
C’est l’un des concerts les plus attendus de l’année. Bad Bunny se produit ce mercredi soir au Stade Roi Baudouin à Bruxelles. Le spectacle s’annonce rythmé, endiablé, porté par l’un des artistes le plus écoutés de Spotify, avec plus de 98 millions d’écoutes au moment où nous écrivons ces lignes. Depuis la sortie de son album DeBÍ TiRAR MáS FOToS en 2025, le chanteur portoricain bouscule le monde de la musique en s’imposant comme l’une des figures de la musique latino. Son opus est d’ailleurs entièrement en espagnol. Bad Bunny a également brillé à la mi-temps du SuperBowl en février dernier avec un show qui a fait danser la planète entière.
La mode comme élément de langage
Mais au-delà de la chanson, Benito Antonio Martínez Ocasio, de son vrai nom, fait aussi bouger les lignes de la mode, démontrant un peu plus son pouvoir d’influence. Superficielle pour certains, la mode est bien plus intéressante et profonde qu’il n’y paraît. La preuve, elle est utilisée pour faire passer des messages engagés. Bad Bunny l’a bien compris, et ce, dès ses débuts. L’artiste a fait de ses tenues un élément de langage. Il utilise la mode comme un moyen de raconter son histoire, d’affirmer son identité et de remettre en question les normes de genre. Résultat : en quelques années, il est devenu l’une des figures les plus influentes de la mode contemporaine.

Lors de son show au SuperBowl, Bad Bunny était habillé en Zara. Si certains ont critiqué ce choix - lui reprochant de mettre à l’honneur la fast fashion -, d’autres l’ont salué voyant là l’occasion de valoriser une marque espagnole et accessible à tous. Un peu comme ce que cherche Bad Bunny à travers sa musique, à savoir toucher le plus grand nombre à travers la langue de Cervantès. Le choix de Zara faisait donc sens et restait fidèle à la « direction artistique » de l’interprète de Nueva Yol.
Bad Bunny se distingue également par sa liberté, y compris dans ses vêtements. Bien avant que la mode masculine ne célèbre ouvertement la fluidité, il apparaissait déjà avec les ongles vernis, des bijoux imposants, des lunettes extravagantes (qu’ils portent d’ailleurs lors de ses concerts) ou des vêtements traditionnellement associés au vestiaire féminin. Dans l’univers du reggaeton, où la virilité est longtemps restée un marqueur central, ces choix n’avaient là encore rien d’anodin. Sans multiplier les discours militants, Benito Antonio Martínez Ocasio a simplement décidé de s’habiller comme il l’entendait, contribuant ainsi à élargir les représentations de la masculinité.
Cette volonté de bousculer les codes s’est particulièrement illustrée en 2020 avec le clip de Yo Perreo Sola. Bad Bunny y apparaît dès les premières secondes maquillé, à la fois en drag tout de rouge vêtu avec des bottes hautes mais aussi avec une robe sous laquelle avait été glissé un pantalon. Deux styles qui démontrent son ouverture et sa volonté de encore une fois bousculer les codes de la mode masculine.
De Jacquemus à Zara
Le chanteur est un caméléon de la mode capable de jongler entre un total look streetwear et un costume haute couture, tout cela avec aisance et facilité. À l’occasion du Met Gala en 2023, il créait la sensation dans un magnifique costume blanc immaculé en tweed signé Jacquemus, dont il est devenu égérie officielle en 2022. Sa tenue était accompagnée d’une traîne composée de fleurs apportant de la douceur et de la rêverie à son outfit. Ou comment subtilement assumer sa part de féminité. Toujours au Met Gala, mais en 2023, il optait pour une touche plus streetwear avec un ensemble Louis Vuitton noir et une casquette de base ball vert forêt.
Ce printemps, il a annoncé le lancement d’une création capsule avec Zara nommée Benito Antonio. Au point de se demander si le chanteur n’est pas en train de devenir le meilleur ambassadeur de l’enseigne espagnole ? Il la mettait à l’honneur lors du dernier Met Gala, alors que d’autres personnalités avaient misé sur des marques de luxe comme Madonna apparue en Saint Laurent ou Rihanna qui avait crée la surprise en portant une robe signée du créateur belge Glenn Martens.
Le Met Gala semble d’ailleurs devenu le terrain de jeu favori de Bad Bunny. En 2025, plutôt que de simplement respecter le thème de la soirée consacré au tailoring, il choisit d’y intégrer un hommage à Porto Rico. Son costume Prada brun était accompagné d’un chapeau inspiré de la pava, le couvre-chef traditionnel des jíbaros, les paysans portoricains. Sa cravate en raphia, sa ceinture rappelant les cordes autrefois utilisées dans les montagnes de l’île ou encore son imposant sac bowling composaient un ensemble profondément ancré dans son héritage culturel. L’artiste s’était alors servi de la mode pour rendre hommage à son île natale et lui livrer une déclaration d’amour au passage. Bad Bunny refuse d’être enfermé dans une case. Cette absence de hiérarchie entre luxe, streetwear et patrimoine culturel participe à redéfinir les contours du style masculin en 2026.

C’est sans doute là que réside la véritable révolution mode portée par Bad Bunny. Il rappelle qu’un vêtement peut raconter une histoire, célébrer une culture, questionner les normes et refléter une personnalité. Dans une industrie où les codes masculins ont longtemps évolué avec prudence, il les réécrit à sa manière. Et c’est précisément cette authenticité qui fait de lui l’une des personnalités les plus influentes et fascinantes de la mode contemporaine.
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