Slim is not dead

Chaque année, on nous prédit sa disparition. Même le jean mom et le boyfriend, annoncés comme ses successeurs, n’ont pas réussi à entacher sa réputation. Le jean slim ne cesse de se réinventer !
Par Lauranne Lahaye. Photos DR. |

On nous dit qu’il a fait son temps, car trop simpliste, trop adolescent. On nous dit qu’il n’est pas flatteur, à moins que l’on fasse un 34. Qu’il peut être nocif pour la santé, parce qu’il endommage les fibres musculaires et nerveuses de la jambe.

Pourtant, depuis son retour en fanfare il y a quinze ans, le jean moulant conserve une place de luxe dans les rayons de prêt-à-porter et séduit toujours, des cours de lycées aux open spaces huppés. Mais comment le modèle s’est-il imposé comme incontournable de notre dressing ? Difficile de répondre à la question si l’on ne nuance pas le vocabulaire, explique Karyn Hillman, chef de produit chez Levi’s, la marque qui créa le blue jean en 1873.

En préambule, il s’agit donc de différencier le jean slim du skinny. Le slim est moulant de la taille au mollet, disent les dictionnaires de mode, et s’élargit légèrement au niveau de la cheville, sur laquelle il tombe en accordéon, alors que le skinny épouse la jambe sur toute sa longueur, cheville comprise, et est généralement conçu dans un tissu plus fin que le slim.

Cool et nonchalant à la fois

Si le jean skinny – qui s’apparente davantage aux caleçons des eighties – est bien sur le déclin, la version slim, elle, se porte comme un charme. On assiste plutôt à un rejet du super super skinny et du jegging, confirme Karyn Hillman. Et le succès du rétro n’y est pas pour rien.

Aujourd’hui, les femmes se tournent vers un denim d’inspiration vintage, plus authentique, poursuit la professionnelle du genre. Le modèle vintage a ce je-ne-sais-quoi de nonchalant et de cool à la fois, il révèle un côté sexy “ sans y toucher ” et atteste, dans un sens, de nos imperfections.

Là où le skinny et le jegging s’enfilent comme une seconde peau, souvent dans des versions synthétiques très sportswear, le slim en denim d’inspiration vintage, plus brut, aux coutures apparentes, parfois irrégulier dans sa texture, s’impose comme une version naturelle et sincère, qui s’ancre parfaitement dans l’air du temps.

Une histoire de hipsters

Et c'est ce même esprit décontracté qui a rendu le slim désirable auprès des mâles. Il les aura pourtant séduits sur le tard, précise Yoann Benaniba, propriétaire des magasins bruxellois Reservoir Shop et La Crème. La hype du slim, côté hommes, remonte à 2009, 2010, et s’est intégrée dans la montée du mouvement hipster. Jambes moulées et fesses galbées, le slim incarne alors une certaine idée du cool et de l’audace, rappelant l’époque rock, et met progressivement fin à l’ère du baggy, alors roi de la rue. Ce sont aussi les années où la chaussure, surtout la basket, reprend ses droits et où l'ourlet perd sa connotation has-been.

L’idée, soudainement, c’est de dégager la cheville, pour qu’on voie bien les chaussures et même les chaussettes ! Si le slim, côté mâle, n’échappe pas à sa mission de basique, il partagera sa popularité, cette saison, avec des pantalons aux coupes plus droites, nuance le pro, qui revient de la Fashion Week de Copenhague. Ce qui ne signifie pas qu’on le verra moins en rayons, puisque les modes ne s’excluent plus désormais, elles évoluent en parallèle. Et de détailler : ce printemps, on pourra autant trouver un slim en magasins qu’un jeans droit ou un pantalon cargo qui laisse apparaître la cheville. L’époque est au choix et à l’ouverture d’esprit fashion, grand bien nous fasse !