
« Aujourd’hui, les gens ne veulent plus seulement camoufler leur tatouage, ils veulent retrouver leur peau d’avant », explique le Dr Fabrice Condemi, dermatologue à la clinique de l’Observatoire à Uccle. Au départ, il ne s’occupait que des maquillages permanents ratés, mais depuis dix ans, les demandes de retrait de tatouages “classiques” explosent.
Et pour cause : la saturation esthétique est totale. Les tribals d’étudiant, les prénoms d’ex, les mandalas de yoga, les “YOLO” sur les côtes… tout a été vu, revu, posté sur Instagram. Même David Beckham, star planétaire et véritable fresque humaine, incarne cette ambiguïté : ses tatouages sont devenus une signature, mais leur omniprésence rappelle aussi qu’ils sont presque un “uniforme”. Et face à cet effet de masse, certains choisissent de revenir à la peau nue. « Après l’explosion du tatouage, les gens reviennent à quelque chose de plus sobre. Ils veulent se sentir propres », observe Condemi.
La quête de la peau “clean”
« J’avais un gros tatouage dans le dos entre les omoplates. À 22 ans, j’étais persuadée que c’était spirituel et que je le garderais toute ma vie. Dix ans plus tard, je ne me reconnaissais plus avec ce truc-là. J’ai mis un an à tout enlever au laser. Aujourd’hui, je préfère mille fois mon dos “clean”. », nous explique Camille, 34 ans.
Les regrets les plus fréquents ? Les prénoms d’ex et les coups de tête nocturnes. Le Dr Condemi raconte : « Une patiente est venue pour enlever le prénom de son ex sur le pubis… elle m’a confié qu’il avait le même avec son nom gravé au même endroit et qu’elle espérait qu’il ne pourrait jamais l’enlever. Une semaine plus tard, il avait lui aussi pris rendez-vous. J’ai dû m’organiser pour qu’ils ne se croisent pas. »
Dans un autre registre, la protéine s’invite partout :
Mais attention : le détatouage n’est ni simple, ni instantané, ni gratuit. « Pour un maquillage permanent, il faut compter environ 120 € la séance. Pour un tatouage classique, plutôt 150 à 200 €. Et il faut plusieurs séances, parfois jusqu’à dix ou douze, espacées de quelques semaines », précise le dermatologue. Et tout est à votre charge : aucune prise en charge par la mutuelle, même si c’est pour faire disparaître un tatouage post-opératoire ou un symbole qui vous pèse.
Mehdi, 29 ans, sait que le prix en vaut la peine : « J’avais le prénom de mon ex sur l’avant-bras. Dans mon entourage, on me le faisait remarquer tout le temps. Quelques séances plus tard, il a disparu. J’ai eu l’impression que je pouvais enfin passer à autre chose. »

Mais le Dr Condemi prévient : mieux vaut bien choisir son praticien. « L’erreur la plus fréquente, c’est de se faire détatouer chez quelqu’un qui n’est pas formé ou qui n’utilise pas le bon laser. Il faut vérifier la technologie employée et demander un test avant de commencer. » Autres erreurs : s’exposer au soleil, enchaîner les séances trop vite ou négliger les soins post-laser.
Se faire détatouer n’est pas un rejet du tatouage, mais un reset. Une manière de reprendre la main sur son corps. Dans un monde saturé de signes, de filtres et de logos, la peau nue redevient une déclaration. Tatouer, c’est devenu banal. Se détatouer, c’est presque un geste de revendication – pour se débarrasser d’un passé devenu encombrant et revenir à une version de soi plus alignée.
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