atterrit dans les mains, et tandis que les cuivres attaquent un air bavarois au fond de la salle, votre voisin de table se lève pour trinquer en vous entraînant avec lui. Quelques mètres plus loin, pourtant, la Semois continue de dessiner sa boucle au pied du belvédère, là ou les promeneurs viennent d’ordinaire reprendre leur souffle.
Depuis 2024, Rochehaut s’offre en effet deux week-ends de folie à l’automne, le temps pour sa brasserie de troquer l’Ardenne contre la Bavière. Le personnel passe en costume, la salle s'habille de bleu et de blanc, et pour que personne ne flanche avant la fin de soirée, la maison a mis au point une pils à 4 degrés, qui se laisse boire au demi-litre sans vous faire perdre le fil de la conversation. Côté assiette, on mise sur ce qu’on connaît le mieux, puisque les viandes du buffet viennent de l’élevage familial, de quoi tenir jusqu’au dernier refrain. Pour admirer la vallée en silence, en revanche, il faudra revenir un mardi.

En pratique :
- Quand ? Les 9, 10 et 11 octobre (le samedi soir est complet)
- Où ? Brasserie de Rochehaut, rue du Palis 85, 6830 Rochehaut (Bouillon)
- Comment ? Sur réservation, via l’adresse mail : administration@brasseriederochehaut.com ou par téléphone au : +32 61 86 03 66.
Merci qui ? Merci le prince Louis !
Si l’on chante aujourd’hui à tue-tête jusqu’au fin fond de l’Ardenne, c’est en réalité à cause d’un mariage. Le 12 octobre 1810, le prince hériter Louis de Bavière épouse la princesse Thérèse de Saxe-Hildburghausen, et Munich invite toute sa population à célébrer l’union dans un pré aux portes de la ville, où l’on boit, danse et où la journée s’achève sur une course de chevaux.
En hommage à la jeune mariée, le terrain est baptisé Theresienwiese (littéralement, « la prairie de Thérèse »). Les Munichois n’ont pas tardé à l’abréger en « Wiesn », qui sert encore aujourd’hui à désigner la fête elle-même. Celle-ci a tant de succès qu’on la reconduit l’année suivante, puis la suivante encore, jusqu’à l’avancer en septembre pour profiter de soirées plus clémentes.
Voilà comment la plus célèbre fête d’octobre au monde se déroule aujourd’hui presque entièrement en septembre, la Wiesn ayant ouvert cette année dès le 19 pour ne refermer ses portes que le premier dimanche d’octobre, juste à temps pour justifier son nom. Depuis, les brasseurs ont remplacé les jockeys et la prairie a vu défiler jusqu’à 7,2 millions de visiteurs en 2023, ce qui laisse penser que plus de deux siècles plus tard, les invités n’ont toujours pas quitté la noce.
Envie de rejoindre la noce ? Sortez votre plus beau dirndl, car de la Wallonie à la Flandre, quatre autres adresses ont fait de la « Gemütlichkeit », cette convivialité à l’allemande, leur seule règle de la soirée. Prost !
Ormeignies enfile ses Lederhosen
Dans le Hainaut, d’ailleurs, le mot Oktoberfest sonne presque étranger. On y parle d’« Oberbayern », du nom de la Haute-Bavière et de sa musique de cuivres, et à Ormeignies, c’est la fanfare du village qui entretient la flamme depuis 1962, à une époque où personne n’imaginait encore planter des chapiteaux géants au milieu des villes. Le premier samedi d’octobre, quelques hommes du coin qui se font appeler « Die Tyroler Kerl’n » ressortent leurs Lederhosen de l’armoire, un animateur fait monter la température et, dès que le premier « Prosit » a été crié, la salle ne redescend plus avant les petites heures. Entre deux refrains, on goûte les bières de la région en passant d’une choucroute fumante à une tartiflette, et quand la soirée finit par se conclure, c’est pour mieux reprendre le lendemain, lorsque les harmonies des villages voisins viennent souffler dans leurs cuivres tout l’après-midi. Soixante-quatre ans que ça dure, et on cherche encore celui qui a réussi à garder sa voix jusqu’au dimanche soir.
En pratique :
- Quand ? Les 3 et 4 octobre, soirée Oberbayern le samedi et fanfares le dimanche dès 14h
- Où ? À Ormeignies, près d’Ath
- Comment ? Accès libre au bar. Le souper du samedi est complet, mais les plats à emporter se réservent à reservations@fanfare-ormeignies.be ou au 0496 75 75 52.
- Combien ? 20 euros pour le repas
A Malmedy, trinquez coude à coude
Une semaine plus tard, changement de décor et d’échelle, puisque c’est une abbaye qui s’en mêle. Fondée en 1216 par des moines cisterciens au cœur du Pays de Herve, la brasserie du Val-Dieu investit La Scène, à Malmedy, pour une soirée qui s’est à chaque fois remplie bien avant le jour J et qui compte cette année accueillir 1 300 personnes. La bière du soir n’existe nulle part ailleurs, puisqu’elle est brassée pour l’occasion, et on la boit coude à coude sur des bancs si longs qu’on finit immanquablement par trinquer avec des gens dont on ignorait l’existence en arrivant. Pour que personne n’ait à choisir entre la dernière tournée et le volant, des navettes font la liaison avec Battice et le Laboru. Huit siècles après les premiers brassins de l’abbaye, on peut vous l’assurer, le vœu de silence a du plomb dans l’aile.
En pratique :
- Quand ? Le samedi 10 octobre
- Où ? La Scène Malmedy, avenue de la Libération 1/5, 4960 Malmedy
- Comment ? Billets en ligne sur val-dieu.com. Navettes depuis Battice et le Laboru, réservées aux détenteurs d’un ticket
- Combien ? 59 euros avec repas et boissons, 74 euros HTVA en formule VIP avec navette.
Le Cinquantenaire et sa diplomatie en culotte de cuir
Ceux qui rêvent de la démesure munichoise sans quitter la capitale n’ont qu’à pousser jusqu’aux arcades du Cinquantenaire, où un immense chapiteau bavarois prend ses quartiers du 14 au 24 octobre. Sous la toile, des musiciens venus de Bavière donnent le tempo pendant que la bière allemande se sert à la chope d’un litre, un format qui demande un minimum d’entraînement pour être soulevé avec élégance, et que les bretzels passent de voisin en voisin. On peut évidemment venir en jean, mais entre les robes à tablier et les culottes de cuir qui fleurissent dans les rangs, ce serait franchement dommage.
Quartier européen oblige, l’événement se pique aussi de dialogue entre la Bavière et la Belgique, et certaines soirées ont leur propre thème, comme la « Damenwiesn », pensée pour les femmes qui font bouger Bruxelles. Le premier soir est déjà complet et les suivants se remplissent à vue d’œil, alors mieux vaut ne pas traîner, d’autant qu’on n’a sans doute jamais trinqué aussi fort à l’amitié entre les peuples.
En pratique :
- Quand ? Du 14 au 24 octobre, dès 16h en semaine et le samedi, dès 11h le dimanche
- Où ? Parvis du Cinquantenaire, 1000 Bruxelles (station métro Merode ou Schuman)
- Comment ? Réservation obligatoire sur brusselsoktoberfest.be, places individuelles ou tables à choisir sur plan.
- Combien ? A partir de 38,50 euros (place individuelle)
Lier s’offre un Munich sur la Nète
Et quand le reste du pays a enfin remisé ses costumes, c’est Lier qui prend la relève. Depuis 2019, la petite ville anversoise se transforme le temps d’un soir en « München aan de Nete », un Munich-sur-Nète improvisé qui plante sur ses anciennes fortifications un chapiteau chauffé où l’on oublie vite le froid de novembre.
On y boit la Paulaner ou la pils belge au demi-litre, avec une version sans alcool pour celui ou celle qui a tiré la courte paille du retour, on y mange bratwurst et Tiroler Gröstl, ou une alternative sans viande, et on y chante sur des tubes qui vont du schlager allemand aux refrains des pistes de ski, avant de se lancer dans des chenilles humaines qui serpentent entre les tables jusqu’au bout de la nuit. L’an dernier, la tente affichait complet bien avant la date, et à voir la vitesse à laquelle les premiers billets se sont envolés cette année, les Lierrois n’ont visiblement aucune intention de laisser Munich avoir le dernier mot.
En pratique :
- Quand ? Le 14 novembre, de 17h à 1h
- Où ? Sur les remparts, à hauteur du Frederik Peltzerstraat 72, 2500 Lier
- Comment ? Billets sur oktobervesten.be, à partir de 15 € ou 65 € avec repas et sept demi-litres. Paiement sur place en liquide ou par Bancontact.
À la mi-novembre, la prairie de Thérèse aura retrouvé son calme depuis longtemps, mais d’un bout à l’autre de la Belgique, on aura continué de trinquer à la santé d’une mariée qui n’imaginait sans doute pas que sa noce durerait plus de deux cents ans.
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