Deuxième plus grande ville du Canada, Montréal attire chaque année des milliers de touristes venus étancher leur soif de culture, de gastronomie, d’espaces verts ou de shopping (magasinage comme on dit ici). Mais l’île séduit aussi par son approche particulière de l’architecture et du design. Depuis 2006, et la nomination officielle de Montréal comme « Ville de design « par l’UNESCO, elle met en avant, via un bureau dédié à ce seul domaine, ses designers et architectes. Parmi eux, Zébulon Perron, dont l’atelier a réalisé, entre autres, l’aménagement de nombreux restaurants et hôtels chics et branchés, à Montréal évidemment, mais aussi à l’étranger.
Au cœur de l’été, c’est dans son QG, dans le quartier arty du Mile End, que l’artiste nous fixe rendez-vous. Un espace lumineux aux allures de gigantesque moodboard où, sur les tables et les murs, des échantillons de pierres, de bois, de tissus… s’étalent à côté de plans, de dessins, de photos, etc. Un décor idéal pour discuter de l’approche de l’architecture et du design dans la ville. « Il est difficile de mettre le doigt sur le style exact de Montréal, nous lance d’emblée notre expert en riant. Mais on peut dire qu’il y a un avant et un après Expo 1967… ».
On reste dans le design avec les erreurs à éviter pour trouver le style de sa maison :
L’ADN de la ville
L’Expo 67 a en effet constitué un moment charnière pour Montréal, et pour le Québec en général. « On sortait d’une période de noirceur ; la société québécoise se défaisait de l’emprise de l’Église. Cela a généré des changements profonds au niveau des mœurs et de la culture, et dans des tas d’autres domaines, dont l’architecture et le design. Cela a donné lieu à une approche plus moderniste… Avec de bons et de moins bons côtés : il y a eu de grands projets, mais on a aussi démoli de beaux bâtiments. Néanmoins, cela reste un moment clé, où Montréal s’est tournée vers le monde, et qui a vu naître plusieurs mouvements dont les effets perdurent. Nous sommes tous un peu « post-67 « . Moi, c’est carrément dans mon ADN : mes parents se sont rencontrés sur un pavillon de l’expo (rires). C’est en fait un peu dans l’ADN de chacun et de la ville ».
Il est difficile de mettre le doigt sur le style exact de Montréal. Mais on peut dire qu’il y a un avant et un après Expo 1967
Parmi les réalisations majeures de l’Expo, difficile de passer à côté d’Habitat 67, une vaste construction géométrique installée sur les rives du Saint-Laurent, que l’on peut notamment admirer du Vieux-Pont. « C’est l’un des projets les plus iconiques de la ville, confirme Zébulon Perron. L’architecte, Moshe Safdie, était encore aux études quand il l’a dessiné ; sa structure est hyperintéressante, avec notamment le toit d’un appartement qui sert de terrasse à l’autre… C’est extrêmement ingénieux, très moderniste, tout en ayant une approche sensible et humaine. On y retrouve ainsi la volonté de l’architecte d’intégrer un espace vert pour chacun ».
Autre bâtiment remarquable érigé pour l’Expo 67 : la Biosphère, installée sur l’île de Sainte-Hélène, que l’on peut voir à des kilomètres à la ronde. « Pour beaucoup, c’est devenu le symbole de la ville. On la doit à l’architecte et designer américain de légende Richard Buckminster Fuller, qui a mis au point la carte Dymaxion et le dôme géodésique. Ce qui est très intéressant avec ce bâtiment, c’est qu’il joue sur l’efficacité de la matière ; à savoir, utiliser un minimum de matière pour donner un maximum de force structurelle. La sphère est constituée d’une série de triangles car cette forme géométrique est la plus forte. Si on appuie sur un coin d’un triangle, la force est redistribuée sur l’ensemble, ce qui n’est pas le cas avec un rectangle. Là encore, c’est une démonstration de l’ingéniosité dont l’homme peut être capable ».
Les incontournables
Parmi les autres bâtiments que notre guide nous conseille de découvrir, des constructions d’époques diverses. À commencer par la caserne Letourneux. Une ancienne caserne de pompiers, érigée en 1914-1915 dans le quartier de Maisonneuve par l’architecte Marius Dufresne. « C’est un peu excentré, mais ça vaut la peine d’aller le voir : c’est un très beau bâtiment inspiré par le style de Frank Lloyd Wright ». On en profite pour aller visiter, dans le même quartier, le stade olympique (situé par ailleurs non loin d’un autre lieu touristique très prisé, le jardin botanique). Surnommé « The Big O « , ce stade aux allures de vaisseau spatial accueille divers événements sportifs et culturels tout au long de l’année. Il fut conçu pour les Jeux olympiques de 1976 par l’architecte français Roger Taillibert. Sa tour de 165 mètres est l’un des plus hauts bâtiments de Montréal et reste la plus haute tour inclinée du monde.
Pas mal de choses à admirer également du côté du quartier central de Ville-Marie. La place du même nom est une réalisation des architectes Ieoh Ming Pei et Henry N. Cobb. Sa construction marqua le lancement du développement de la « ville souterraine « , le réseau piétonnier intérieur qui s’étend sur 33 km. C’est là aussi que, depuis 2022, s’élève l’Anneau, un cercle d’acier de 30 mètres de diamètre, qui s’illumine le soir. Devenu rapidement l’un des nouveaux symboles de la ville, c’est une réalisation du bureau de l’architecte paysagiste Claude Cormier & associés, à qui l’on doit également l’œuvre Nature légère, une installation de 52 arbres de béton rose, dans le hall du Palais des Congrès. Ce dernier est reconnaissable à sa façade de panneaux de verre coloré (sur la place d’Armes). À voir encore, juste en face, le bâtiment de la Caisse de dépôt et placement (ou édifice JacquesParizeau), un immense « gratte-ciel vertical « de 12 étages.
Pour les adeptes d’expositions, direction le Centre Canadien d’Architecture. « Un musée très intéressant, avec des expositions pointues, qui a été fondé par l’architecte Phyllis Lambert, une figure importante de la ville ». Le lieu se distingue par son bâtiment principal, qui intègre la maison Shaughnessy, l’une des rares résidences du XIXe siècle accessibles aux visiteurs. Notre hôte poursuit : « L’Université Mc Gill dispose d’un centre de design, qui propose des expositions intéressantes. J’aime aussi beaucoup le centre PHI, dédié aux arts numériques et contemporains ».
L’espace préféré de notre hôte parmi tous reste cependant… le parc du mont Royal, qui relie la ville d’est en ouest. « C’est le lieu le plus important de la ville pour moi. On appelle affectueusement le mont « la Montagne « , en réalité, c’est une grande butte (rires). J’aime les parcs en général, car ils sont accessibles à tout le monde. Celui-ci a été aménagé par Frederick Law Olmsted, le paysagiste de Central Park, à New York, qui l’a largement laissé à l’état sauvage, en intégrant des sentiers. Avoir un tel lieu au cœur de la ville, c’est un vrai trésor ! ».
Côté intérieur
La révolution post-67 a également eu des conséquences sur l’architecture d’intérieur et le design, deux domaines que les professionnels associent ici étroitement – et qui comptent nombre de professionnels en vue. « Si aujourd’hui, la ville est touchée par la gentrification, pendant des années, elle était très abordable, explique Zébulon Perron. Il y avait plus d’espaces à disposition, moins de pression, ce qui a permis à pas mal de créatifs de s’y installer et de s’exprimer. La ville compte donc aujourd’hui beaucoup de designers, qui bossent sur des projets très différents. Avec quelques bureaux de renom. Je pense à Lambert & Fils, qui rayonne à l’international. » Spécialisé dans les luminaires, ce studio collaboratif s’inspire aussi bien du passé que du présent, des jouets d’enfants que de la nature pour imaginer ses créations, toutes réalisées à Montréal (lambertfils.com).
Pour sa part, Zébulon Perron s’est fait un nom dans l’hôtellerie et la restauration. « Lorsque j’ai débuté, il y a environ 25 ans, Montréal n’allait pas très bien, économiquement parlant, le design n’était pas une priorité ; les gens étaient réticents à investir pour s’occuper de leur environnement. L’évolution du secteur est liée à celle de la restauration qui, de cuisine de terroir est devenue par le biais de quelques chefs, plus ouverte, plus variée et ultra-dynamique. C’est intéressant de travailler dans des bars et des restaurants car ce sont des lieux profondément sociaux. D’ailleurs de nombreux touristes viennent à Montréal pour manger et sortir (rires). L’offre est énorme et il y a vraiment plein d’établissements de qualité. Je pense à Joe Beef et Nora Gray. Ou Mon Lapin, sur lequel nous avons travaillé, et qui a été sacré meilleur restaurant de la ville. En tant que designer, c’est très gai de travailler sur de tels lieux, où l’on vit une expérience. J’essaye d’éviter d’imposer un style fort, je travaille sur mesure, en collaboration avec mes clients. J’aime raconter une histoire avec eux. On va généralement assez loin dans la customisation. Les murs, le mobilier, les luminaires… on a une approche globale. On veut que lorsque les gens franchissent le seuil du lieu, ils se sentent ailleurs. Si c’est le cas, c’est qu’on a réussi. Et la clé de tout ça, c’est vraiment le sur-mesure. On évite par exemple d’acheter trop de pièces reconnaissables, que l’on voit partout ailleurs, sauf exceptions : on craque parfois pour des belles pièces classiques, parce qu’elles ont une âme et sont cohérentes avec le concept. »
Entre autres réalisations de l’Atelier Zébulon Perron à voir à Montréal, on vous conseille Le Café Constance, dont les abat-jour sont un clin d’œil aux tutus des ballerines… l’établissement étant installé au rez-de-chaussée du bâtiment des Grands Ballets. Dans le même quartier, à cinq minutes à pied, changement d’ambiance avec Le restaurant Henri et sa déco inspirée par l’Art nouveau. Un peu plus loin, le restaurant lounge Marcus du Four Seasons. Enfin dans le quartier du mont Royal, le restaurant Le Rouge Gorge.
Pour préparer votre visite : mtl.org ; designmontreal
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