Comment est né votre intérêt pour l’art ?Mon père était photographe amateur. (Il nous montre une image de lui, petit garçon : un photomontage qui le présente sur un tapis-volant, ndlr.). Ses images étaient toujours drôles et décalées. C’est lui qui m’a acheté mon premier appareil quand j’avais 11 ans. Il m’a appris à regarder, mais surtout à voir. Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas du tout la même chose. Une vraie leçon de créativité. Vers 18 ans, quand j’ai été obligé de faire une croix sur ma carrière de coureur cycliste (suite à un accident, ndlr.), j’ai commencé à fréquenter un pub qui était le QG de nombreux étudiants en art. C’est là que j’ai entendu parler de Matisse, de Kandinsky et du Bauhaus. Au début, j’ai cru que ce dernier était un complexe de logements tout près de chez moi ! Quelques années tard, j’ai rencontré Pauline, ma future femme, qui étudiait la mode au Royal College of Art de Londres. Elle était copine avec David Hockney, étudiant dans cette école, lui aussi. C’était la fin des années 60 : une période fascinante pour la création en général.Surtout à Londres. A Paris, la révolte était politique, ici, elle se manifestait par le biais de l’art et d’une certaine forme de folie créative. Londres était très connectée à San Francisco. Je me souviens de la première exposition de David Hockney à la Whitechapel Gallery. Pauline et moi voulions absolument lui acheter une œuvre imprimée en édition limitée. C’était ça ou payer notre facture de gaz. On a choisi les tulipes d’Hockney. J’ai dû soudoyer la compagnie de gaz pour qu’on nous laisse un délai avant de nous couper le chauffage. Quand vous développez vos collections, quelle est votre principale source d’inspiration ?Pour moi, tout est lié. Je peux me nourrir du rouge de Matisse, d’un collage ou d’une photographie de mon père. Vous connaissez mon credo : on peut trouver l’inspiration dans toute chose. Si vous ne la trouvez pas, regardez mieux ! Contrairement au reste de la pièce, la table autour de laquelle nous discutons est toujours vide. En ce moment, avec mes équipes, nous planchons sur la collection de l’été 2026. Pour entamer la discussion, il nous suffit de nous pencher et de saisir un livre (il ouvre celui du peintre Sean Scully, ndlr.) ou un objet. Il ne s’agit pas de faire un copié/collé mais bien de se nourrir de ce qui se trouve autour de nous ! Vous êtes photographe, mais aussi fan de photographie. Avez-vous demandé à des artistes dont vous collectionnez les images de réaliser certaines de vos campagnes ? Ça m’est arrivé ! Au début de ma carrière, j’ai collaboré avec Alan Aldridge, un designer graphique de talent (aujourd’hui disparu, ndlr.) qui avait notamment signé une pochette d’album pour les Beatles. Par la suite, son fils Miles a travaillé pour nous en tant que photographe. Par le biais de votre fondation, vous soutenez en effet la jeune création…La fondation existe officiellement depuis trois ans, mais nous soutenons la jeune scène artistique britannique depuis 40 ans. Ma grande fierté est d’avoir octroyé des bourses à des étudiants qui, désormais, font de grandes carrières. Je pense notamment à la peintre Connie Harrison que nous avons exposée il y a deux mois à la galerie ou à Lynette Yiadom-Boakye (il sort un dessin coincé entre des montagnes de livres, ndlr.). Aujourd’hui, elle est exposée à la Tate. Le soutien, ce n’est pas qu’une question d’argent. Notre enthousiasme leur donne beaucoup d’énergie. Regardez ce portrait de chien (il nous montre un joli tableau exécuté en technique mixte, ndlr). Il est signé Oliver Hemsley, un artiste qui, jusqu’à une récente exposition à la galerie, dessinait seul dans son minuscule studio. Par le biais de la fondation, nous venons également de lancer, en collaboration avec la marque de fournitures artistiques Winsor & Newton, un concours qui récompense 6 jeunes artistes de la scène internationale. Comment s’y mettre quand on n’y connaît rien ?
Adeptes, comme Paul Smith, des collections décomplexées, les deux fondatrices de la galerie/boutique parisienne Wilo & Grove ont signé « Sortons l’art du cadre » (chez Flammarion), un guide pratique pour acheter et exposer ses coups de cœur, les associer avec le reste de son mobilier et en prendre soin. Une approche qui cadre avec le positionnement de leur espace, à mi-chemin entre galerie, magasin d’objets et maison. wilo-grove.com