
Avant qu’elle ne devienne l’ambassadrice du Zoute Beach Flower Festival, Caroline Clotuche n’avait jamais entendu parler des fleurs en papier crépon fabriquées par les enfants pendant leurs vacances sur les plages de la mer du Nord ; une tradition pourtant ancrée dans la culture du royaume qui a été reconnue patrimoine immatériel de Flandre en 2021.
À l’autre bout de la Belgique, nous avons rendez-vous chez Fleur Papier Ciseaux avec une créative née qui, si elle n’a pas excellé dans l’art des strandbloemen quand elle était enfant, est pourtant devenue experte en la matière. « J’avais juste envie de me lancer dans une activité artistique que je pourrais exercer en marge de mon premier métier, plutôt sérieux. J’ai découvert la technique par le biais des réseaux sociaux. Conquise, je me suis inscrite à un cours d’une journée donné par une Londonienne. Puis, je me suis lancée dans le vif du sujet en proposant des ateliers qui, d’emblée, ont rencontré un grand succès », raconte-t-elle alors qu’elle s’apprête à inaugurer son nouvel atelier ; une annexe à sa maison privée, devenue indispensable suite au succès de son petit business. « Le vrai tournant a eu lieu pendant la pandémie. Au moment de la fête des mères, j’ai pallié la fermeture des magasins de fleurs fraîches en proposant des boîtes contenant une fleur à offrir à sa maman. Certaines variétés, comme la pivoine, rencontrent un grand succès, mais les gens sont davantage attirés par des fleurs qui leur rappellent un souvenir ou une personne en particulier. Dans la foulée de ce premier buzz, j’ai créé une boutique en ligne qui m’a ouvert les portes du secteur du mariage et de l’évènementiel, puis des maisons de luxe », précise-t-elle.
100 roses pour Mary
La première marque qui fait appel à l’artisane du papier, c’est le chocolatier belge Mary. « À l’occasion de son centenaire, j’ai réalisé 100 fleurs en papier pour décorer sa boutique de la Grand-Place à Bruxelles. L’idée était de reproduire la rosine, leur fleur signature. Comme en mode, j’ai réalisé plusieurs prototypes avant d’arriver à la version définitive. Par la suite, Mary a fait à nouveau appel à moi pour habiller ses magasins au Qatar et au Japon », raconte-t-elle amusée.
« Généralement, je propose des fleurs dont l’esthétique se rapproche le plus possible des vraies », raconte Caroline qui cueille et achète pivoines, tulipes, dahlias, roses, renoncules, tulipes ou tournesols. Elle compte ensuite les pétales, mesure les tiges et les pistils, analyse les dégradés de couleurs… « Je ne fabrique qu’à la demande pour laisser à chaque client la liberté de choisir la fleur et la couleur qui lui plaît le plus. D’autant que je suis capable de reproduire une trentaine de variétés dans plus de 40 teintes différentes », précise-t-elle.
Pour certaines maisons de luxe, Caroline Clotuche se plie à des demandes très spécifiques. À l’occasion du lancement d’un nouveau parfum, Dior m’a demandé de créer une fleur imaginaire qui évoque la rose, mais dans une vision plus poétique, moins réaliste. Pour ce type de clients, je m’écarte du crépon. L’utilisation d’un papier lisse donne aux fleurs une dimension chic et sculpturale », poursuit-elle. En l’espace de quelques années, la designer florale a ainsi créé des fleurs non périssables pour Dior, mais aussi pour Prada et Google.
Slow flower power
Les fleurs en crépon namuroises séduisent aussi de jeunes couples en quête d’un bouquet de mariée durable : « La tendance slow flower power et la volonté de la nouvelle génération de se dire oui dans une approche durable incitent les futurs mariés à me confier la création de leur bouquet. Et ce, même si le coût (lié au temps nécessaire à sa fabrication : une ou deux journées de travail minimum) est plus élevé que pour des fleurs fraîches. Pour rendre le bouquet encore plus personnalisé, certains couples me demandent d’utiliser le papier sur lequel ils se sont écrit des lettres d’amour ou, dans le cas de musiciens, des partitions qui leur tiennent à cœur », détaille Caroline avec enthousiasme. « Cette activité me prend tellement de temps que j’ai rarement l’occasion de m’essayer à de nouvelles créations, mais j’adore quand des gens me mettent au défi de reproduire, par exemple, une fleur d’hibiscus qui leur rappelle leurs dernières vacances dans les îles. »
Des défis, la néofleuriste en a relevé des tas : « J’ai notamment réalisé des fleurs géantes d’un 1,40 m de diamètre à suspendre au-dessus de tables rondes à l’occasion d’un dîner », se souvient-elle. Difficile d’imaginer que l’artiste, qui travaille seule sur base d’un matériel ultrabasique (du papier, de la colle, des ciseaux et parfois un peu de peinture ou de pastel), réalise autant de fleurs, dont des formats géants. Peut-être les avez-vous aperçues à Knokke, l’été dernier. Si ce n’est pas le cas, vous les retrouverez peut-être ailleurs, dans un autre contexte. Car ces fleurs-là ne sont pas près de se flétrir.
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