Immersion dans l’atelier du légendaire photographe Robert Doisneau - Autoportrait - Marie Honnay

Immersion dans l’atelier du légendaire photographe Robert Doisneau

Alors que s’ouvre ce 31 octobre, à Liège, une rétrospective de Robert Doisneau, sa fille Francine Deroudille nous ouvre les portes de son atelier. Retour sur le destin de l’un des photographes les plus célèbres de tous les temps.
sosoir

Cette invitation à Montrouge, une commune du sud de Paris, s’apparente à un véritable privilège. Non pas que Francine Deroudille et Annette Doisneau ne soient pas partageuses. Disons plutôt que la joie qui émane du témoignage de Francine, lors de notre rencontre au sein de l’Atelier Doisneau, est le témoignage éclatant de la personnalité de Robert Doisneau. Accessible, généreux, bavard et visiblement heureux, Robert Doisneau semble avoir donné le bonheur en héritage à ses filles. C’est aussi, plus que probablement, ces mêmes qualités qui ont contribué à son succès ; un succès qu’il a connu de son vivant dès les années 70 et qui ne se dément pas. La preuve : lorsqu’elle a été montrée à Paris, au musée Maillol, l’exposition qui s’ouvre à Liège ce 31 octobre a attiré pas moins de 120 000 visiteurs en à peine deux mois.

À Liège, le public belge aura même droit à un bonus puisque les filles Doisneau ont choisi d’ajouter des images prises par le photographe en Cité Ardente, mais aussi dans des usines textiles aujourd’hui disparues. En tout : 400 clichés issus des 450 000 négatifs précieusement conservés dans l’ancien appartement de Montrouge, reconverti en lieu d’archive et de travail. C’est ici qu’a été conçue l’exposition, au milieu des armoires à tiroirs remplies d’images, des livres (pas moins de 65 publiés ou réédités par ses filles) et des souvenirs de famille toujours liés, de près ou de loin, à la photographie.

Immersion dans l’atelier du légendaire photographe Robert Doisneau - Marie Honnay
Une figure liégeoise bien connue parmi les œuvres de Doisneau, Georges Simenon

Sur une porte de l’appartement, on aperçoit l’affiche d’une exposition baptisée Allons Voir la Mer avec Doisneau (également un livre paru aux éditions Glénat) : « Les deux personnages sur le ponton, ce sont ma mère et ma sœur », commente Francine en souriant.

La Joconde de Doisneau

Comme son père, Francine Deroudille a le sourire facile. On ose donc sans trop hésiter l’interroger sur Le Baiser de l’Hôtel de Ville, la photographie la plus connue de Doisneau, mais aussi, probablement, l’une des images les plus mythiques du XXe siècle : « Mon père n’a jamais compris l’engouement pour ce Baiser, mais comme il était enthousiaste et joueur, il a accepté le destin de cette photo qu’il appelait affectueusement son Angélus de Millet. Il aurait aussi pu dire sa Joconde ».

Immersion dans l’atelier du légendaire photographe Robert Doisneau - Marie Honnay
Le Baiser de l’Hôtel de ville

Quand cette photo est devenue virale (à une époque où le mot n’existait pas encore), beaucoup de gens ont dit s’être reconnus dans le rôle des amoureux. « Parce qu’il trouvait ça touchant et qu’il ne souhaitait pas casser leur rêve, mon père n’a jamais voulu les contredire. En taisant la vraie histoire de cette photo, il s’est volontairement collé plusieurs procès sur le dos. Une situation qui a un peu compliqué sa fin de vie, alors que l’origine de cette photo est tout, sauf polémique. Mon père avait été commandité par le magazine Life, qui souhaitait publier une série de portraits d’amoureux. Dans l’Amérique puritaine de l’époque, s’embrasser en pleine rue était vu comme un symbole de liberté absolue ; une spécificité française. Mon père a choisi un couple de comédiens qu’il a suivi dans Paris pendant de longues heures, de la Concorde à l’Hôtel de ville, là où le fameux baiser a été pris. À l’époque, personne n’a remarqué cette image, passée complètement inaperçue au milieu des autres », poursuit Francine Deroudille. « Quelques années plus tard, un jeune éditeur a ressorti ce cliché pour le rééditer sous forme d’affiche. Nous étions alors loin d’imaginer que son poster ferait un carton et qu’il inspirerait des tas de produits dérivés. Quand on tentait de bloquer certaines demandes, mon père balayait nos doutes d’une seule phrase. Papa n’était pas vaniteux. Tout l’amusait. Il nous répondait : Une housse de couette avec le Baiser ? Mais pourquoi pas !’»

Ali ou Picasso : tous égaux

Robert Doisneau n’a d’ailleurs pas photographié qu’un seul baiser. « À l’instar des cinéastes, un métier qu’il aurait adoré exercer, mon père travaillait par séries pour créer une histoire complète. Il appréciait tout particulièrement le contact avec les gens. Il ne lui arrivait jamais de photographier des passants sans leur consentement. Quand je pense à l’œuvre de mon père, je dirais que les images qu’il a refusé de prendre en disent tout autant, voire plus, sur ses valeurs que ses clichés les plus célèbres. »

Immersion dans l’atelier du légendaire photographe Robert Doisneau - Marie Honnay
Les Pains de Picasso

Lorsque Francine Deroudille évoque son père, elle parle « d’un homme délicieux avec lequel tout le monde voulait travailler. Il ne s’enorgueillissait jamais d’être photographe pour Vogue, d’assister aux bals les plus mondains de Paris ou de réaliser le portrait de Picasso (Les Pains de Picasso, une image prise par Doisneau en 1952 est probablement l’une des plus célèbres du peintre, NDLR.). La seule fois où je l’ai entendu évoquer cette partie de son travail, c’était un dimanche. Nous allions au cinéma en famille. Mon père a pointé du doigt un monsieur et nous a dit : C’est un très grand artiste. C’était Giacometti. Il l’admirait beaucoup ! À côté de ça, il adorait photographier les gens de la rue ; ceux qui, d’habitude, sont laissés pour compte. Je pense notamment au portrait de Monsieur Ali, un sans-abri photographié à Vitry, en 1955, dans son beau costume. »

Le constat d’une époque

« La photographie n’envahissait pas notre quotidien. Disons plutôt qu’elle en faisait partie. Pour gagner sa vie, mon père a réalisé beaucoup de commandes. À la fin de la guerre, la France souhait véhiculer l’image d’un pays en pleine renaissance. Les journaux voulaient montrer des enfants heureux et en bonne santé. Vous n’imaginez pas toutes les images gnangnans que mon père a faites de ma sœur et de moi à cette époque », s’amuse-t-elle. « Quand on passe en revue les images de mon père, on se plonge dans une époque. Pour lui, les photos les plus réussies étaient celles qui ne racontaient pas vraiment une histoire. Ils les envisageaient comme un marchepied du rêve. Ce qui nous frappe aujourd’hui, c’est qu’elles parlent toujours autant aux gens. Le regard bienveillant de la Marchande de Nougat capturée à Paris en 1950, vous pourriez, le croiser en faisant vos courses au Monoprix en 2025 », poursuit-elle.

« Mon père était un homme libre qui posait son objectif sur ce qu’il aimait, qu’il s’agisse d’enfants, de prostituées ou de repris de justice. Il réussissait à créer une forme de beauté dans l’image ; une grâce inouïe. Si un modèle lui plaisait moins, l’image restait belle et le contrat rempli, mais il y avait forcément un détail qui clochait. C’était flagrant ! Les images de mon père sont ma boîte à jouets. En les partageant, je voudrais qu’elles deviennent celle d’autres personnes. Quand les visiteurs quitteront l’exposition, j’aimerais qu’ils aient l’impression d’avoir rencontré une personne, plutôt qu’une star de la photo », conclut-elle.

Robert Doisneau, Instants Donnés, à la Boverie du 31 octobre au 19 avril 2026, laboverie.com

Découvrez en vidéo notre rencontre avec la photographe Charlotte Abramow :

Ne manquez plus aucune actualité lifestyle sur sosoir.lesoir.be et abonnez-vous dès maintenant à nos newsletters thématiques en cliquant ici

Contenus sponsorisés

Magazine

MagazineJe découvre
SO FRIEND

SO FRIEND

So soir est une communauté… Découvrez nos concours et avantages so friend!

je découvre
CARNET D’ADRESSES

CARNET D’ADRESSES

Découvrez les bons plans sorties avec SoSoir

je découvre
MASTERCLASS

MASTERCLASS

Découvrez comment sublimer votre plateau de fromages.

je découvre