La magie du cristal : immersion dans les ateliers du Val Saint Lambert

La magie du cristal : immersion dans les ateliers du Val Saint Lambert - Agnès Zamboni

La première et unique cristallerie de Belgique, fondée avant même la création du pays indépendant, continue de nous enchanter par ses prouesses techniques et artistiques.  

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Fondée en 1826 par deux anciens employés de la cristallerie de Vonêche, dans les bâtiments de l’abbaye du Val Saint Lambert, la cristallerie éponyme a profité, dès ses débuts, d’une situation idéale. Couronnée par une médaille d’or, en 1841, à l’exposition des produits industriels belges de Bruxelles, pour son cristal pur, coloré et raffiné, la maison se fait aussi remarquer, lors de l’Exposition Universelle d’Anvers en 1894, par sa taille de motifs géométriques. Au début du XXe siècle, elle emploie 5000 travailleurs, devient une marque internationale et connaît ses années de gloire, avec les commandes des tsars de Russie.

En vidéo, on vous emmène dans les coulisses du Val Saint Lambert :

En 1901, dans la mouvance de l’Art nouveau, l’orfèvre et sculpteur Philippe Wolfers imagine le vase « Crépuscule ». C’est le premier chef-d’œuvre de la manufacture qui se distingue aussi par la fabrication de lustres monumentaux pour le palais indien du Maharajah de Gwalior. Suite aux conséquences de la Première Guerre mondiale, le marché russe s’éteint. Les 3000 artisans toujours en activité produisent alors des créations dans le style Art déco. Après 1945 et la banalisation du cristal, le Val Lambert a cumulé les déboires, les repreneurs et les faillites. Propriété de l’État belge, puis de la région wallonne, privatisée avant de revenir à la région wallonne, la cristallerie est ensuite sauvée par la Bruxelloise Sylvie Henquin et introduite en Bourse, en 2005. Nouveau coup du sort lorsque la réputation de la cristallerie est éclaboussée par le scandale du Cristal Park. La cristallerie avait pourtant tenté de se diversifier… Depuis 2018, grâce à l’homme d’affaires Georges Arthur Forrest, un futur plus positif se dessine.

Couleurs et transparences

La magie du cristal : immersion dans les ateliers du Val Saint Lambert - Agnès Zamboni

Le Val Saint Lambert fabrique un cristal doublé, coloré et taillé, innovation datant de 1908, qui a fait sa renommée mondiale. Réputé pour sa limpidité et son éclat, le cristal se distingue par la pureté de ses composants avec un minimum de plomb (24 %, autrefois 33 %). Il refroidit plus vite donc il faut le travailler plus rapidement que le verre. Aujourd’hui, il est toujours travaillé en couches superposées : cinq couches pour les pièces de la collection « Millenium », imaginée par le designer interne Eric Delvaux. Son décor cloisonné à base de poudre d’oxyde d’argent compose des effets uniques sur chaque pièce. Pour la couleur, on ajoute des oxydes métalliques : cobalt pour le bleu, cuivre pour le vert, or pour le rouge…

La magie du cristal : immersion dans les ateliers du Val Saint Lambert - Cristallerie du Val Saint Lambert - Agnès Zamboni
La canne doit être toujours en rotation pour que la pièce ne tombe pas. Chaque mouvement à son importance, même l’inclinaison de la canne. - Cristallerie du Val Saint Lambert

Martin, formé par un ancien maître verrier, assure la production avec Clara, jeune apprentie, après une formation artistique. Dans l’atelier, trois foyers s’activent : le four de réchauffe pour la canne de soufflage à la bouche et la couleur, le four de fusion, allumé 24 h sur 24 h, contenant 700 kg de cristal, le four de recuisson et de refroidissement de la pièce, appelé aussi arche. La pâte est travaillée à chaud pour préparer la forme avant de la finaliser dans un moule en bois de poirier. La bougie photophore « Millenium », produit phare de la collection, accueille de la cire 100 % végétale avec une mèche de coton naturel de la marque La Flamme Belge. Sa fabrication nécessite 3,5 kg de cristal.

La magie du cristal : immersion dans les ateliers du Val Saint Lambert - Agnès Zamboni

Taille et finition

La taille à froid occupe une équipe de cinq personnes, dont deux tailleurs et un polisseur. Biseau, amande, côte plate, diamant… les motifs sont nombreux. Le compassage de la pièce, sorte de quadrillage, permet de les dessiner. Grâce à quatre opérations successives, on retrouve la transparence du verre, situé sous la dernière couche colorée, avec notamment le passage sous une roue en feutre et poil de chèvre. La dernière étape de polissage, avec une roue en feutre de laine de mouton, redonne sa brillance au cristal. Le contrôle qualité, assuré par Diana et son « œil de scanner », permet de déceler les défauts de fabrication. « 30 % de la production est défectueuse mais beaucoup d’imperfections sont supprimées par le polissage. Les déchets de production servent à fabriquer un terrazzo. Ce matériau recouvre notamment le sol du hall d’accueil du Musée du Val Saint Lambert », explique Constant Beerden, chef de production depuis 40 ans. Chaque pièce est garantie par la signature authentique du Val Saint Lambert, mise en place depuis les années 1970. Les créations sont vendues, sur place, dans le showroom de présentation de 400 m2 et dans dix boutiques en Belgique. Le site propose un atelier de restauration et un service d’expertise. « Certaines pièces anciennes très rares et recherchées, notamment de style Art déco et des années 1930 atteignent des prix importants. Les vases Citeaux, Cardinal et Archibald sont très recherchés. Les créations des années 1970 reprennent aussi de la valeur », précise Constant Beerden.

La magie du cristal : immersion dans les ateliers du Val Saint Lambert - Agnès Zamboni

Les créations contemporaines

Dans les années 80, l’atelier inaugure ses premières collaborations avec des designers comme Borek Sipek, Philippe Starck, Martin Szekely, Frans Van Praet… Le designer interne Eric Delvaux, entré dans l’entreprise en 1990, a notamment créé la fusée en cristal la plus haute du monde (26 m) pour le pavillon belge de l’Exposition universelle en Chine. Avec Constant Beerden, il accompagne les créateurs et artistes externes dans la réalisation de leurs pièces car « il faut comprendre la matière. »

Cette année, un échange créatif avec le créateur de mode Giovanni Biasiolo a permis la naissance du vase «La Victoire» et de la robe «Origami». Aujourd’hui, les projets tournent autour du bicentenaire de la cristallerie, en 2026. « Faire un vase de plus n’a pas de sens. Nous sommes à la recherche de nouveaux concepts offrant une autre vision de la matière, pour la transporter dans une sphère différente, celle du mobilier, par exemple, et associer le cristal et le verre avec des matériaux comme le bois et le bronze. Avec un horloger, nous travaillons sur le globe en cristal d’une pendule de cheminée », révèle Eric Delvaux. À l’horizon de 2026, une exposition Art nouveau à la Maison Hannon de Bruxelles, une présentation de style Art déco au Musée du verre de Charleroi et une autre également prévue au musée Grand Curtius de Liège.

Cristallerie du Val Saint Lambert, 25 cour du Val, 4100 Seraing. val-saint-lambert.com

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