On vous le disait précédemment, c’est dans la ville d’Älmhult que bat le cœur d’Ikea. C’est là que naissent les idées, que les objets sont dessinés, modélisés, testés… ou malmenés. On pousse ainsi les portes d’Ikea of Sweden, où les designers et artisans s’activent, là où leurs idées se concrétisent sur plusieurs années. Leur fil conducteur : imaginer des produits inspirés par les besoins du quotidien tout en répondant aux règles du design démocratique : forme, fonction, qualité, durabilité et prix bas. Les concepteurs et les développeurs de produits reçoivent un budget cible. Sur cette base, ils choisissent notamment les matériaux avec lesquels ils vont travailler. Le pricing final tient ensuite également compte des coûts de production, d’emballage, etc.
Ce jour-là, nous avons rendez-vous avec quelques-uns des designers de la dernière collection, PS 2026. Parmi eux, David Wahl – dont on connaît tous la suspension PS 2014 (oui, celle inspirée par La Guerre des étoiles), créateur de la table d’appoint pliable en métal et panneau de fibres. Un objet d’apparence simple qui, imaginé en 3D, a pourtant nécessité une vingtaine de prototypes. Comme pour toute pièce créée ici, à chaque étape, les équipes effectuent des tests afin d’identifier ce qui fonctionne et ce qui doit être corrigé. « Les lois de la physique étaient contre cette table, lance le créateur en riant. Le premier prototype s’ouvrait correctement mais il ne tenait pas en équilibre. La deuxième version présentait un problème au niveau du système de fermeture… On a passé un an rien que pour le perfectionner ! » Le développement, on le comprend, consiste en une succession d’ajustements de chaque détail.

Dans un autre atelier, on rejoint Mikael Axelsson, créateur du déjà célèbre fauteuil gonflable. Le Suédois travaille, lui, à partir de petits modèles. Il nous exhibe pour preuve le mini-fauteuil qu’il avait construit, en rose.

Ici aussi, plusieurs versions ont été nécessaires. Les équipes ont notamment travaillé sur la structure métallique et sur l’assise, qui était d’abord trop rigide, puis trop molle. « De nombreuses questions se sont aussi posées concernant le système de gonflage, explique le designer. Pour des raisons de durabilité, on a finalement opté pour une pompe à pied plutôt qu’une pompe électrique. » En plastique certes, mais qui ne consomme pas d’énergie. « Il faut compter environ cinq à six minutes pour gonfler l’assise et deux minutes pour la partie supérieure ».

Mais au fait-pourquoi est-il vert et non rose comme le designer l’avait imaginé ? Nous avions également aperçu parmi les prototypes, la desserte de la même collection en vert foncé. Or elle est commercialisée en bleu ciel et en beige. On nous explique sur place que le choix final des couleurs revient à la chef de l’équipe créative, qui a une vue globale sur toute la collection. C’est elle qui attribue telle ou telle couleur à chaque objet afin d’assurer un équilibre entre uniformité et diversité au sein de la gamme.
Ça donne quoi si on shoote dedans ?
On se dirige ensuite vers le département Global Test, aménage dans les murs du premier showroom de la marque. Chaque année, quelque 10 000 tests sont réalisés sur différents objets et meubles. Le rôle du labo ? S’assurer que les produits sont sûrs pour un usage domestique, et voir comment les optimiser. On invente donc ici une multitude de tests, parfois incongrus, à partir de scènes du quotidien. Lina, Test Lab Manager, nous cite en exemple la situation d’un adolescent qui cherche ses baskets et qui, une fois qu’il les a trouvés, donne un coup de pied dans l’armoire pour la refermer. Le laboratoire crée un test qui simule les chocs répétés.
Pour effectuer la visite, on suit une ligne jaune qu’il est interdit de franchir. La plupart du temps, les photos sont interdites pour des raisons évidentes de confidentialité. À plusieurs endroits, certains produits sont même dissimulés derrière des cartons. On effectue une halte devant des robots industriels reproduisant notamment les sauts d’un enfant sur un fauteuil. Le tout, derrière une grille de sécurité. Leurs mouvements sont en effet aléatoires. Si quelqu’un entre alors qu’un robot fonctionne, il est impossible de prévoir quel mouvement sera reproduit dans la seconde qui suit. La personne court alors le risque d’être happée ou frappée par le robot.
On passe ensuite par un immense hall rempli de machines et de prototypes. Les machines reproduisent là différents mouvements du quotidien : s’asseoir ou se jeter dans un fauteuil, déplacer un meuble ou le secouer. Pour l’occasion, sont montrés pour nous certains tests qui ont été effectués sur le fauteuil gonflable.

Nous passons ensuite par le Comfort Lab, où sont testés les matelas et sièges, puis par l’espace où les tables en bois sont mises littéralement sous pression. Au moindre signe de fissure, le produit est renvoyé aux designers. L’un des testeurs nous explique qu’il existe pour chaque test des échanges réguliers, voire quotidiens, entre leurs équipes et les designers qui, selon eux, ne pensent pas toujours spontanément aux standards de sécurité et de stabilité. Le dialogue constant entre les deux équipes se révèle essentiel afin de parvenir collectivement au meilleur produit possible.

Nous terminons enfin la visite par un espace appelé Kid Co-lab, crée voici un peu plus d’un an, où des enfants sont invités à tester des produits. L’objectif est d’observer des usages et gestes auxquels les équipes n’auraient pas forcément pensé. Elles observent ainsi parfois des réactions étonnantes, qui mériteraient presque une approche sociologique. Dernièrement, plusieurs enfants ont ainsi demandé des endroits où déposer non pas un téléphone ou une tablette, mais leurs lunettes ou leurs livres. De quoi nous donner une petite idée des prochaines créations…
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