Nos goûts littéraires seraient-ils aussi saisonniers que notre garde-robe ? De plus en plus de spécialistes estiment en effet que nos choix de lecture seraient influencés par notre environnement et par la quantité de lumière à laquelle nous sommes exposés. Après tout, l’être humain est connecté aux cycles naturels, réagissant aux changements de température, de luminosité… Ainsi, on connaît l’impact de la lumière sur notre équilibre psychologique et physiologique. Elle influence notamment la production de mélatonine, l’hormone du sommeil, mais aussi celle de sérotonine, souvent associée au bien-être.
Lorsque l’automne s’installe et que les journées raccourcissent, certaines personnes ressentent une baisse d’énergie et un besoin plus marqué de réconfort. Un blues saisonnier qui jouerait sur notre humeur et donc, par extension, sur nos diverses envies, nos lectures, entre autres. Beaucoup se tourneraient vers des livres qui procurent une sensation de sécurité, de familiarité : sagas au long cours, romans historiques, enquêtes policières ou récits cocooning. De quoi expliquer les tendances éditoriales ? Pas uniquement, comme nous l’expliquent deux experts du domaine.
Les trois publics automnaux
Si les lecteurs adaptent parfois leurs envies à la météo ou à leur état d’esprit, les éditeurs et les libraires jouent, eux aussi, un rôle dans cette « saisonnalité » des lectures. « L’automne est marqué par trois publics, nous explique Michel Dufranne, chroniqueur littéraire et observateur aguerri du secteur. Il y a d’abord ceux qui sont happés par la valse des prix. Des prix qui ont pour vocation d’occuper l’automne et d’arriver jusqu’à Noël. Ensuite, on a toute la sphère de la néoromance, avec le fantasy soft, et aussi le Pumpkin Challenge (un challenge lancé sur le Net, qui invite à lire entre le 1er septembre et le 30 novembre, toute une série de livres dans diverses catégories fantastiques et horrifiques, NDLR). On retrouve donc des romances liées à Halloween, à l’hiver. On lit moins d’histoires de vampires en été qu’en hiver. C’est un peu l’équivalent des films de Noël (rires). Enfin, on a les lecteurs de polars mais en mode cosy mystery. Ce sont plutôt des enquêtes policières sans violence, qui sont menées par Monsieur et surtout, Madame Tout-le-monde. Les héroïnes sont bibliothécaires, à la retraite, elles appartiennent au même club de tricot ou de lecture, ce genre de choses. Le retour au polar plus dur se produira en mars. C’est d’ailleurs pour cela que des festivals comme Le Quai du Polar se tient à cette période et que les grosses sorties de polar et thrillers se font, cela préfigure aussi déjà l’été. »
Découvrez en vidéo les conseils lecture de Joël Dicker :
Un besoin d’espoir et de lien avec la nature
Du côté des librairies, le changement de rythme se fait également sentir, mais là encore, plus au gré des publications que des saisons, comme nous l’explique Frédéric Treffel de la librairie Tram(e), récemment auréolée du Prix Spécial de la Librairie Francophone hors de France lors du Grand Prix Livres Hebdo des librairies. « La programmation de la librairie suit plutôt l’actualité de la rentrée littéraire que le rythme des saisons, sauf peut-être en littérature jeunesse. Parce que les parents aiment bien inscrire les enfants dans une temporalité des saisons. Mais pour l’heure, notre clientèle adulte est donc plutôt attentive aux prix littéraires, elle prête attention aux critiques dans les médias, et est l’affût de nos propres conseils de lectures, ce qu’on a lu, découvert, durant l’été. »
Quant à la météo et à la luminosité, elle peut en effet, selon ses observations, influer sur les envies de lecture : « Quand l’automne arrive, on sent que les gens, à ce moment-là, ont plus envie de quelque chose empli d’espoir, en lien à la nature. Cela se ressent surtout quand on change d’heure. Quand les gens sortent du boulot, il fait sombre et là, ils ont vraiment envie de quelque chose de plus réconfortant. » Même si, tempère-t-il, « pour l’heure, avec la météo clémente de septembre et de ce début d’octobre, le ciel incite encore à profiter de l’extérieur. »
Librairie Tram(e), 71 avenue Van Volxem, 1190 Forest.
Lectures de saison
Les conseils de nos experts pour tous les âges.
« Graffitis funèbres » de Wouter Dehairs (ONLIT) : un polar classique qui prend place à Bruxelles. « C’est la première fois que cet auteur flamand, très célèbre dans le nord du pays, est traduit. Mettre en avant un auteur flamand qui parle de Bruxelles, traduit par un éditeur francophone, c’est plaisant. »

« Les Semeuses » de Diane Wilson (Rue de l’échiquier) : une histoire de femmes qui se transmettent des semences de génération en génération.

« Sur tes pentes, carnets d’estive » de Florence Debove (Arthaud) : une bande dessinée signée par l’auteure de « Bergère », qui retrace une de ses premières estives, avec des croquis, des dessins, des notes au jour le jour. « Hyper lumineux, le livre prolonge un peu aussi les vacances et les beaux paysages qu’on a vus. »

« Les mémoires de la forêt » de Mickaël Brun-Arnaud (Neuf) : une saga jeunesse en quatre volumes pour autant de saisons. « Un chouette bouquin à partager entre parents et enfants ».

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