
Il y a bien sûr les essentiels. La vibrante Djemaa El Fna, ses charmeurs de serpents, ses vendeurs d’oranges pressées et ses scènes de vie improvisées. Les majestueux jardins Majorelle, oasis de bleus intenses. Et les souks, véritables cavernes d’Ali Baba. Mais Marrakech ne se limite pas à ses spots les plus touristiques. C’est une ville kaléidoscope qui révèle ses plus belles nuances à ceux qui prennent le temps de sortir des sentiers balisés.
Un week-end à Marrakech, c’est l’assurance d’un dépaysement immédiat, à 3h30 de vol de Bruxelles. Et en 2024, avec plus de 4 millions de visiteurs, la ville confirme son statut de capitale du lifestyle oriental. Les Belges, eux, ne s’en lassent pas. Pourtant, certains habitués regrettent l’âme plus brute et authentique d’autrefois. Bonne nouvelle : un autre Marrakech existe. Plus discret. Plus inspirant, et, surtout, loin de l’image “Disneyland” qu’on a tendance à lui coller ces dernières années.
Jour 1 — L’atterrissage tout en douceur
À peine sorti de l’avion, une envie : plonger dans la gastronomie locale. Direction Mizaan, la petite sœur du très couru restaurant L’mida. Nichée à l’écart de l’effervescence, cette adresse marie avec brio tradition marocaine et modernité. Couscous revisité, salades fraîches, épices équilibrées, le tout dans une ambiance décontractée à la déco léchée. Idéal pour s’immerger en douceur.
Côté transports, mieux vaut louer une voiture pour explorer les environs en liberté. Mais si vous optez pour le taxi, négociez fermement la course avant de monter. Certains chauffeurs vous proposeront même de jouer les guides improvisés. Derrière cette insistance se cache souvent la volonté de vous emmener chez «le cousin» herboriste ou artisan. Cela peut sembler pressant, mais c’est aussi l’occasion de se plonger dans les savoir-faire locaux : huiles essentielles, savon noir, ghassoul, nigelle (aussi surnommé l’or noir des pharaons notamment grâce à ses propriétés anti-inflammatoire) ou encore l’Aker Fassi — un galet de coquelicot à utiliser comme maquillage naturel.
Pour le coucher de soleil, grimpez sur le rooftop du Dardar. Perché au-dessus de la médina, il offre une vue spectaculaire sur la Koutoubia, la plus grande mosquée de la ville qui date du XIIᵉ siècle.. Cocktails audacieux, plats revisités, ambiance vibrante : un sans-faute. Et pour terminer la journée, un dernier détour sur la place Djemaa El Fna, qui dévoile une autre facette la nuit tombée. Musiciens gnawas, conteurs, crieurs de rue : le soir, la place s’anime dans tous les sens et il serait dommage de manquer ce théâtre à ciel ouvert.
Jour 2 — Parenthèse végétale dans l’Atlas
Selon la saison, la chaleur peut être écrasante dans la médina et au centre de Marrakech. On file alors chercher un peu de fraîcheur à une demi-heure à peine de là, dans la vallée de l’Ourika. Très prisée des Marocains, cette vallée verdoyante est l’antithèse du tumulte urbain. Ces dernières années, les touristes aussi s’y aventurent de plus en plus.
Notre coup de cœur ? Le Jardin Bio Aromatique de l’Ourika. Premier jardin médicinal du pays, ce havre de paix perché à 840 m d’altitude rassemble une cinquantaine de plantes et propose une expérience sensorielle complète : repas en plein air sous les arbres, tajines au feu de bois, tisanes détox... Pour une poignée de dirhams (220 dhs environ), on se régale, on respire. En option, bain de pied, massage et sieste face au potager géant. Le luxe authentique.
Pour les plus aventureux, la vallée est aussi le point de départ de randonnées vers l’Atlas. Ne manquez pas non plus le village de Tnine-l’Ourika et son souk du lundi au bord de l’oued. Sans oublier les cascades de Setti-Fatma, grand classique mais toujours magique
En vidéo, on a testé un cours de cuisine au sein d’un palace à Marrakech :
Jour 3 — Cap sur l’Agafay
Autre décor, autre ambiance : le désert d’Agafay, à une trentaine de kilomètres à peine de Marrakech. Ici, pas de dunes dorées façon Sahara, mais des reliefs rocailleux et lunaires, baignés de lumière. Sur place, on y retrouve des panoramas spectaculaires donnant sur les montagnes du Haut Atlas.
Un paysage brut, sublime, ponctué de tentes de glamping qui fleurissent depuis quelques années. Parmi elles, Inara Camp se distingue. Imaginé par des Belges, ce camp chic et sobre propose tentes avec lit king-size, salle de bain privative, terrasse face à l’Atlas, voire jacuzzi. On peut y passer la nuit (à partir de 250 euros), ou simplement y passer la journée, entre balade en chameau, déjeuner les pieds dans le sable et farniente absolu. Autre adresse incontournable, notamment pour son dîner-spectacle dès la nuit tombée ? Alkamar Camp, à une poignées de camps de là. Le luxe version bédouine.
Jour 4 — Souks, culture et détente
De retour à Marrakech, impossible de faire l’impasse sur les souks. Mais mieux vaut être stratégique. Deux options : se perdre au hasard (et risquer de payer le prix fort), ou se repérer à l’aide des portes de la médina et de ses différents quartiers d’artisans : cuir, fer, bois, tissage… Une carte à l’entrée vous aidera à vous orienter.
Envie d’un peu de culture ? Le Palais de la Bahia et les Tombeaux Saâdiens valent le détour. Pour une alternative plus paisible aux Jardins Majorelle — souvent bondés et chers — misez sur le Jardin Secret, havre de sérénité en plein cœur de la médina.
Avant de faire vos valises, accordez-vous un moment bien-être dans un hammam traditionnel. Beaucoup de riads proposent des formules incluant gommage au savon noir, enveloppement au ghassoul et massage relaxant. Et pour un dernier dîner inoubliable, deux options : Le Slimana. Installé dans une ancienne demeure du sultan Slimane, ce lieu hybride mêle restaurant gastronomique, rooftop élégant et concept store. Vaisselle locale, épices rares, textiles artisanaux… De quoi rapporter un petit bout de Marrakech avec soi. Et pourquoi ne pas vivre une soirée digne des contes des Mille et Une Nuits ? Direction Chez Ali, un complexe mythique situé à une quinzaine de minutes du centre-ville, qui mêle dîner marocain typique et grand spectacle équestre.
Dans un immense ksar aux allures de forteresse berbère, on savoure un repas traditionnel — harira, méchoui, couscous royal, pâtisseries marocaines — dans des tentes caïdales dignes des plus grands banquets. Pendant ce festin, les troupes folkloriques venues des quatre coins du Maroc déambulent entre les tables. Puis, une fois la nuit tombée, place au clou du spectacle : une fantasia impressionnante, entre cascades de cavaliers, acrobaties à cheval, musiques tribales et feux d’artifice. Un moment hors du temps, parfois un brin kitsch, mais définitivement inoubliable.
Une chose est sûre : Marrakech ne se livre pas au premier venu. Mais à ceux qui savent l’observer, elle dévoile un visage surprenant, inspirant, loin des clichés. Et c’est sans doute là que réside sa magie.
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