« Mon moteur ? Bosser avec mes potes ! » : rencontre avec Natoo
Youtubeuse, humoriste, actrice, entrepreneure… Nathalie Odziereiko, alias Natoo, a conquis la Toile par son naturel décontracté. Super copine idéale, elle balade sa bonne humeur au gré de ses coups de cœur.
ParSigrid Descamps, Journaliste
PhotoEmilie Zangarelli.
Elle se rêvait prof d’éducation physique, elle est devenue policière avant de trouver sa voie sur le Web. Pionnière de l’humour sur YouTube, Nathalie Odziereiko a imposé son alter ego Natoo sur la Toile et les réseaux, où elle multiplie depuis 15 ans les vidéos, les posts, les collabs… toujours avec le sourire. On la retrouve ce soir-là à Liège, où elle officie dans le jury du court métrage du Festival International du Film de Comédie.
Un café décoiffant avec Natoo :
Natoo au Festival du film de comédie de Liège - FIFCL
L’humour, c’est votre premier terrain de jeu. Qu’attendez-vous d’une comédie ?
Je suis adepte de l’humour absurde. Tout ce qui peut me surprendre, je suis preneuse. Et s’il peut y avoir des messages sous couvert d’humour, ça peut être encore plus puissant.
Pensez-vous que l’humour évolue d’une époque à l’autre ?
Quand c’est drôle, c’est drôle. Une chute dans un film fait toujours autant rire 30 ans plus tard. Il y a par contre des sujets qui sont devenus moins marrants. Des choses dont on ne peut plus vraiment rire… et ce n’est pas plus mal. Quand je regarde certains films de mon enfance, je me demande comment j’ai pu, par exemple, aimer Professeur Foldingue, qui se moque des personnes en surpoids. Quand j’étais petite, ça me faisait rire. Aujourd’hui, ça me donne des sueurs froides de malaise. Ce n’est pas drôle, c’est méchant !
Vous-même, avez-vous changé votre approche ?
La manière de faire a beaucoup évolué sur YouTube, cela s’est vraiment professionnalisé. Avant, je ne me posais pas de questions, je pouvais partir en impro totale devant la caméra, aujourd’hui, je pense que je ne pourrais plus du tout le faire, les gens sont devenus plus exigeants. La façon de produire a changé aussi.
Quand vous avez démarré, vous travailliez à la police. Vos capsules, étaient-ce des bulles d’air par rapport à une certaine réalité à laquelle vous étiez confrontée quotidiennement ?
Complètement. Policière, je ne voyais que le côté mauvais de la société. Des choses assez dures psychologiquement comme des conflits familiaux. En parallèle, j’ai découvert les vidéos sur YouTube, des Youtubeurs américains. J’adorais leur façon de faire, de s’adresser directement au public. Je n’avais jamais vu ça avant. Ça a commencé à me travailler. Gamine, je faisais des sketchs dans ma chambre pour mes poupées, mes nounours, pour ma mère. Avec YouTube, je me suis dit que j’avais peut-être des trucs à raconter moi aussi. Plus je patrouillais, plus j’avais des sketchs qui me venaient en tête. Déjà, de base, je savais que je m’étais un peu trompée de voie. Mais là, j’avais l’esprit encore plus ailleurs. J’ai commencé à noter ces idées. Il fallait que ça sorte parce que ça me donnait mal au crâne. J’ai extériorisé, je me suis lancée. Et j’ai appris sur le terrain.
À quel moment, avez-vous décidé de quitter un métier « sûr », pour vous lancer dans l’inconnu ?
Au début, je ne me suis absolument pas dit que ça pouvait devenir mon métier. C’était un pur loisir. Au bout d’un an ou deux, Studio Bagel m’a proposé de rejoindre une troupe de créateurs de contenu. Et je me suis dit « Pourquoi pas ? ». Mais je n’ai pas sauté dans le vide comme ça. J’ai pris une année de mise à disposition. Si ça avait mal tourné, je serais repartie faire des contrôles de police sur la voie publique (rires). Quand bien même, si ça n’avait pas marché, j’aurais fini par quitter la police.
Vous avez appris sur le tas, mais au fond de vous, aviez-vous toujours eu envie de jouer la comédie ?
C’était un rêve inaccessible. Je me disais que je n’avais rien de plus que quelqu’un d’autre, qu’il fallait connaître des gens dans le milieu, des sous pour se payer une école de théâtre. Je venais d’un milieu très, très modeste. Donc j’avais un peu enfoui ce rêve sous le tapis. YouTube m’a permis de tenter ma chance. En tout cas, d’au moins m’amuser en faisant des créations, des vidéos. Même s’il n’y avait pas forcément une ambition derrière.
Je venais d’un milieu très, très modeste. J’avais enfoui mon rêve de jouer la comédie sous un tapis. YouTube m’a permis de tenter ma chance…
Avez-vous conscience d’être devenue au fil des ans un modèle pour pas mal de jeunes filles ?
Je ne pense pas être un modèle, même si certaines jeunes youtubeuses me disent s’être lancées grâce à moi. Notamment, grâce à une vidéo que j’ai faite à l’époque, où j’encourageais les filles à se lancer au-delà des carcans du lifestyle et des tutos beauté. En disant qu’on n’était pas obligées de se cantonner à ces domaines. Au départ, je me sentais un petit peu seule. Mais suite à ça, d’autres filles se sont lancées dans l’humour. C’est une petite fierté, franchement.
Quelle part occupe encore Youtube parmi toutes vos activités ?
Cela reste assez central, parce que c’est ce qui me prend le plus de temps. Il n’y a qu’une ou deux vidéos par mois, mais ça demande des semaines de préparation. Et à côté, il y a tout ce qu’il y a sur les réseaux sociaux, les petites vidéos, plus instantanées, qui vont prendre une demi-journée de tournage et de montage. Mais là, j’ai envie de me tourner plus vers le documentaire. En septembre, je suis partie à Tahiti pour un tournage, dont je ne peux hélas encore rien dévoiler, si ce n’est que ça concerne la vie aquatique… Ça sortira dans quelques semaines. Un documentaire, c’est une vraie aventure. Que je mène avec mes meilleurs amis. Travailler avec eux, c’est ce que j’aime le plus au monde !
Derrière Natoo, il y a combien de gens ?
Beaucoup ! Il y a ma manageuse qui gère toute la partie qui ne m’intéresse pas comme chercher les financements des vidéos (rires). Ensuite, j’ai quelqu’un qui coordonne mes projets. Puis, sur les tournages, je bosse avec des réalisateurs. Après, il y a des boîtes de production… En fait je travaille avec des gens que j’ai rencontrés au fil des ans, qui ont chacun leur spécificité, et surtout, qui sont devenus des amis.
Vous parlez beaucoup de vos amis, ce sont eux qui vous permettent de rester ancrée ?
Oui. C’est la chose la plus importante pour moi. J’étais célibataire pendant de longues années, et vraiment, je n’ai pas ressenti de tristesse ou le manque de quelque chose, parce que j’ai toujours été très entourée, j’ai toujours eu beaucoup d’amour de mes amis. L’amitié, c’est mon pilier ! Oui. C’est la chose la plus importante pour moi. J’étais célibataire pendant de longues années, et vraiment, je n’ai pas ressenti de tristesse ou le manque de quelque chose, parce que j’ai toujours été très entourée, j’ai toujours eu beaucoup d’amour de mes amis. L’amitié, c’est mon pilier !
Vous multipliez les projets. Dont un café, qui fait aussi office de salon de coiffure : Mousse. Quel est votre moteur ?
Si je peux travailler, trouver des nouveaux prétextes pour bosser avec des amis, c’est vraiment ça, le moteur de tout ce que je fais. Mousse, c’est parti d’une envie de mon coiffeur, Aurélien, qui est devenu un ami, qui voulait lancer un nouveau salon de coiffure. Et moi, depuis que je suis ado, je rêvais de faire un salon de thé ou un endroit où je peux recevoir des gens. D’où l’idée de ce lieu hybride, qu’on a lancé ensemble. Pour être honnête, ça ne me rapporte pas d’argent du tout. Cela représente plus de travail que de profit financier. Mais je suis fière d’avoir mon lieu à moi sur Paris où je peux proposer à mes potes de venir bruncher, de prendre un café, de se faire coiffer.
Vous faites aussi bien des sketches que des documentaires ou des jeux. Comment choisissez-vous vos thèmes ?
En général, je pars de quelque chose que j’aime vraiment bien. Je pense au Brocante Explorer. C’est un projet où par équipe de deux, on doit chercher des objets précis sur base d’une liste. On se dispatche dans les vide-greniers. Puis on se retrouve chez moi et on compare nos objets. C’est venu parce que j’ai la passion des vide-greniers. Je ne compte plus le nombre de dimanches passés à chiner. Je me suis dit que ça pouvait faire un bon prétexte pour un concept de vidéo.
Vous vous octroyez parfois des plages d’ennui ?
Quand j’étais à Tahiti, je ne captais rien. C’est la première fois, que j’avais un temps d’écran d’une heure par jour. Un record pour moi. D’habitude, j’ai une moyenne de huit heures. Franchement, c’est terrible. Je suis complètement déconnectée du monde par moments. Si je passe trop de temps à scroller, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui fait fondre le cerveau, littéralement (rires). Et donc, depuis ce voyage, j’ai réduit mon temps d’écran de moitié et vraiment, ça fait du bien de lâcher un peu son téléphone.
Qu’y a-t-il encore d’inscrit sur votre liste de choses à faire, de rêves à concrétiser ?
Ne serait-ce que continuer comme ça, à travailler entourée de mes amis, ça serait déjà énorme. Et puis, peut-être quelque chose avec les animaux ? Peut-être qu’un jour, je monterai un refuge, ou quelque chose dans le genre, ça serait génial !
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