Comment la montagne a ringardisé le bord de mer - De la mode à la musique en passant par les influenceurs, la montagne n’a jamais été aussi en vogue. - Audrey Morard

Comment la montagne a ringardisé le bord de mer

La montagne n’a jamais été aussi prisée. Les influenceurs et l’univers de la mode en ont fait leur nouveau terrain de jeu. Comment expliquer cet engouement pour les sommets ? Décryptage aux côtés de Vincenzo Susca, professeur des universités en sociologie de l’imaginaire à l’Université Paul Valéry à Montpellier.
sosoir
Photo
Unsplash

Il y a encore dix ans, la montagne n’était pas la première destination à laquelle on pensait pour passer quelques jours de congé ou plusieurs semaines de vacances. La mer était davantage prisée pour ses plages, son sable fin, ses couchers de soleil… Mais ça, c’était avant. En 2024, la montagne est convoitée. Vincenzo Susca, professeur des universités en sociologie de l’imaginaire à l’Université Paul Valéry à Montpellier, va jusqu’à parler de séduction sociale. L’engouement pour la montagne s’est renforcé depuis la crise sanitaire. « C’était le lieu idéal pour respirer, s’éloigner des gens, des villes où le risque de la contamination était important ». La montagne et ses hauts sommets aidaient à mieux respirer dans un monde confiné et mis sous cloche. À cela s’ajoute le réchauffement climatique. « On voyait des personnes résidant au nord aller vers le sud et la mer, mais le contraire s’opère depuis quelques années. Les gens du sud vont désormais vers la montagne ».

Qu’est-ce que le tourisme de la dernière chance, ce phénomène inquiétant de plus en plus prisé par les voyageurs ? La réponse en vidéo :

La montagne, la nouvelle Dolce Vita

La montagne a le vent en poupe et les influenceurs l’ont bien compris. Le 14 septembre dernier, le créateur de contenu français Inoxtag créait la sensation avec Kaizen, son documentaire relatant son ascension de l’Everest. La montagne devient ici un objet de pop culture où sont appliqués les codes de la culture numérique et des réseaux sociaux. Inoxtag est suivi par des millions de personnes, dont principalement des adolescents et des jeunes adultes. Son ascension de l’Everest va donner des idées à certains désireux de reproduire l’exploit entrepris par le Youtubeur. Quelques jours après la sortie de Kaizen, Maeva Ghenam, ancienne candidate de téléréalité, expliquait à ses abonnés vouloir gravir le Mont-Blanc en 2025.

Vincenzo Susca a l’habitude de se rendre en montagne pour des randonnées. Il a constaté « au fil des années une transformation de la montagne avec davantage d’aires de jeux, des visites guidées plus nombreuses, des pubs plus américains… La montagne est devenue la nouvelle dolce vita ». Le sociologue poursuit : « La mer sera toujours appréciée, mais on l’a consommée et surconsommée. Les vacances en bord de Méditerranée sont presque devenues ringardes d’une certaine manière. On a exploité tout ce qu’il y avait à exploiter, détruire tout ce qu’il y avait à détruire. La montagne reste encore à envahir ». Le tableau dépeint par Vincenzo Susca effraie presque mais il est déjà en train de se produire sous nos yeux. Il n’y a qu’à se rendre dans des stations de ski comme Chamonix-Mont-Blanc ou Megève pour s’en rendre compte. Si ces lieux étaient auparavant fréquentés en haute saison, c’est-à-dire en été et en hiver, ils le sont désormais aussi hors saison. Les rues des villes haut-savoyardes sont envahies, voire bondées, toute l’année. Des événements XXL comme l’Ultra Trail du Mont Blanc amènent énormément de monde et contribuent aussi au rayonnement du milieu montagnard.

La mode et les festivals conquis par les sommets

Preuve de la hype de montagne, l’industrie musicale s’y est elle aussi implantée. Le célébrissime festival Tomorrow Land a sa version hivernale à l’Alpe d’Huez depuis 2019. La prochaine édition se déroulera d’ailleurs du 15 au 22 mars 2025. L’événement a réuni l’an dernier de grands noms de la scène électro comme AFROJACK, Alesso, Henri PFR, Sebastian Ingrosso ou Lost Frequencies. Comme en été, les décors du festival sont grandioses et esthétiques avec en arrière plan les sommets alpins. Tomorrow Land Winter débute dans six mois mais certains packages sont déjà épuisés avec des listes d’attente mises en place. À Chamonix, le musicien André Manoukian a imaginé le CosmoJazz Festival où les concerts sont organisés en altitude face au massif du Mont-Blanc.

La mode s’empare elle aussi de l’esthétique montagnarde. « Si on regarde bien, les chaussures de montagne, les pantalons de montagne s’invitent dans la culture urbaine. Il y a un véritable boom des marques comme North Face, Patagonia ou encore Salomon. Toutes sont liées à la montagne. À présent, la tendance est de se balader avec des chaussures Salomon pour aller au travail et même en soirée ! ». Les stars sont elles aussi séduites par la « montagne mania ». En février 2023, Rihanna arborait sur scène une paire de Salomon rouge pétant lors de la finale du Super Bowl. Le show avait été suivi par plus de 113 millions de téléspectateurs permettant ainsi à la marque française de se faire une belle publicité à l’échelle mondiale. « Je ne trouvais pas les chaussures Salomon jolies il y a encore trois mois. J’ai maintenant envie de les mettre dans la vie de tous les jours alors que je ne l’avais jamais envisagé (rires). Les prix ont explosé avoisinant les 250€ pour certains modèles L’imaginaire liée à la montagne a évolué. Il y a 20 ans, elle était un lieu assimilé à la peur, l’hostilité, où les gens avaient toujours froid, avec des animaux sauvages comme compagnons. Désormais, elle est le lieu où il faut être. Elle est tendance » indique Vincenzo Susca.

Un succès qui comporte des limites

Cet attrait pour la montagne séduit mais pose des questions. Elle constitue certes un refuge pour fuir la hausse des températures, mais elle est elle aussi touchée de plein fouet par le réchauffement climatique. Dans les Alpes et les Pyrénées, le mercure a augmenté de deux degrés au cours du XXème siècle, contre 1,4 degré dans le reste de l’Hexagone. Récemment, la station de ski de Seyne-les-Alpes en France a définitivement fermé ses portes. Ce domaine skiable de 24 kilomètres de pistes, entre 1 370 mètres et 1 800 mètres d’altitude, avait été fragilisé par le réchauffement climatique. L’absence régulière de neige avait causé la chute de la fréquentation, et la structure cumulait des centaines de milliers d’euros de pertes par an, expliquait la commune. Un triste scénario qui pourrait malheureusement se reproduire à l’avenir, au point de se demander s’il sera encore possible de skier dans un futur proche.

Accueillir de nouveaux visiteurs chaque année est un boost pour l’activité touristique des villes montagnardes mais elle comporte ses limites et laisse entrevoir un phénomène de tourisme de masse avec des activités humaines plus nombreuses provoquant une hausse de la pollution. Il ne serait pas surprenant de voir des mesures limitant l’afflux des touristes se mettre en place, comme c’est déjà le cas à Venise, pour protéger ce milieu naturel précieux. Et ne rien lui faire perdre de sa magie.

Ne manquez plus aucune actualité lifestyle sur sosoir.lesoir.be et abonnez-vous dès maintenant à nos newsletters thématiques en cliquant ici.

Contenus sponsorisés

Magazine

MagazineJe découvre
SO FRIEND

SO FRIEND

So soir est une communauté… Découvrez nos concours et avantages so friend!

je découvre
CARNET D’ADRESSES

CARNET D’ADRESSES

Découvrez les bons plans sorties avec SoSoir

je découvre
MASTERCLASS

MASTERCLASS

Découvrez comment sublimer votre plateau de fromages.

je découvre