
Ce samedi 17 mai 2025, 37 candidats vont se succéder sur la scène de la Halle Saint-Jacques à Bâle pour tenter de remporter la 69e édition de l’Eurovision et succéder à Nemo. Les spectateurs et téléspectateurs seront attentifs aux performances vocales, mais aussi aux choix des tenues. Car, depuis sa création en 1956, le concours s’est transformé en une véritable scène de la mode où se côtoient audace, revendications et parfois même, haute couture.
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Le facteur télévision
Dans les années 1950, la mode n’était pas aussi importante comme nous l’indique Nicolas Tanner, co-auteur de La Saga Eurovision et commentateur du concours pour la Radio Télévision Suisse (RTS) depuis 2007 : « Les styles étaient plutôt sobres avec des robes longues, plutôt élégantes mais sans fioritures, et des costumes classiques. C’est à partir des années 1960 que les choses commencent à changer. Et puis dans les années 1970, la mode a vraiment commencé à prendre beaucoup de place ».
La télévision a joué un rôle dans l’émergence de la mode à l’Eurovision. Jusqu’à la fin des années 1960, les plans télé étaient focalisés sur le visage des candidats, mais l’arrivée de danseurs et d’une mise en scène plus poussées ont changé la donne. À cela s’ajoute le passage à la télévision en couleur. « Les candidats ont alors fait plus attention à ce qu’ils mettaient. Il fallait se différencier ».
Avec l’arrivée de la télévision en couleur, les candidats ont commencé à faire plus attention à leurs tenues. Il fallait se différencier
Une prestation illustre cette montée en puissance de la mode à l’Eurovision. Le 6 avril 1974, le groupe suédois ABBA, qui s’imposera avec la mythique chanson Waterloo, apparaît sur scène. On y découvre une tunique bleu métallique, des costumes très serrés, une jupe orange, des bottes argentées… Nicolas Tanner se souvient du choix vestimentaire des candidats belges Nicole et Hugo en 1973. « Ce duo a un peu lancé le côté kitsch de l’Eurovision. Ils portaient un costume mauve qui a marqué toute une génération ».

L’Eurovision, lieu de tous les possibles
Kitsch : c’est souvent le premier mot qui vient à l’esprit quand on évoque la mode à l’Eurovision. Certes il y a des couleurs, des paillettes, des plumes, des coupes de cheveux excentriques, « l’Eurovision est le lieu où l’on peut tout essayer, c’est ça qui est génial », glisse Nicolas Tanner, mais les tenues peuvent aussi faire passer des messages politiques, sociétaux et dans l’air du temps. « On exprime beaucoup plus de choses qu’il y a 20 ans, y compris dans les chansons. On a moins de titres sur l’amour, mais plus sur des revendications. On évoque la question des droits LGBT, des problèmes rencontrés durant l’adolescence comme le harcèlement ou l’isolement. Il faut une tenue et une mise en scène pour accompagner cela ».
On exprime beaucoup plus de choses qu’il y a 20 ans, y compris dans les chansons. Il faut une tenue et une mise en scène pour accompagner cela.
Le consultant de la RTS cite en exemple Nemo, le gagnant de l’édition 2024 : « Il a fait parler de lui par sa façon d’être : il ne se considère ni comme un homme, ni comme une femme et revendique le troisième genre, l’un des thèmes majeurs de sa chanson, The Code. Il l’a mise en scène avec un style vraiment particulier lors de sa prestation qui s’inscrivait dans le message qu’il souhaitait faire passer ». On se souvient aussi de Conchita Wurst qui avait créé la sensation en 2014 avec son look qui brouillait les pistes entre le genre féminin et masculin avec sa longue robe dorée et sa barbe noire.

D’autres candidats ont voulu à travers leurs tenues revendiquer l’identité de leur pays, notamment les nations d’Europe de l’Est. En 2012, la Russie était représentée par un groupe de six grands-mères qui avaient performé dans des tenues traditionnelles. Dans les années 1980, un candidat s’est illustré dans une tenue typique de la Laponie. « C’était vraiment une revendication. Le chanteur était un Norvégien vêtu d’un costume classique tandis que l’autre membre était donc habillé du costume national lapon pour mettre en avant cette culture, la défendre, mais surtout la préserver ».
De Courrèges à Dior
À l’heure des réseaux sociaux, les candidats sont conscients qu’il est essentiel de performer avec une tenue qui marquera les esprits. « L’Eurovision peut rassembler jusqu’à 180 millions de téléspectateurs. Les personnes le regardent via différents canaux. La télévision tient toujours un rôle capital, mais le débat autour du concours s’est déplacé sur les réseaux sociaux. Et là, on sait que c’est important d’avoir un look qui sort du lot pour avoir une certaine visibilité et même lancer sa carrière. Car il y a de tout à l’Eurovision : des candidats qui veulent se construire une carrière, d’autres venus faire du buzz… Les objectifs diffèrent d’un candidat à un autre ».
L’Eurovision séduit également les créateurs de mode. En 1968, André Courrèges avait dessiné la robe de la candidate espagnole, Massiel. Jean Paul Gaultier, quant à lui, avait imaginé la tenue d’Amina, la représentante française en 1991, de l’artiste israélienne Dana International en 1998, mais aussi d’Anggun en 2012. Plus récemment, Barbara Pravi arborait un bustier et un pantalon Dior lors de l’édition 2021.
Nicolas Tanner ajoute : « Les participants italiens ont toujours été soutenus par de grandes marques. La tradition veut qu’ils fassent appel à des créateurs liés à la haute couture ». Mais un look peut-il contribuer à la victoire… ou à la défaite ? « Cela peut aider à gagner, mais l’Eurovision repose d’abord sur la musique. C’est la chanson qui doit avant tout plaire au public européen ».
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