Après avoir travaillé durant 18 ans au sein de la PJ, Olivier Norek s’est reconverti dans l’écriture… enchaînant des romans à succès nous emmenant tantôt sur les traces de tueurs en série, tantôt au cœur de la jungle de Calais, ou encore dans un village tranquille dans l’Aveyron. De passage à Bruxelles il y a quelques semaines, à l’occasion du festival du film fantastique (où il officiait comme juré et a livré une masterclass), cet expert du crime nous a confié comment il donnait vie à ses histoires, qui nous hérissent le poil et nous tiennent en haleine…
Découvrez en vidéo notre décryptage consacré aux polars :
Est-ce que l’un des secrets du succès de vos romans tiendrait au décor dans lequel vous les installer ? Chez vous, pas de soleil sous les Tropiques, on est dans l’âpre, le rude, le gris…(Il rit) Oui. Quand j’ai écrit « Entre deux mondes », je suis allé m’installer dans la jungle de Calais. Quand j’ai écrit « Les Brumes de Capelan » (qui va être porté au cinéma, NDLR), je me suis installé à Saint-Pierre-et-Miquelon. Pour mon roman historique, Les Guerriers de l’hiver, je suis allé pendant quatre mois en Finlande et en Laponie sous des moins 40-45 degrés. Je me rends compte que je me sers un peu de ma maison d’édition comme d’une agence de voyages, mais je ne choisis jamais les bons voyages (rires). Je devrais imaginer un cosy crime aux Maldives.Chiche !Non, sérieusement, ce que j’aime, c’est aussi la rudesse de l’endroit. Dans les histoires, c’est un peu comme dans les faits divers et les journaux : les trains qui arrivent à l’heure, ça n’intéresse personne. Par contre, ceux qui arrivent en retard ou qui déraillent, ça passionne tout le monde. Donc une histoire sur une plage avec un joli soleil et des cocotiers, je ne suis pas sûr d’embarquer mes lecteurs et mes lectrices. À moins de refaire « Mort sur le Nil », qui est une exception, avec un meurtre passionnel crapuleux !Certains de vos livres sont portés sur petit écran. On sait les séries, surtout celles à suspense, friandes de cliffhanger, de twists… Des techniques que l’on applique aussi quand on écrit ?Ah mais, ce sont les écrivains qui ont inventé les concepts de cliffhanger et de page-turner, pas les scénaristes de télé (rires). Les retournements de situation, les coups de théâtre… Tout ça, c’est de l’invention littéraire, c’est né bien avant la télévision. Dans les années 1910, quand Marcel Allain et Pierre Souvestre écrivaient « Fantômas », ils utilisaient déjà tous ces trucs ; ils rendaient quatre pages tous les jours : c’était un feuilleton. Donc, ce sont les écrivains qui ont inventé ces façons de conserver l’intérêt du lecteur. Quant à leur maîtrise, soit c’est inné, soit tu apprends des techniques d’écriture. Moi, j’ai la chance d’avoir une sorte d’oreille mélodique, parce qu’après tout, ce n’est rien d’autre que de la mélodie et du rythme. J’ai donc la chance de voir quand je vais m’ennuyer, qu’il va falloir accélérer un peu… Par exemple en mettant une fausse piste. Mais attention : jamais de fausse piste gratuite, qui n’amène pas une information qui va ramener sur une autre piste. Donc, il y a ce truc d’équilibre. C’est un peu comme savoir cuisiner : tu sais quand ça manque de sel, de quelque chose, qu’il faudrait un petit kick, un petit peu d’acidité, c’est un truc que tu as naturellement, ou pas du tout, et alors tu cuisines toujours des choses imbouffables. Bon, en plus de ça, moi, je place mes caméras chez moi, j’invente où sont mes personnages, je lis mes dialogues à voix haute dans mon appartement pour en voir la mélodie et le rythme…En écrivant, savez-vous déjà comment votre roman va se finir ? Suivez-vous une espèce de plan ?Je sais absolument tout. Déjà, parce que je vais d’abord sur le terrain, et je vais vivre les choses. Si je parle de quelqu’un, il faut que je le rencontre. Si je parle d’un pays, il faut que j’y vive quatre mois. Si je parle d’un métier, il faut que je le fasse… J’ai été flic de terrain, je suis devenu auteur de terrain. Et puis, quand j’arrive chez moi, je commence à mettre des bristols un petit peu partout chez moi. En fait, j’ai une double-fenêtre qui me sert de tableau criminel, comme celui que j’utilisais quand j’étais policier, quand j’avais de multiples victimes, de multiples suspects et scènes de crime. Il fallait absolument que, visuellement, on sache immédiatement où on en était grâce à ce tableau. Quand j’ai commencé à raconter des histoires, j’ai fait la même chose chez moi. Il y a un pan de mon mur entier, qui n’est réservé qu’à ça. Le truc, c’est qu’après, j’écris tout sur bristols. Chacun équivaut à un chapitre. Je mets mes 60-70 bristols sur ma fenêtre, ce qui fait que ça obscurcit mon appartement. Et donc, j’écris, j’écris. Au fur et à mesure où j’enlève les bristols et que je les déchire, mon appartement redevient de plus en plus lumineux. Et au dernier bristol, le soleil rentre en entier. Je me sers un verre de champagne et j’appelle mon éditeur pour lui dire que j’ai terminé mon roman !Finalement, il y a un parallélisme avec votre ancien métier de policier. Quelque part, c’est un peu une évidence que vous soyez arrivé à ce stade !Il n’y a rien d’innocent ni de gratuit. Si j’avais été psychiatre, j’aurais pu écrire des romans policiers ultra-fouillés au niveau de la psychologie des personnages. Si j’avais été un historien, j’aurais écrit des polars qui se passent à la Révolution française. Il y a un lien avec mon ancien métier parce que c’était mon ancien métier. Et pour la méthode, c’est pareil. Moi, je suis pointilleux, à la limite du maladif. Déjà, quand tu es policier, quand tu pars en perquisition, tu as les plans de l’appartement dans lesquels tu vas rentrer en perquisition pour être sûr et certain de savoir exactement comment va se dérouler l’opération. Je ne rentre jamais dans une pièce sans savoir où est l’interrupteur pour allumer la lumière !Quels auteurs nous conseillez-vous de découvrir ?Je vous conseille de lire absolument Maud Mayeras, une formidable autrice qui donne tout qu’elle a dans ses livres, c’est magnifique. Cédric Sire, qui a sorti « Survivantes », qui est assez stupéfiant. Et le dernier roman d’Alexis Laipsker, « D’entre les morts ». Ils n’ont pas encore la renommée d’un Frank Tilliez ou d’un Maxime Chattam. Mais ça va venir…