
Le ski n’est pas seulement une question de chrono, de vitesse de pointe, de virages à négocier et de médailles à conquérir. C’est aussi une question de mode. Si les athlètes des Jeux olympiques de Milan sont habillés de leur traditionnelle combinaison moulante et technique, la silhouette n’est pas la même pour Monsieur et Madame tout le monde dans les aires d’arrivée comme dans les gradins. Ils misent davantage sur des doudounes moelleuses et enveloppantes et des pantalons confortables. Tout cela sans négliger le style.
Les prémices des vêtements de ski remontent à la fin du XIXème siècle, période durant laquelle les sports d’hiver apparaissent, nous confie Régis Boulat, maître de conférences en histoire économique à l’Université de Haute-Alsace à Mulhouse. «Les sports d’hiver naissent du côté de la haute société britannique de l’époque, qui après avoir passé du temps à la montagne l’été, se met à découvrir les joies de la montagne en hiver. En Suisse, le secteur de l’hôtellerie a beaucoup investi pour construire des établissements aux dernières normes techniques. Il fallait donc les rentabiliser durant l’hiver». En parallèle, ces complexes proposent à la clientèle des activités comme la luge, un peu de patinage et le ski qui apparaît assez rapidement.
Les premiers vêtements de ski voient alors le jour et sont à l’image de ce qu’il se faisait dans la mode de la haute société européenne. Les hommes s’équipent d’épaisses vareuses en loden, de pantalons en draps de Bonneval, ainsi que de molletières en draps feutrés. Les femmes, quant à elles, skient en robes, appelées alors jupe courte, qui descendent jusqu’aux chevilles. Elles sont fabriquées à partir de draps, de laine, de jerseys…
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La haute-couture entre en piste
L’entre-deux guerres participe à l’évolution de la tenue de ski avec «le phénomène de la sportivisation des pratiques. Le ski cesse d’être uniquement un délassement mondain. Pour atteindre cette sportivisation, il y a la mise en place des remontées mécaniques pour descendre des pentes de plus en plus raides et partir de plus en plus haut. S’ajoute à cela le matériel avec les fixations, les bâtons… qui assure une meilleure skiabilité» détaille Régis Boulat. Côté mode, on assiste à plusieurs tendances : une influence du vestiaire masculin sur le vestiaire féminin et l’avènement du sportswear qui donne à la maille ses lettres de noblesse. «La jupe est toujours de mise chez les femmes même si elle disparaît progressivement au profit de la culotte.»
C’est au cours de l’entre-deux guerres que les marques de haute couture commencent à investir la mode des sports d’hiver avec la création de départements spécialement dédiés. Une stratégie bien étudiée avec un objectif précis : miser sur la notoriété des skieuses stars de l’époque pour populariser les créations. Hermès, Lanvin, Schiaparelli, mais surtout Jean Patou ont été les précurseurs de ce mouvement. «Jean Patou a par exemple été chercher Hilda Sturm, l’une des plus grandes skieuses de l’époque, pour populariser et présenter des collections à Saint-Maurice ou d’autres stations de ski à la mode. Le créateur est également le premier à afficher son monogramme à l’extérieur du vêtement.»
Le créateur Jean Patou a été chercher Hilda Sturm, l’une des plus grandes skieuses de l’époque, pour populariser et présenter des collections dans des stations de ski
L’anorak fait aussi son apparition. Il est alors appelé cagoule - rien à voir avec celles que l’on porte aujourd’hui pour tenir chaud à notre tête et nos petites oreilles. Celui de la première moitié du XXème siècle est doté d’une poche kangourou sur la poitrine et parfois d’une capuche. Le fuseau est quant à lui créé à la fin des années 1920/début des années 1930. D’abord taillé dans des draps un peu épais, il est fabriqué dans des matières élastiques et synthétiques après la Seconde Guerre mondiale.
Mais un autre vêtement rafle tout sur son passage et s’impose comme le vêtement des sports d’hiver par excellence : la doudoune. Régis Boulat nous confie que ses origines sont un peu floues. «On ne sait pas vraiment par qui elle a été inventée. Il y a à la fois les Américains, les Australiens, les Allemands ayant émigré aux Etats-Unis... Tout le monde peut revendiquer sa paternité, y compris les alpinistes qui partent à la conquête des sommets himalayens. Une marque française va toutefois réussir à tirer son épingle du jeu à partir des années 1950 : Moncler.»

Le cas Moncler
La griffe fait aujourd’hui partie intégrante des vêtements des sports d’hiver avec son alliance de chic et d’élégance et son logo immédiatement reconnaissable. Moncler est fondée en 1952 à Monestier-de-Clermont par René Ramillon. L’entrepreneur mise très vite sur une stratégie de communication bien huilée qui n’est pas sans rappeler celle des marques de haute couture dans les années 1920. «Moncler va utiliser les stars de l’époque pour se faire connaître, mais aussi surfer sur les succès de l’équipe de France. Leur doudoune est alors partout».
Après un coup de mou dans les années 1980 et 1990, Moncler se relance grâce à Remo Ruffini qui tire la marque vers le haut de gamme via des créateurs et des designers de luxe. Aujourd’hui, la marque s’impose comme un incontournable avec des campagnes de communication glamours. La dernière collection intitulée Grenoble met à l’honneur l’acteur Vincent Cassel ainsi que des stars du ski actuel avec le slalomeur brésilien Lucas Pinheiro Braathen et la snowboardeuse américaine Chloé Kim. «Ils ont bouclé la boucle il y a deux, trois ans en lançant le parfum Moncler comme le font toutes les grandes maisons de mode» glisse Régis Boulat.

À partir de la Seconde Guerre mondiale, les vêtements de ski n’ont cessé de gagner en technicité. «Les matières ont beaucoup évolué. Toute une recherche textile a été mise au point avec des tissus qui respirent, et capables de nous tenir au chaud. Il y a eu une co-construction entre la chimie et ses experts qui réfléchissent à la conception de nouvelles fibres et la mode.»
Dans l’imaginaire collectif, la tenue de ski est souvent associée à une combinaison fluo typique de la fin des années 1970 et début des années 1980. Une image d’épinal portée par le succès du film Les bronzés font du ski sorti en 1979. «La mode a alors encore changé. On a désormais un équipement intégral que l’on peut coordonner avec les bottes, le casque… Mais à bien y réfléchir, il est difficile de savoir si c’est la rue qui a influencé la mode des vêtements d’hiver ou l’inverse».
Cette période marque aussi l’avènement de la combinaison de ski. «On est dans une espèce de moment unisexe. Les morphologies sont différentes, mais il y a tout de même des éléments transposables. On ne verrait plus aujourd’hui des motifs imposants et des coloris fluos. Les vêtements sont relativement sobres, c’est même un peu triste dès fois» (rires). Le style est plus sage en 2026, mais le planté de bâton est toujours là.
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