
Ou cette fâcheuse manie d’étirer les fêtes de plus en plus tôt, quitte à frôler l’indécence. Deux clans s’affrontent. D’un côté, celles et ceux qui ont déjà sorti le plaid en pilou et la cannelle alors qu’il fait 20°C dehors. De l’autre, celles et ceux qui souhaiteraient une trêve au moins jusqu’à la Toussaint avant de se farcir Mariah Carey.
Pourquoi certains cadeaux de Noël tombent-ils toujours à côté de la plaque ? Décryptage d’un phénomène universel
Un phénomène vieux de 100 ans
Premier réflexe ? Y voir une pure dérive de notre époque et crier au matraquage publicitaire. Sauf que nos arrière-grands-parents s’en plaignaient déjà eux aussi. Plus drôle encore : au tout début du XXe siècle, ce sont des militants sociaux qui ont poussé à anticiper les achats. En 1903, la réformatrice Florence Kelley militait contre le travail des enfants et dénonçait les cadences infernales imposées aux commis en décembre. Sa solution ? La campagne Shop Early, non pour vendre davantage, mais pour protéger les travailleurs. Ironie de l’histoire, ce qui devait soulager les employés est progressivement devenu l’un des meilleurs moyens de prolonger la saison des ventes.
Depuis, impossible d’enrayer la machine. En 2024, une enquête du Guardian constatait que les premières mince pies (ces fameuses tourtes de Noël) débarquaient dans les supermarchés anglais dès le... 7 septembre. Côté stream, Wham ! et Mariah Carey déboulent dans le Top 40 britannique dès la première semaine de novembre. Justin Bieber avait même réussi à y caser son titre de Noël fin octobre en 2011 !
Le commerce nous manipule-t-il vraiment ?
Soyons lucides, si les magasins avancent la date, c’est aussi parce qu’on joue le jeu. Pour la philosophe et psychologue Maria Balaska, contributrice au Time, ce Noël prématuré révèle surtout notre incapacité chronique à habiter le présent. Un bon vieux réflexe heideggérien (en référence au philosophe allemand Martin Heidegger) pour meubler le vide. Quand l’actualité devient anxiogène et la météo déprimante, Noël offre un scénario clé en main. On connaît déjà la playlist, les ficelles et le happy end à la fin. On s’affale devant The Holiday pour la quinzième fois parce que dans ce cottage anglais, Jude Law sonne à la porte et la vie est facile.
Quand la magie devient une obligation
Le risque, évidemment, c’est l’indigestion. À force de faire durer Noël trois mois, ne risque-t-on pas de lui retirer ce qui le rend spécial ? Pardoxalement, ce Christmas Creep finit par agir comme un formidable accélérateur d’angoisse. En avançant le calendrier, il élargit l’espace pour nous imposer une montagne de faux devoirs. Si on s’inflige cette to-do list interminable (acheter les cadeaux, établir les menus, millimétrer la déco...), c’est parce qu’elle donne l’illusion de contrôler quelque chose. Cette frénésie festive fait ainsi office d’écran de fumée. Se noyer sous les préparatifs permet d’anesthésier le quotidien et de penser à autre chose. Le risque ? Se prendre le blues de janvier de plein fouet.
Alors, on décore quand ?
Au fond, peu importe la date du sapin. Le vrai sujet ? Notre besoin permanent d’anticiper le bonheur d’après. En août, on attend l’automne. En octobre, on rêve de Noël. Et le 26 décembre, on pensera déjà aux vacances d’été. Et si on essayait juste de savourer l’automne ? D’ici là, décorez quand vous voulez, mais épargnez-nous Mariah Carey.
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