Paul Mirabel, Fadily Camara, Hakim Jemili, Fary, Roman Frayssinet, Nawell Madani, Guillermo Guiz, Fanny Ruwet… Autant d’humoristes parmi bien d’autres, qui se produisent aujourd’hui dans de grandes salles et qui ont en commun des années d’expérience dans des comedy clubs. Nombre d’entre eux s’y produisent d’ailleurs encore à l’occasion…
Populaire aux États-Unis depuis des lustres, si le concept a tardé à traverser l’Atlantique, depuis quelques années, avec l’essor du stand-up, le Vieux Continent comble son retard. En atteste la multiplication des espaces du genre, en France et en Belgique notamment. Avec un public qui répond largement présent. Un succès que l’on décrypte avec l’humoriste namurois, qui a ouvert en janvier son propre club : Chez Guillaume.
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Quelle est votre relation à la scène et aux comedy clubs ?Pour beaucoup, je suis un humoriste issu du Web, qui a découvert la scène ensuite. En réalité, je fais du théâtre depuis mes huit ans. Jusqu’à mes 16 ans, j’ai fait du théâtre amateur, puis deux ans d’impro, un an de Conservatoire et encore deux ans de théâtre et cinéma à Paris. Après tout ça, j’ai étudié la communication et c’est là que j’ai commencé mes vidéos. Quand j’ai décidé de remonter sur scène, c’était en réalité plus un retour aux sources qu’une découverte (rires). Je ne fais pas partie de ceux qui arpentent les cafés-théâtres et les comedy clubs. Je fais du one-man-show théâtralisé, j’écris mon spectacle et je me lance dans la fosse aux lions pendant une heure et demie, voire deux heures. Par contre, j’ai une vraie relation avec le monde des comedy clubs. De mes 18 à 20 ans, j’ai en effet été stagiaire au Kings of Comedy Club de Bruxelles. C’est là que j’ai découvert tout ce que pouvait représenter un comedy club.Quel est justement le propre d’un comedy club ?Il doit avant tout proposer une programmation éclectique et de qualité. Qui tente aussi de respecter la parité, qui ne court pas uniquement après les gros noms, mais qui met en lumière les visages de demain. Et puis, il y a une ambiance propre aux comedy clubs. C’est de l’intimité pure, il y a un côté brut, direct… Souvent, quand on se présente dans un club, on est en création, on vient tester… Et donc tu te retrouves à un mètre du premier rang, tu as parfois 10 personnes, parfois 30, jamais plus d’une centaine. Parfois, le lieu propose un artiste par soir, parfois des plateaux avec plusieurs artistes qui jouent alors 10 à 15 minutes chacun. Et puis il y a le public avec ses habitués, qui savent quand rire, applaudir, booster, etc. Enfin, pour l’artiste, c’est un petit vecteur de communication aussi, puisque souvent il fera sa promo à la fin de son passage. C’est vraiment toute une fourmilière avec ses codes.Qu’est-ce qui vous a poussé à ouvrir le vôtre ?Je viens de Namur, dont j’essaie d’être un digne ambassadeur. Quand j’ai lancé le festival Namur is a Joke (dont la 4e édition a lieu du 25 au 30 mars 2025, NDLR.), j’ai été impressionné par l’engouement suscité. On répondait à une vraie demande. En voyant naître des clubs un peu partout, je me suis dit que Namur devait avoir le sien. Le festival a désormais un petit frère ouvert toute l’année. C’est aussi, évidemment, un lieu partenaire qui accueille des spectacles durant le festival. Alors que la plupart des comedy clubs sont plutôt feutrés, sombres, Chez Guillaume joue la carte de la luminosité…Je ne voulais pas d’un lieu avec des tentures noires et un spot, ni qui ouvre seulement trois soirs semaine pour accueillir des humoristes pendant que les gens boivent une bière. Je voulais un lieu vivant et un peu classe. En journée, c’est lieu lumineux, où l’on peut venir luncher, travailler… Et à 18 h, place aux détenteurs d’un ticket, qui peuvent profiter du spectacle et d’une vraie offre gastronomique.Comment expliquer l’engouement du public pour les comedy clubs ?C’est avant tout du divertissement, un lieu culturel et de découverte, où les gens peuvent venir boire un verre après le boulot, déconnecter des tracas du quotidien, de l’actualité. C’est une activité qui réunit autant des couples, des familles, des amis… C’est un moment de déconnexion pur et puissant. Et la notion de découverte est majeure. Je pense que les gens viennent dans un comedy club, dans un premier temps pour se distraire, et dans un deuxième, pour augmenter leur catalogue d’humour et voir quels sont les visages qu’ils suivront demain. Notre public est composé à 50 % de curieux, 50 % de fans d’humour.Ils viennent autant pour les humoristes connus que pour ceux à découvrir ?Totalement. Quand on annonce la programmation, on voit tout de suite les tickets pour les gros noms s’envoler. Mais nos soirées du mercredi, à l’aveugle, où cinq humoristes se succèdent sur scène, cartonnent. Je pense que le public a confiance en notre sélection. Le plus important, c’est de respecter la promesse faite aux gens qu’ils vont rire. Un comedy club ne doit pas devenir une QG de l’inconstance qualitative. Il ne faut pas oublier que l’on traverse une crise financière, chaque euro compte, c’est important d’être à la hauteur des attentes du public.Trouvez-vous que celui-ci a changé depuis, entre autres, la crise du Covid ?Dans toutes les strates de la société, il y a eu un avant et un après. Et la culture est sans doute encore plus concernée. Les gens sont beaucoup plus demandeurs de vivre une expérience, qu’elle soit musicale, culturelle, sociétale… Ils veulent « vivre un moment », déconnecter, se sentir vivants. Il y a un engouement intense autour de cette envie de passer un moment. Les gens sont devenus plus exigeants aussi, car l’offre a explosé, mais pas leur portefeuille. C’est bien car cela oblige les organisateurs à être eux-mêmes plus exigeants sur ce qu’ils proposent.Comment réagissez-vous à la multiplication des lieux dédiés à l’humour, les lieux devront-ils se singulariser d’une façon ou l’autre ?Lorsqu’une offre explose, à un moment donné, un tri se fait naturellement parmi ceux qui sont crédibles et ceux qui le sont un peu moins, ceux qui ont les moyens de se pérenniser et les autres. Et puis parmi tous ceux qui resteront, certains vont sans doute se segmenter sur des thématiques ou des expériences pour se diversifier. C’est logique, c’est sain. Et puis, c’est challengeant !Chez Guillaume, 4 place Saint-Aubain, 5000 Namur, ouvert du mercredi au dimanche dès 10h