
2 septembre 1944. Les Allemands battent en retraite, font sauter leur dépôt de munitions, et avec lui, le premier palais Renaissance jamais construit en Belgique. 80 ans plus tard, il n’en reste qu’une tour, un porche, et douze hectares de parc où l’on peut se dégourdir les jambes, sans savoir que l’on foule les ruines d’un chef-d’œuvre.
Un coup d’éclat sous Charles Quint
L’histoire commence bien avant, sur ce même promontoire qui surplombe la vallée de la Haine. Une forteresse s’y dresse déjà au XIIIème siècle, mais tout bascule en 1540. Jean de Hennin-Liétard, premier comte de Boussu et proche de l’empereur Charles Quint, confie la construction d’un palais à Jacques Du Broeucq, architecte de la Reine Marie de Hongrie (et sculpteur parmi les plus courus de son temps). Le résultat dépasse alors toutes les résidences voisines, puisque le Château de Boussu sera un édifice pensé « à l’antique », couvert d’ornement, pensé exclusivement et uniquement pour éblouir.
Pendant plus de quatre siècles, le domaine traverse des guerres, les occupations, les pillages de la Révolution française. Il encaisse, jusqu’à cette nuit de septembre 1944.
« Vestigia manent »
Littéralement, « les traces demeurent », puisqu’il ne reste que de ce château l’ancien châtelet d’entrée, avec sa tour Est, son porche et ses caves. Depuis, on y a installé un Centre d’interprétation. Quatre salles y racontent, à travers des pièces retrouvées lors de fouilles menées depuis plus de trente ans, la mémoire des seigneurs de Boussu et l’histoire du chantier archéologique lui-même.
Contrairement au palais, le parc, lui, n’a jamais cessé d’exister. Aménagé au XIXème siècle en jardin romantique à l’anglaise, il s’étend aujourd’hui sur 12 hectares, plantés de platanes, marronniers et tilleurs, et où subsistent les anciens étangs qui entouraient jadis la forteresse. Vous y croiserez des familles en balade, des joggeurs sur le parcours de santé, et des curieux qui grimpent jusqu’au papillon d’observation pour prendre de la hauteur.
L’entrée y est libre tous les jours de l’année, ce qui en fait l’un des rares grands parcs classés de Wallonie où l’on peut simplement entrer et marcher, sans billet ni horaire à respecter.
Silence, les seigneurs dorment encore
A quelques minutes à pied du domaine, dans l’enclos paroissial Saint-Géry, se cache la chapelle funéraire des anciens seigneurs de Boussu. On y entre les samedis matin, de mai à septembre, et on y découvre deux transis d’un réalisme presque dérangeant, des mausolées sculptées en partie par Jacques de Broeucq lui-même, et des pièces d’art religieux qui couvrent sept siècles. L’épilogue de Boussu ne se joue plus sur son château, mais dans ses ruines que l’on visite, son parc où l’on flâne et des seigneurs qui dorment, intacts, à 300 mètres de leurs propres vestiges.
En pratique
- Où ? Château de Boussu : Rue du Moulin 43 7300 Boussu
- Quand ? Le parc est ouvert tous les jours, gratuitement, toute l’année. Le centre d’interprétation du jeudi au dimanche, de mars à octobre (5 € l’entrée) et la chapelle funéraire, les samedis matins, de mai à septembre (2 € l’entrée).
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