
Sacré designer de l’année lors du dernier salon Maison & Objet de Paris, le créateur d’origine russe s’est imposé en quelques années via une esthétique singulière. « Je m’inspire de nombreux courants : le brutalisme, le minimalisme, la culture pop… », avoue-t-il. Adepte du « transformisme », le fondateur de Crosby Studios se livre à nous en quelques mots. L’occasion de mieux cerner sa personnalité et de décrypter son approche de la création qui séduit les plus grandes marques de luxe.
Ses activités
En 2014, à New York, sur la 5th Avenue, il a fondé Crosby Studios, une plateforme pluridisciplinaire allant de l’architecture d’intérieur, au design graphique en passant par l’installation artistique. Il y a deux ans, il s’est installé à Berlin, puis à Paris. « Je me sens lié à l’univers de la mode, dont je suis à la fois le reflet mais aussi le contrepied ».
Ses débuts
Diplômé de l’Institut d’architecture de Moscou, c’est un rebelle dans l’âme. Il voulait déranger, changer le monde et l’industrie de la mode. Son évolution s’est effectuée en plusieurs phases. Il a démarré sa carrière en collaborant avec Balenciaga.

Sa méthode de travail
Dans sa pratique artistique, il questionne et critique la surconsommation de masse, avec ironie. Il est à la recherche des émotions. Pour Baccarat, il a interrogé la notion de transmission de cette maison séculaire en réalisant un lustre avec des objets du quotidien pour remplacer les cristaux qui n’existeront plus dans 50 ans.
Sa philosophie
Le « transformisme » qui se démarque du recyclage et se rapproche du détournement d’objet. « Il s’agit d’une réflexion et d’une sorte d’état des lieux, de ce qui a déjà été fait et comment on peut retrouver une utilisation. Il confère une nouvelle identité aux objets, sans effacer leur origine ». Bravant la cacophonie des tendances et la surproduction, il repense et interprète le passé pour déterminer une réaffectation des objets qui nous entourent. Il utilise notamment la couleur directe comme un outil pour transformer les perspectives de l’espace. « Lorsqu’on appréciait le beige, je peignais tout en bleu. Alors que les couleurs vives sont revenues sur le devant de la scène, j’utilise une palette triste, le gris, symbole de mélancolie… »
Ses choix de collaboration
Tout l’intéresse : Les produits de décoration, les concepts de pop-up, les espaces de vente, les installations immersives. Il travaille avec des marques très commerciales comme pour des petites entreprises, des niches. En 2025, il a réalisé 70 projets.
Une création emblématique
Sa « maison en denim », où il a attribué une nouvelle utilisation à un objet, en prenant un tissu venant de la mode, un textile qui n’était pas prévu pour le design d’intérieur. « Cette liberté correspond à une expression personnelle et de style : on peut habiller l’espace comme on s’habille soi-même. Il a choisi notamment de recouvrir un canapé avec du denim car c’est un siège où l’on mange, dort, travaille, lit, un objet multifonctionnel ».

Un lieu qui le définit
Le restaurant Noisy Oyster à Londres, un site en construction et travaux où on dévoile les coulisses. « J’ai laissé apparents les câbles, les échafaudages… pour mettre en avant le résultat inachevé, la réalité des choses, un état plus poétique, sans début ni fin, où on peut apercevoir des matières qui ne sont pas censées être exposées au public ».
Sa notion du beau
« La beauté doit être sans étiquette et elle n’est pas forcément nécessaire. Ce qui est vrai et ce qui se passe derrière, c’est plus intéressant. Il faut enlever ce qui est faux et les façades ludiques qui nous poussent à la consommation. On peut être installé dans un canapé très confortable et se sentir misérable et au contraire, être super heureux en mangeant un hot dog dans la rue. »
Son installation iconique
À la Galerie Sultana, une exposition façon accumulation de 5000 flacons de parfum trouvés à Paris ou qui ont fait l’objet de dons. « Le résultat, façon autoportrait de notre génération, fait référence au lèche-vitrine Tout ce qui est derrière une façade en verre est un objet de désir ».
Des créations surprenantes
Le show-room du créateur Alexander Wang : un garage déstructuré avec des éléments venus de l’univers automobile et transformés en meubles. À noter aussi, son installation pour Maison & Objets, où il a reconstitué un espace rempli d’objets et de meubles de différentes époques en le recouvrant totalement d’une teinte argentée, avec de la peinture et un papier brillant. Ils sont à la fois parfaitement reconnaissables mais différents et sublimés par la couleur. « Mon processus créatif ne commence pas par une toile blanche mais par le monde tel qu’il est ».
Sa vision de l’avenir
Elle est dystopique. Il faut créer de nouvelles choses avec des choses anciennes. Il n’y a plus de réelles nouveautés, de nouvelles couleurs… Quant à ses envies pour demain, il conclut : « Je suis loin d’avoir tout fait et essaie d’être dans le présent. Je suis fasciné par le cinéma ». Affaire à suivre…
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