L’art de vivre à la japonaise : le matcha pourrait-il devenir une appellation contrôlée comme le champagne ? - Anissa Hezzaz

L’art de vivre à la japonaise : le matcha pourrait-il devenir une appellation contrôlée comme le champagne ?

Si la hype du matcha vous laisse dubitatif, rassurez-vous : vous êtes loin d’être seul. En Europe, le fameux breuvage vert déroute souvent. Beaucoup y voient une boisson végétale amère, un shot d’herbes tondue un dimanche matin humide — difficile d’y trouver du plaisir. Dans un monde où le matcha est devenu la nouvelle religion wellness, avouer ne pas l’aimer sonne presque comme un sacrilège.
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Pour ceux qui n’arrivent pas à le boire, on conseille alors souvent de l’adoucir : un peu de lait d’amande, une touche d’ube, une mousse de noisette… Une escalade d’astuces qui masque surtout un problème plus profond. Il suffit pourtant d’un séjour au Japon pour comprendre que le matcha que nous buvons en Europe n’a rien à voir avec celui que l’on déguste dans son pays d’origine. Et que, sur ce sujet, l’archipel peut remettre n’importe quel Européen dans le droit chemin.

Un rituel millénaire, pas une boisson du quotidien

L’art de vivre à la japonaise : le matcha pourrait-il devenir une appellation contrôlée comme le champagne ? - Anissa Hezzaz

Dans l’imaginaire occidental, les Japonais boiraient du matcha comme nous buvons du café : partout, tout le temps, presque machinalement. La réalité est bien différente. Beaucoup n’osent même pas préparer un matcha traditionnel chez eux. La raison est simple : le matcha n’est pas qu’une boisson, c’est un rituel, né au XIIᵉ siècle, transmis de maître en élève, avec des gestes codifiés, précis, presque sacrés.

Un matcha digne de ce nom se prépare dans un salon spécialisé, par des professionnels formés pendant des années. Pendant ce temps, en Europe, on imagine naïvement qu’un fouet acheté en ligne et un lait végétal suffisent à “faire du matcha”.

Pourquoi le matcha est amer chez nous

Le matcha servi en Europe n’est généralement pas du matcha cérémonial. Le vrai, celui utilisé pour la cérémonie du thé, demande un travail minutieux : des feuilles ombragées plusieurs semaines, une récolte à la main, un séchage délicat, puis un broyage ultra lent, entre deux meules de pierre.Ce processus rare et coûteux produit une poudre fine, douce et vibrante. À l’inverse, la majorité du matcha vendu en Europe est un matcha culinaire, beaucoup moins qualitatif : oxydé, trop chauffé, mal conservé ou parfois… simplement du thé vert réduit en poudre. D’où l’amertume. D’où le goût métallique. D’où la grimace .Le problème n’est donc pas votre palais : c’est la poudre. Un matcha bientôt protégé comme le champagne ?

Face à ce décalage grandissant entre l’authentique matcha japonais et ses imitations internationales, plusieurs experts au Japon militent aujourd’hui pour une appellation protégée, comparable à celle du champagne .L’idée : réserver le terme “matcha” uniquement aux thés produits selon la méthode traditionnelle japonaise, dans des régions spécifiques, avec un cahier des charges strict.

Cette revendication s’est renforcée récemment : la demande mondiale a explosé et les prix ont grimpé. Résultat : le marché s’est saturé de faux matcha, ou de poudres vertes vendues sous le même nom à des prix défiant toute logique. Protéger le matcha, ce serait protéger un savoir-faire millénaire — et éviter que le monde ne se contente d’ersatz amers.

Le vrai matcha : douceur, rondeur, umami

Le premier matcha dégusté au Japon suffit à renverser toutes les certitudes européennes. Ici, la boisson n’est ni amère, ni agressive, ni végétale au point de ressembler à un smoothie d’herbe. Elle est douce, ronde, soyeuse, presque mousseuse quand elle est fouettée correctement.L’umami s’installe sur la langue avec une subtilité inattendue. Rien à voir avec la soupe d’épinards tiède qui circule parfois dans nos cafés. Impossible de séjourner au Japon sans remarquer l’omniprésence du matcha. On le retrouve dans les snacks, les chocolats, les mochi,les gâteaux,les glaces,les boissons…et même dans les frites. Dans les supérettes, chaque rayon semble décliner le vert sous toutes ses nuances. S’immerger dans cette culture vieille de neuf siècles, c’est forcément se laisser séduire.

Au Japon, le matcha n’est pas une tendance Instagram, c’est un savoir-faire, un geste, un rituel millénaire que l’on respecte comme un grand vin… ou un champagne. Alors si le matcha ne vous a jamais convaincu en Europe, ne culpabilisez pas, c’est presque normal. Et si un jour vous venez au Japon, offrez-vous un moment dans un salon dédié : regardez un maître fouetter la poudre, écoutez la mousse se former, inspirez profondément.

Et après ça, promis : vous ne boirez plus jamais un matcha comme avant.

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