
On ne présente plus l’ancien champion du monde de pâtisserie devenu chocolatier, star des réseaux et des plateaux d’émissions culinaires. Alors, comment faire pour découvrir Pierre Marcolini autrement ? Rendez-vous est pris sur la terrasse du Vieux Saint Martin au Sablon, une des adresses où on le croise souvent et où il a ses habitudes. Souriant, affable et plutôt serein, le chef semble amusé par notre idée de lui faire passer notre interview « péchés capitaux ». Ça tombe bien car nous avons envie de l’interroger sur ce qui le fait vibrer et le questionne, en mode ludique, plutôt que de revenir sur ses succès et ses créations…
On reste dans le thème du chocolat avec en vidéo les conseils de la chocolatière Louise Henriques :
1. LA PARESSE
Que fait Pierre Marcolini dans ces moments où il pourrait se laisser aller à la paresse ? « Quand je ne fais rien, je dors ! (Il rit) Mais disons que quand j’ai un peu de temps libre, j’en profite pour revenir sur ma semaine ou sur mes projets ; je me demande si je suis aligné, mais très souvent, je finis par m’endormir, une sorte de sommeil du juste. Je suis bien chez moi, je m’y sens ancré, mais il faut bien avouer que c’est très rare. Sinon, je m’échappe du quotidien en jouant au golf, car c’est un sport qui me permet d’être en déconnexion totale, je lâche mon téléphone et je profite de la nature. Et puis c’est un sport qui se joue entre amis, même si c’est contre toi-même que tu joues. Je cuisine aussi, j’adore ça. Je peux préparer et anticiper un dîner entre amis des semaines à l’avance : imaginer le menu, les accords, c’est une véritable passion. »
2. L’ORGUEIL
Nous n’obtiendrons aucune remarque mégalomaniaque malgré le succès flamboyant de sa marque, il se refuse à dire ou même à penser qu’il ferait le meilleur chocolat du monde, mais quand on lui demande ce dont il est le plus fier, il répond sans hésiter : « Mon équipe ! 30 ans de métier, c’est le moment des bilans et je pourrais vous dire plein de choses, comme les prix remportés ou d’avoir vu mon nom entrer au Larousse en 2016, mais au final, la culture d’entreprise est le plus beau défi. Aujourd’hui, avoir une telle équipe, des talents forts, à qui je pense avoir réussi à transmettre mes valeurs fondamentales, la manière dont on communique ensemble et leur engagement, c’est une consécration. J’ai la meilleure équipe du monde. »
3. L’ENVIE
Dans un métier où les artisans rivalisent de gourmandise et de créativité, quelle est sa relation à la jalousie ? Pierre sourit : il ne craint pas grand-chose de la concurrence et estime qu’il y a de la place pour tous les talents. « J’ai toujours défendu l’idée qu’il fallait libérer la connaissance, car dans nos métiers, la transmission est fondamentale, c’est aussi pour cela que je fais de la télévision et je caresse encore et toujours le rêve de monter un jour une école de chocolat à Bruxelles. »
Mais de quoi est-il jaloux, alors ? « Je suis toujours jaloux des gens qui ont le talent de parler plusieurs langues. Moi qui aime parler, communiquer et convaincre, aller à la rencontre des gens, je suis frustré par la barrière de la langue. Je suis tout heureux des progrès de l’IA qui me permet de parler à mes associés et d’être traduit en instantané, mais quand je vois mon fils ou Thérèse, notre vendeuse au Sablon, qui maîtrisent plusieurs langues, je suis à la fois jaloux et admiratif… »
4. LA LUXURE
Nous n’aurions pas osé réclamer des déclarations sulfureuses ou des secrets d’alcôves, mais on se demande toujours ce qui affole une personnalité comme Pierre Marcolini, ce que doit posséder une femme ou un homme pour le séduire. Sur ce point, il répond du tac au tac, instinctif : « Ce que je remarque en premier, c’est toujours le regard, j’ai déjà été bouleversé, retourné par un simple regard. Un écrivain a dit que notre regard était la seule chose qui ne vieillit pas. » Modeste, il semble ne pas être totalement conscient de son charme, pourtant reconnu comme une part importante de sa personnalité : « Pour ma part, je me suis toujours trouvé un peu moche (il rit), mais il est probable que c’est parce que je suis un passionné, je suis animé par mon métier, qui est un métier d’émotion et de gourmandise et puis, je suppose que c’est mon côté italien, je suis un extraverti, c’est sûr… » Modeste, on vous dit.
5. LA COLÈRE
Quand on lui demande ce qui le met en colère, Pierre Marcolini commence par parler de l’injustice, mais devant notre air un peu déçu, il précise sa pensée : « Évidemment, personne n’aime l’injustice, mais c’est un sentiment vivace quand on est fils d’immigrés italiens, comme moi, et qu’on doit trouver sa place sans père. Plus jeune, j’étais plus sanguin, je dirais même soupe au lait, et je me suis bien apaisé avec les années, mais ce qui me rend fou, c’est la mauvaise foi. Je suis un homme de parole et j’ai une mémoire d’éléphant : je n’oublie pas la parole donnée, je ne suis pas du genre à tout consigner par écrit, mais je peux me mettre dans des colères noires devant de la mauvaise foi. »
6. L’AVARICE
Nous nous apprêtons à explorer le plus vilain des péchés… Il commence par balayer l’idée, conscient que la générosité est dans son ADN et dans l’essence même de son métier. De prime abord, il ne se sent juste pas concerné, mais après réflexion, il se dit ennuyé d’être trop avare de son temps avec ses proches. « C’est terrible, car en avançant en âge, je suis conscient de l’importance du temps passé avec ceux qui comptent. J’ai longtemps été trop avare de mon temps, car j’ai remarqué que vivre de sa passion peut aussi écraser un peu les autres autour de vous. Mon fils me l’a fait sentir, mon épouse le savait dès notre rencontre, et elle l’a toujours assumé, mais il faut encore le supporter au quotidien. Aujourd’hui, je sais combien ce temps est précieux, mais je ne parviens pas encore à vraiment dégager assez de moments pour mes proches. Je ne saurais pas lâcher mon entreprise, ou laisser les équipes gérer sans moi, alors que je devrais pouvoir le faire… Rien à faire, je me sens responsable, je me dois de donner l’exemple… Je ne maîtrise pas encore le temps. »
7. LA GOURMANDISE
Gardant le meilleur pour la fin, on conclut avec cette thématique particulièrement chère à son cœur : « Elle est mon moteur dans la vie. », plaisante-t-il, avant de nous livrer ses péchés mignons, ses petits plaisirs coupables : « J’ai un faible pour les cigares, tout le monde le sait, comme pour le bon vin, car il est comme le chocolat : c’est un cadeau de la Terre et une histoire mêlée de terroir et de savoir-faire… Même si parfois j’en abuse (il rit). Sinon, pour l’instant, je suis fou des glaces, je peux dévorer un demi-litre de glace turbinée en une fois… Une boule de glace avec un carré de chocolat, en dessert, c’est divin. D’ailleurs, il faudrait retirer la gourmandise de la liste des péchés : car elle est forcément dans le partage et dans l’idée de profiter de tout ce que la vie nous offre. Je reste gourmand de mon métier, et je le serai toujours ! »
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