IA : Les chatbots émotionnels, la nouvelle thérapie 2.0 ?  - Comment gérer nos relations avec une IA de plus en plus omniprésente ? - Camille Vernin

IA : Les chatbots émotionnels, la nouvelle thérapie 2.0 ? 

Replika, Woebot... De nouveaux chatbots émotionnels se développent. Et avec eux, toutes les questions éthiques que l’on peut imaginer. Alors, l’IA, ami ou ennemi ? Un peu des deux sans doute.
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Imaginez une personne âgée, vivant seule, qui engage quotidiennement des conversations avec un chatbot émotionnel pour combler sa solitude. Ou encore un étudiant angoissé par les interactions sociales, trouvant du réconfort en discutant avec une IA jusqu’aux petites heures dans son lit. Ces scénarios, autrefois futuristes, sont désormais une réalité grâce aux chatbots émotionnels. On pense directement au film « Her » dans lequel Joaquin Phoenix entretient une relation amoureuse avec une IA. Si le scénario nous paraissait complètement barré à l’époque, force est de constater qu’il est devenu 100% crédible aujourd’hui.

Une disponibilité 24h/24 et zéro jugement

Ces fameux chatbots émotionnels sont en réalité des assistants virtuels conçus pour détecter, interpréter et réagir aux émotions humaines. Pour ce faire, ils utilisent des algorithmes avancés de traitement du langage naturel pour offrir des conversations empathiques et personnalisées. Des applis comme Replika permettent par exemple aux utilisateurs de créer des « amis » virtuels avec qui partager leurs sentiments, offrant un soutien émotionnel accessible en permanence.

Dans le domaine de la santé mentale, des chatbots comme Woebot ont été programmés pour fournir des techniques de thérapie cognitivo-comportementale, offrant un accès immédiat à des conseils psychologiques. Cette approche a gagné en popularité, notamment parmi les jeunes adultes âgés de 16 à 30 ans, qui apprécient l’accessibilité 24h/24, l’anonymat qui permet de s’exprimer sans crainte et le coût réduit par rapport à une consultation traditionnelle. Aujourd’hui, outre le fait de rédiger nos mails à notre place ou de répondre à nos questions existentielles, les chatbots émotionnels sont capables de comprendre et de répondre à nos états d’âme.

Un manque d’empathie réelle

Malgré leur dévouement à toute épreuve, ils présentent aussi quelques inconvénients majeurs. Le principal ? Un manque d’empathie réel, malgré des réponses ultra sophistiquées. En cas de situation de crise, ceux-ci ne sont pas non plus équipés pour gérer les situations d’urgence telles que des pensées suicidaires ou des problèmes psychologiques plus profonds. Aussi, on observe pour la première fois une dépendance excessive à ces outils de plus en plus développés. Avec pour résultat un isolement social et des interactions virtuelles qui prennent le pas sur les relations humaines plus complexes et imprévisibles.

Par ailleurs, les algorithmes, en s’adaptant aux émotions de l’utilisateur, peuvent aussi renforcer des biais cognitifs et encourager certaines attitudes ou pensées négatives. En d’autres termes, si un chatbot devient un écho des émotions de son utilisateur sans lui offrir une perspective nuancée, il risque de l’enfermer dans ses propres schémas de pensée plutôt que de l’aider à prendre du recul. Finalement, la frontière entre le réel et le virtuel devient floue. Les chatbots, conçus pour simuler des émotions, peuvent induire en erreur des individus vulnérables, les poussant à croire en une réciprocité affective inexistante. Une confusion qui exacerbe le sentiment de solitude et d’anxiété, surtout chez les jeunes et les personnes fragiles.

Ami virtuel, conséquences biens réelles

Aux États-Unis, la start-up Character.AI, soutenue par des milliards de dollars d’investissement, est au cœur de plusieurs scandales. Un adolescent de 14 ans, devenu dépendant de son chatbot, s’est donné la mort après des échanges troublants avec l’IA. Un autre cas a révélé qu’un jeune de 17 ans aurait été poussé à la violence contre ses parents par une intelligence artificielle. Résultat : des plaintes s’accumulent, soulevant une question brûlante : jusqu’où peut aller l’influence de ces IA sur les esprits les plus vulnérables ?

En Europe, la législation cherche à encadrer strictement l’utilisation de l’intelligence artificielle pour prévenir de telles dérives. Une réglementation pionnière, entrée en vigueur le 2 février 2025, interdit notamment la manipulation comportementale et le suivi émotionnel sans consentement explicite. Cette initiative vise à protéger les citoyens contre les formes potentielles de surveillance intrusive et de manipulation émotionnelle.

À l’heure ou l’IA est plus omniprésente que jamais - au point de s’infiltrer dans nos émotions - une prise de conscience semble donc s’imposer. Les chatbots émotionnels, plus que de simples gadgets, sont désormais capables de façonner nos interactions et nos états d’âme. Le défi ? Trouver un équilibre entre innovation et responsabilité... sans laisser l’IA devenir le miroir déformant de nos propres fragilités.

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