
On avait l’habitude de scruter la montée des marches de Clairefontaine, à l’affût de la dernière audace stylistique de Jules Koundé entre deux sacs Hermès. Un moment « fashion » attendu avec un sourire en coin. Mais soyons honnêtes, ce qui s’est passé au Maroc pour l’arrivée des équipes de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 a relégué officiellement le défilé des Yvelines au rang de promenade de santé.
Dès l’atterrissage à Rabat, Casablanca ou Marrakech, le message était clair : le football africain ne se joue plus uniquement sur le terrain, mais aussi dans l’image. De quoi nous offrir une véritable masterclass de soft power textile.
Et si vous adoptiez la surcompensation pour booster votre style cet hiver ?
Une Côte d’Ivoire impériale
À commencer par ceux qui ont littéralement cassé Internet ces dernières 76 heures. Les joueurs de la Côte d’Ivoire, champions d’Afrique en titre, ont troqué le survêt pour un pagne Kita, ce tissu noble héritier du peuple Akan, revisité dans une version trench-coat juste dingue. Derrière ce coup de génie ? Elie Kuame, designer ivoiro-libanais basé à Abidjan, qui a réussi le pari fou de mixer « prêt-à-couture » de luxe et identité nationale. Porté sur une base chemise-pantalon blanche immaculée, le look respire la confiance d’une équipe qui a déjà une étoile sur le maillot et qui compte bien la faire briller.
Le tarmac, nouveau runway ?
Oui, les aéroports marocains sont devenus des catwalks où on se la pète en « Made in Africa ». Fini le temps où l’on copiait les codes occidentaux. Aujourd’hui, on impose les siens. À l’image du Mali, où les Aigles ont atterri à Casablanca en Bogolan, un tissu de coton teint traditionnellement. Au menu ? Des tenues blanches superposées de manteaux tissés et de chapeaux assortis. C’est majestueux, ancré dans la terre, et surtout ça a une gueule folle. De quoi marquer le coup en pleine « Année de la culture » au pays.
Côté Bénin, les Guépards ont honoré le patrimoine Baatonu avec le Baru Bekuru, un tissage aux motifs complexes qui raconte une histoire un peu plus riche que de simples logos de sponsors. De son côté, le Burkina Faso était sapé par la marque locale Free Design d’Ahmed Ouedraogo. Au menu ? Tuniques rayées aux couleurs du drapeau national.
Quand streetwear et tradition se rencontrent
Là où la CAN 2025 devient fascinante, c’est dans sa capacité à fusionner les genres. La RDC (République Démocratique du Congo) a parfaitement capté l’air du temps grâce au créateur Alvin Junior Mak (label JmakxParis). Il a sculpté pour les Léopards des vestes aux motifs… léopard (logique), mais avec une coupe urbaine, produites localement par des artisans congolais. On est pile à l’intersection du streetwear parisien et de la sapologie kinoise.
Le Nigeria, habitué des « Best Dressed Lists » depuis sa tenue iconique du Mondial 2018, continue de livrer la marchandise. Les Super Eagles ont débarqué à Fès dans des ensembles traditionnels verts, brodés et ajustés au millimètre. C’est la définition même du « quiet luxury » à la nigériane : pas besoin d’en faire des tonnes quand la coupe est bonne.
Quand les marques mondiales s’incrustent
Face à un tel bouillonnement culturel, il fallait évidemment que les géants du lifestyle se ramènent. La hype était trop forte. Daily Paper a ainsi collaboré avec l’artiste pop-art marocain Hassan Hajjaj à Marrakech. Adidas s’est associé au label belge Arte Antwerp pour une collection capsule dédiée aux Lions de l’Atlas (le pays hôte).
Ne nous y trompons pas pour autant : si les marques occidentales veulent leur part du gâteau, les vraies stars, ce sont les créateurs locaux. Cette CAN prouve ainsi que la mode africaine n’est pas une « tendance » passagère pour magazines européens en mal d’exotisme. C’est une industrie puissante, créative, et prête à regarder le monde dans les yeux.
Alors oui, on est d’abord là pour le sport. Mais on peut dire que le spectacle a commencé bien avant le coup d’envoi. Et si la Côte d’Ivoire mène au tableau d’affichage du style, la compétition ne fait que commencer !
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