
Une fermeture éclair, une poche zippée qu’on peut porter en ceinture à la récré et trois couleurs, emblématiques : rouge, jaune et bleu marine. Un coupe-vent imperméable pratique car convertible en banane, disait-on alors. À défaut d’avoir le look (coco) dans les années 80, on était parés pour la mer du Nord. En cas de pluie… « En cas », c’est justement le nom donné au premier modèle de la marque qui deviendra, pour des questions marketing et d’américanisation du mode de vie, « K-Way » (K pour « cas » et « Way » pour le « Way of life », le mode de vie). Bien des années plus tard, en 1995, forte de son utilisation dans le langage usuel, la marque deviendra même un nom commun après son entrée au dictionnaire (ce qu’on appelle une antonomase). Et ce n’était pourtant pas gagné…
L’histoire racontée par K-Way débute en 1965, après l’observation par Léon Claude Duhamel, le fils d’un industriel du textile du Nord, d’une scène quotidienne de la vie parisienne. « Un jour de pluie, j’avais un rendez-vous à Paris et j’attendais au Café de la Paix. J’étais assis dehors à observer les passants qui couraient dans leurs vêtements trempés, un parapluie inconfortable à la main. J’ai remarqué une femme accompagnée de deux enfants : les deux portaient des vêtements en nylon rouge, quelque chose d’original que je n’avais encore jamais vu. J’ai sorti mon carnet et noté : vêtements en nylon rouge. Puis, avec le temps, j’y ai repensé, j’ai relu mes notes et je me suis dit que je devais en faire quelque chose ». Ce sera une veste colorée, pas encombrante et, au final, en nylon enduit pour devenir imperméable (une fois le bon fournisseur, un marchand de tissu belge, trouvé) : l’En-cas (de pluie) – suivi de l’iconique Claude – qui deviendra collector au point que, 60 ans plus tard, K-Way se paiera le luxe d’une exposition temporaire (à voir à Paris en ce moment) le célébrant.
Après la pluie…
La météo est changeante, les mœurs le sont aussi. Voilà qui fait l’affaire de K-Way. Dans les années 70, le coupe-vent offre alors à ses adeptes une liberté de mouvement et une légèreté tant prisées à l’époque. Les porte-manteaux des couloirs d’école en sont garnis, et Vic Berreton – Sophie Marceau dans La Boum – en ado comme les autres, devient sans le vouloir égérie de la marque, son Claude bleu marine sur le dos. Plus qu’un effet de mode, ce coupe-vent très fonctionnel devient un objet de curiosité et d’inspiration pour le styliste Jean-Charles de Castelbajac. En 1986, il crée plusieurs modèles multicolores dont un pour deux personnes. C’est la première incursion de K-Way dans le monde de la haute couture. Mais il faudra attendre de longues années avant que d’autres designers ne viennent s’associer à la marque ou décident tout simplement de créer leurs propres rainwear…
Après la pluie, le beau temps… Dans le cas de K-Way, c’est plutôt l’inverse. Les années 90 ne sont pas moins humides, mais les affaires prennent l’eau et l’usine du Nord ferme ses portes. La concurrence chinoise, les pâles copies ont trop fait d’ombre à la marque au célèbre zip. Elle finit par être revendue et passe de main en main alors que les modèles cultes Claude et Léon (celui-ci se distinguant par sa fermeture éclair qui ne traverse pas toute la veste, comme un pull) disparaissent des vestiaires. Jusqu’au début des années 2000 et le coup de cœur d’une entreprise italienne, Basic Net, déjà propriétaire d’équipementiers sportifs tels que Kappa.
En vidéo, l’actrice Kelly Rutherford nous livre sa définition de l’élégance :
Au terme « ringard », les Turinois préfèrent amplement le mot « tendance ». Et ils s’attelleront à ce que, en peu de temps, il s’appose à la marque K-Way. Les modèles cultes Claude, Léon et Eiffel (la veste longue) sont relancés. Le logo n’a pas bougé, le zip coloré non plus. Signe incontestable d’une intemporalité qui ne demande qu’à séduire une nouvelle génération. Dany Boon en fait un sketch (et même l’affiche de son spectacle), Noel Gallagher le porte sur scène ; le K-Way ressort petit à petit du placard. Il regagne en popularité et en valeur aussi, avec des coupes revisitées mais sans en changer l’essence, une matière techniquement toujours plus performante (on en est à la version 4.0 des modèles iconiques) avec notamment des versions plus chaudes munies de doublure polaire, des couleurs à l’infini – du rose fluo au bicolore –, et des collaborations avec de grandes maisons, de Marc Jacobs à Fendi en passant par le Belge Jean-Paul Knott pour des versions chics et rares. K-Way ne se revendique pas comme marque de mode, mais a pourtant ses entrées dans la sphère haute couture ; depuis quatre ans, la collection plus « designée » R&D défile d’ailleurs sur les podiums de Milan. Les prix, 60 ans après la création du premier Claude ne sont évidemment plus comparables : il faut tripler, a minima, sa mise de départ (aujourd’hui pour un prix débutant autour des 120 euros).
Avoir du style, ça paie (et ça concerne même votre animal de compagnie puisque votre chien a aussi droit à sa veste en nylon technique) ! Avoir une bonne idée aussi. Celle du vêtement coupe-vent imperméable, pas encombrant – que plusieurs stylistes et marques de prêt-à-porter (comme Decathlon avec des modèles plus trendy) adapteront dans leurs collections –, était révolutionnaire à plus d’un égard : quand les premiers modèles sont nés, filles et garçons se les partageaient. Ces vestes de pluie étaient, déjà, unisexes (et durables). Bien avant l’heure où la garde-robe prend de plus en plus des allures non genrées. Si la météo est variable, les temps de la mode, eux, ne changent pas tant que ça.

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