Le journaliste culturel Philippe Manche anime depuis deux ans Asphalt Jungle, un podcast littéraire, réalisé en tandem avec Pierre-Etienne Bonnet (Bavard Production). Un rendez-vous mensuel fait de rencontres immersives palpitantes avec des auteurs d’horizons multiples. Avec cette saison, un focus sur les Belges. Son style de prédilection ? Le roman noir.
Vous qui êtes féru de littérature, sentez-vous vite si un polar va vous tenir en haleine ou pas ?Je lis en moyenne trois livres par semaine et à force, oui, je sens ça tout de suite. D’autant que les romans noirs, les polars, c’est tout ce que j’aime. Des codes doivent être respectés. On doit tout de suite être dans l’action : : la découverte d’un corps, un meurtre, une course-poursuite, quelqu’un qui se réveille en sursaut… Comme dans un film de genre, on doit retrouver du suspense, de l’action, des moments de tension, des pauses, des retournements… Les bons auteurs sont d’excellents conteurs : une autrice comme Camilla Läckberg par exemple, travaille avec des chapitres courts, efficaces, il y a toujours un twist ! Évidemment, il faut aussi que ça raconte une vraie histoire. L’intrigue sert généralement de prétexte à évoquer l’actualité. Ou en tout cas, il faut qu’il y ait des résonances avec le monde d’aujourd’hui. Enfin, il faut une intrigue et des personnages crédibles, auxquels on peut s’identifier. Le héros doit ainsi avoir des fragilités, les méchants doivent être nuancés également. Le propre d’un bon polar ou d’un thriller, c’est que tu veux connaître la suite et surtout que tu le refermes en te disant « Là, il ou elle m’a bien eu ! » (rires).Parmi les sorties récentes ou vos dernières lectures, quels romans conseilleriez-vous ?Alors, il y en a beaucoup. Je commencerais par des auteurs belges : Jérémie Claes, que j’avais rencontré non pas en Belgique, mais à Lyon, où j’ai animé une rencontre avec lui au festival Quais du Polar. Il a écrit « L’Horloger », qui parle des suprémacistes. Et là, il a sorti « Commandant Solan », qui se passe dans le sud de la France, terreau fertile de l’extrême droite, autour d’un groupe identitaire fasciste, avec une arrivée de corps de migrants sur les plages de la Côte d’Azur. Ensuite, Bruno Sanderling et « Bangui-Plage », qui se passe essentiellement en Centrafrique et en République démocratique du Congo et qui aborde les problématiques des ONG dans ces pays-là. Salvatore Minni, qui sera d’ailleurs le prochain invité d’Asphalt, et son dernier roman, « Emprises ». C’est vachement bien. Sinon, dans un registre plus psychologique, j’avais bien aimé « La Vraie Vie » d’Aline Dieudonné.Et du côté des auteurs étrangers ?Caryl Férey et « Grindaràp », qui se passe aux îles Feroe, lors de cette cérémonie où ils massacrent des baleines… Chris Whitaker, « Toutes les nuances de la nuit » ; ça, c’est vraiment dingue ! J’aime aussi beaucoup David Mc Closkey. C’est un ancien analyste de la CIA, qui parle d’espionnage. Il a sorti « Moscou X » et avant cela, il avait signé « Mission Damas », sur la chute du printemps arabe. J’ai eu un coup de cœur aussi pour Lison Lambert et « Versant Noir », un premier roman qui met en scène un père et sa fille et qui aborde le surtourisme et ses conséquences écologiques en Himalaya. C’est vraiment super !Retrouvez un nouvel épisode d’Asphalt Jungle chaque premier du mois sur les plateformes de podcast. Parmi les rendez-vous à venir : Salvatore Minni, Caroline Lamarche, Nadine Monfils… et, notre expert croise les doigts, sans doute Amélie Nothomb !