
Aucune maison n’a autant flirté avec le Septième Art que celle fondée par Gabrielle Chanel. À Paris, dans les années 30, Gabrielle Chanel est partout, y compris – déjà ! – sur les écrans de cinéma. C’est elle qui dessine certains costumes du long métrage de Jean Cocteau : Le Sang d’un poète, et qui signe la direction artistique de ceux de Michèle Morgan dans Quai des Brumes. Pour la première fois, les costumes sont simples, totalement ancrés dans la vraie vie. Par la suite, elle collabore avec Jean Renoir, Louis Malle, Alain Resnais ou encore Luchino Visconti. Ses créations subliment des actrices mythiques comme Jeanne Moreau et Romy Schneider.

De l’autre côté de l’Atlantique, la popularité de Coco Chanel incite le producteur Samuel Goldwyn à contacter la créatrice française, qui s’envole alors pour les États-Unis et habille les actrices hollywoodiennes les plus en vue comme Greta Garbo et Marlene Dietrich. « On me demande souvent pourquoi Chanel soutient à ce point le Septième Art. La réponse réside dans la passion que Gabrielle Chanel, mais aussi Karl Lagerfeld ou plus récemment Virginie Viard ont cultivée pour le cinéma. C’est cette passion qui rend notre démarche légitime et sincère. Quand nous lisons un scénario ou que nous réfléchissons à des costumes pour un projet cinématographique, les références à cette longue histoire d’amour renforcent notre réflexion », nous explique Elsa Heizmann.
On reste dans le thème du glamour et cinéma en découvrant en vidéo notre décryptage du style Audrey Hepburn, éternelle icone de la mode :
L’âme du tapis rouge
Avant de créer, avec le soutien de Bruno Pavlovsky, Président des activités mode de Chanel, le département qu’elle orchestre depuis trois ans, Elsa Heizmann a dirigé le département « Relations Célébrités ». « Déjà à l’époque, nous ne nous contentions pas d’habiller une actrice pour un tapis rouge. Nous allions voir ses films pour nous imprégner de son travail et lui proposer une robe en phase avec son style, mais aussi son œuvre. Pour Chanel, le geste est essentiel. Quand nous collaborons sur des projets cinéma, nous aimons nous associer à ses artisans, qu’ils soient acteurs, réalisateurs, costumiers ou producteurs. Quand Chanel a soutenu Olivier Assayas pour son film Sils Maria, nous avons été touchés par le fait que le réalisateur a choisi de tourner en pellicule et non en numérique », poursuit Elsa Heizmann.
Cette spécificité rappelle évidemment l’attachement de la maison pour les métiers d’art. « Cette année, le film d’animation Arco d’Ugo Bienvenu figure parmi les films de la sélection officielle du festival de Cannes. C’est la première fois que nous soutenons un film d’animation, mais pour nous, ce petit bijou cinématographique, fruit d’un travail minutieux de plusieurs années, s’apparente à de la haute couture », poursuit-elle. Pour ce projet, Chanel n’a évidemment pas dessiné de costume. La collaboration est purement mécénique, rappelant ainsi que la marque soutient financièrement des films et des projets sans pour autant intervenir dans le travail artistique des auteurs ou des scénaristes. « Chanel n’est en aucun cas producteur de films. Ce qui nous a séduits dans l’œuvre d’Ugo Bienvenu, c’est le caractère humaniste du propos et son message écologique », rappelle Elsa Heizmann.

Héritage pluriel
En 2015, Karl Lagerfeld réalise un mini-film biographique de Gabrielle Chanel avec l’actrice Keira Knightley dans le rôle de Coco. « Il ne s’agissait pas d’un film à vocation publicitaire, mais bien d’un véritable court métrage avec une réelle direction d’acteurs. Karl était un grand cinéphile, amoureux des films des années 30 en noir & blanc, et proche de nombreux réalisateurs. A la fin de sa vie, j’étais son dealer attitré de DVD (elle sourit). Malgré son emploi du temps chargé, il aimait découvrir le meilleur du cinéma contemporain. Il voulait tout connaître », poursuit-elle.
Elsa Heizmann évoque aussi l’univers de la beauté Chanel. « Il y a 20 ans, la maison avait invité le réalisateur Baz Luhrmann et sa muse Nicole Kidman, le temps d’un minifilm pour le parfum N°5. Avant cela, c’est Ridley Scott qui s’était prêté au jeu avec Carole Bouquet dans le rôle principal. Dans notre démarche, tout est très organique. Les échanges sont fluides et évidents. Par exemple, dans le cadre de la présentation de la collection Métiers d’art 2024/2055, Wim Wenders, un ami de la maison, a mis en scène l’actrice Tilda Swinton dans un court métrage. Avant cela, Chanel a été partenaire de la restauration de son film Paris Texas ; un monument du Septième Art qui, lors de sa sortie en 1984, a marqué toute une génération. Nous parrainons aussi plusieurs festivals, dont le jeune festival Nouvelles Vagues de Biarritz que nous soutenons depuis sa création en 2023. D’abord en raison du lien qui unit notre maison à cette station mythique, mais aussi parce que ses organisateurs ont pour vocation de s’adresser à un public jeune. Là encore, nous souhaitons soutenir des projets qui racontent quelque chose de nous. Dernièrement Tilda Swinton me faisait d’ailleurs remarquer que sans festival, le cinéma n’existerait pas. Pour elle, il n’y a jamais assez de festivals. »
La genèse d’une robe
Parmi les costumes mythiques créés par la maison figure sans nul doute la robe de mariée portée par l’actrice Cailee Spaeny, qui incarne Priscilla Presley dans le film biographique de Sofia Coppola. « Tout est parti d’un mail de la réalisatrice, amie de la maison. Elle souhaitait que la robe de mariée ne soit pas une copie conforme de l’originale, mais bien un clin d’œil appuyé à l’innocence que dégageait la jeune femme de 16 ans lors de son mariage avec Elvis. D’emblée, nous avons pensé à la collection couture printemps/été 2020, hommage à l’abbaye d’Aubazine où Gabrielle Chanel a passé son enfance. La confection de la robe en dentelle a eu lieu dans nos ateliers. Pour certains projets, nous pouvons nous inspirer d’anciens modèles de nos collections de prêt-à-porter. »

En conclusion de cet entretien, Elsa Heizmann évoque encore Nouvelle Vague, un film de Richard Linklater, en compétition à Cannes, cette année : « le projet qui raconte le tournage du film ‘À bout de souffle’ de Jean-Luc Godard s’est construit par le biais de longs échanges avec Pascaline Chavanne, costumière du film. Ici encore, l’idée n’était pas de guider son travail. Seuls certains costumes du film sont d’ailleurs signés Chanel. Dans l’une des scènes clés du film, on découvre Zoey Deutch, l’actrice qui incarne Jean Seberg, portant une robe bustier rayée inspirée d’un modèle d’archive. Quant au personnage de Juliette Greco, elle porte un petit tailleur noir et une robe en velours dont vous ne verrez pas la couleur puisque le film est tourné en noir et blanc », conclut-elle. Ce détail pas si anodin que ça nous laisse supposer qu’à coup sûr, Coco, ainsi que Karl Lagerfeld, auraient approuvé.
Ne manquez plus aucune actualité lifestyle sur sosoir.lesoir.be et abonnez-vous dès maintenant à nos newsletters thématiques en cliquant ici.
Sur le même sujet














