
Remontons à octobre 2016, lorsque Uber Eats débarque pour la première fois à Bruxelles. À cette époque, sa proposition tient surtout à faire livrer des restos. « Des sushis, des burgers ou des donuts », promet alors la plateforme. Les tomates, le papier toilette et les céréales viendront plus tard.
C’est à l’automne 2020, en pleine pandémie, que le modèle mute complètement. Uber Eats et Carrefour lancent en Belgique la livraison de courses depuis plusieurs magasins de Bruxelles et Liège : près de 1 200 produits sont alors disponibles, avec une promesse de livraison en une trentaine de minutes dans un rayon de quelques kilomètres.
Six ans plus tard, Uber Eats annonce dans sa nouvelle étude que les commandes de courses alimentaires sur sa plateforme ont augmenté d’environ 500 % depuis le lancement du service. Si le bond est énorme, il ne constitue pas pour autant la preuve que nous ayons troqué le supermarché par nos smartphones.
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Acheter son frigo en ligne, une conséquence post-Covid
Pour comprendre ce bond, il faut revenir à 2020. Cette année-là, plus d’un million de ménages belges ont acheté des produits de grande consommation en ligne, soit 184 000 de plus qu’en 2019, même si l’e-commerce ne représentait encore que 2,4 % du secteur. Chez Carrefour, les ventes en ligne avaient plus que doublé en un an, avec jusqu’à 6 000 commandes par semaine pendant le premier confinement.
La pandémie n’a donc pas inventé les courses en ligne, mais elle a comprimé plusieurs années d’apprentissage en quelques mois. Créer un compte, enregistrer son adresse, choisir un créneau, accepter de laisser quelqu’un d’autre sélectionner ses tomates : autant de petits freins qui ont sauté d’un coup. Et une fois le geste appris, certaines utilisations sont restées.
Nous aimons toujours autant pousser notre Caddie
Le « +500 % » mérite toutefois une petite astérisque. Car il s’agit d’une croissance propre à Uber Eats à partir d’un service encore minuscule en 2020, et non d’une multiplication par six de l’ensemble des courses en ligne en Belgique. La plateforme ne précise d’ailleurs ni le volume total de commandes ni sa part de marché.
À l’échelle du pays, la progression est bien plus modérée : en 2024, environ 10 % des Belges avaient acheté de la nourriture ou des boissons en ligne au cours des trois mois précédents, un niveau proche de 2020. L’étude Comeos-Ipsos confirme d’ailleurs que, contrairement aux voyages, à la musique ou aux jeux vidéo, l’alimentation reste une catégorie très majoritairement achetée hors ligne.
Course de dépanne et nouveaux modes de vie
Pendant longtemps, les courses en ligne ont cherché à reproduire le « gros plein » hebdomadaire. C’est à dire un grand panier commandé à l’avance et livré sur créneau. Uber Eats et consorts ont permis d’introduire autre chose : la course de dépanne. Du lait oublié pour le petit-déjeuner aux couches à 21 heures jusqu’aux apéros improvisés.
Une évolution qui colle à nos modes de vie. En vingt ans, la proportion de personnes seules est passée de 39 à 45 % des ménages (selon Comeos), parallèlement à une hausse des achats en soirée, le dimanche et des passages plus fréquents en magasin. L’e-commerce belge dans son ensemble a, lui, progressé de 120 % en sept ans. Moins organisés autour d’un unique « jour des courses », on achète désormais davantage au fil de l’eau, selon le lieu où l’on se trouve, ce qu’il manque et le temps dispo.
Mais pour quitter un peu son cocon et recroiser l’espèce humaine, rien ne remplace encore une virée au supermarché. En espérant simplement que la personne devant vous dans la file utilise, elle, Uber Eats de temps en temps.
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