L’esprit de la maison Cartier - Pierre Rainero, Directeur « Image, Style et Patrimoine » de la maison Cartier - Magali Eylenbosch

L’esprit de la maison Cartier

Comme à l’accoutumée, la Maison Cartier affiche une très belle année à son palmarès. Puisant dans son histoire, elle nous propose des pièces rivalisant de modernité. Pierre Rainero, directeur de l’image, du style et du patrimoine, a répondu à nos questions dès l’ouverture du salon Watches & Wonders.
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Le design de la montre Tressage est-il totalement inédit ou est-il inspiré de pièces historiques ?
Le fait de tresser l’or est aussi ancien que l’orfèvrerie et la joaillerie. Déjà dans l’Antiquité, les Grecs fabriquaient des bracelets torsadés. C’est une manière de travailler le métal précieux qui remonte à l’âge de bronze. On le fait soit à chaud, soit à froid. Mais ça convient bien au style Cartier, parce qu’elle consiste à donner une texture à la matière, et de créer une perception de douceur et de mouvement. Bien que l’on travaille avec des matériaux très durs. Pour revenir à l’histoire de Cartier, on retrouve le tressage depuis la deuxième partie des années 30. À partir du moment où nous avons utilisé l’or jaune. À la fois pour son esthétique, sa couleur, sa texture, et ce qu’il pouvait apporter en termes de volumes. Dans les objets tressés, il y a aussi l’idée de contraindre la matière. Il y a beaucoup de bagues créées à l’époque où elles prenaient du volume. En joaillerie, nous avons beaucoup de pièces qui en témoignent.
C’est une montre qui est destinée à rester très ” joaillière ” ?
Ah oui ! Même si cette idée de tressage et de contrainte de la matière est très liée à l’or, nous pensons que le mélange ou l’association de la pierre précieuse et du métal ajoute un plus.
La Tank se réinvente encore une fois. Peut-on dire que c’est la montre Cartier qui se prête le mieux à toutes les métamorphoses ? 
C’est une bonne question parce que j’aurais immédiatement tendance à dire oui ! Et ça peut être un paradoxe parce que la Tank, c’est une idée. Pourquoi appelle-t-on certaines montres Tank, et d’autres non ? C’est parce qu’il y a des caractères objectifs. Et le caractère objectif structurant de la gamme Tank, c’est les deux lignes parallèles qui servent à tenir le bracelet. C’est quand même très contraignant ! Mais en fait, non…. On voit bien qu’il y a énormément de variations possibles. Ça dépend de comment on joue avec cette règle. Soit on se calque à l’esprit originel qui consiste à aller vers une sorte d’épure des formes pour arriver à la plus grande simplicité. Je pense à la Tank à Guichets, par exemple. Parce que là, il n’y a plus du tout de cadran. On peut aussi aller vers des pièces très joaillières. Puisque le cadran et la boîte sont disponibles, on peut créer des décors qui ne vont pas du tout dans le sens du modèle originel. Cela crée néanmoins un très bel objet. Si je dis que c’est une très bonne question, c’est parce qu’elle permet de s’interroger sur les autres modèles, notamment la Santos. Et, on s’aperçois qu’elle aussi a permis de donner naissance à énormément de pièces différentes. Déjà, les variations en termes de proportions sont infinies. Alors, finalement, oui, la Tank offre beaucoup de possibilités, mais je ne mettrais pas ma main au feu qu’elle soit la seule. Il y en a peut-être d’autres. À partir du moment où Cartier choisit de proposer une forme, elle doit être suffisamment forte pour ouvrir le champ des possibles.
Les métiers d’art sont toujours l’une des grandes forces de Cartier…
Je suis très content de l’entendre. Je pense que ça s’inscrit dans une démarche qui est identitaire pour la Maison. À la base, outre la vision sur la forme, c’est l’intelligence et le travail de la main qui font notre valeur ajoutée. Pousser ce travail de la main jusqu’à s’intéresser à des métiers très originaux comme la feuille d’or, la marqueterie, etc. est très naturel pour nous et la maîtrise de ces savoir-faire sont au service d’une démarche esthétique. 
Cette année, Cartier présente également deux nouveaux mouvements, notamment pour la Tank à Guichets…
Exactement ! C’est une montre emblématique. Le public ne réalise pas à quel point cette montre est rare. Elle a été très peu produite. Elle est magnifique et nous avons atteint nos objectifs en termes de finesse. Elle est plus fine que celle que nous avions proposée en 98.
Avez-vous des attentes pour cette année 2025 ?
Nous avons envie que ce qui nous enthousiasme, enthousiasme également notre clientèle. Mais, à priori, nous constatons déjà l’engouement de ceux qui savent que nous relançons la Tank à guichet et que nous présentons un mouvement automatique pour la Tank Louis Cartier. Aujourd’hui, la Maison bénéficie d’un nouveau regard grâce à une liberté gagnée pour beaucoup de gens de s’intéresser au design des montres. Avant, c’était un peu comme si on ne s’intéressait pas à la qualité horlogère, alors que ce n’est pas du tout antinomique. Ça peut aller de pair !

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