
De Bruxelles à Londres, le monde est en train de se piquer au jeu. Pour comprendre ce séisme, on a discuté avec le comédien et humoriste belge Alex Vizorek. Tombé dans le bain tout petit, celui que l’on surnomme Wizard dans le milieu, est devenu commentateur passionné des Mondiaux pour RTL Belgium.
Selon lui, le virage « cool » des Darts ne s’est pas fait comme cela. Il s’agit d’une concoction lente venue d’outre-Manche il y a trente ans. Longtemps restée une curiosité télévisuelle réservée aux initiés branchés sur la BBC dix jours par an, la discipline a radicalement changé de recette sous l’impulsion d’un promoteur de boxe visionnaire.
En rachetant les droits pour créer la PDC (Professional Darts Corporation), sorte de « NBA des fléchettes », il a injecté les codes du grand spectacle dans le vieux jeu de pub : entrées des joueurs en musique (si possible de la pop-rock anglaise bien kitsch), déguisements excentriques et ambiance de festoche. Ici, le folklore compte autant, voire plus, que le triple 20. Un succès qui a d’abord séduit nos voisins néerlandophones, avant de finir par piquer la curiosité de tout le pays.
L’effet Luke Littler
Si le sport explose, c’est qu’il a trouvé son Messie. Il s’appelle Luke Littler. À 16 ans (lors de son éclosion), ce prodige anglais a ringardisé tous les clichés. « Avant, la plupart des joueurs ressemblaient plutôt à des darons, » s’amuse Alex Vizorek. « Littler est arrivé du haut de ses 16 ans… ça a redonné un engouement, y compris en Angleterre, où ils ont fait des audiences jamais vues ». Le business suit cette courbe exponentielle. Littler a récemment marqué l’histoire en empochant une prime record de 1 million de livres sterling en remportant le championnat du monde 2026.
Pour les néophytes, le but est de réduire son score initial de 501 à exactement zéro en lançant trois fléchettes par tour. On ne peut conclure une partie qu’en visant un « double » ou le centre de la cible. Les zones étroites (doubles et triples) permettent de multiplier les points et d’accélérer la chute du score.
« Game On » : Le show à l’américaine
Mais le succès des Darts ne tient pas qu’à la performance. C’est avant tout un spectacle total. « C’est festif, ça va vite, et les scénarios sont intenses », explique-t-il. « On y croise des banquiers de la City venus décompresser, déguisés en tubes de dentifrice. Les joueurs et joueuses montent sur du ‘Chase the Sun’ de Planet Funk ou du ‘Chelsea Dagger’ des Fratellis… ».
Résultat ? Une ambiance électrique, loin, très loin des tribunes silencieuses de Roland Garros. Et surtout une force unificatrice rare : « Il n’y a pas de patriotisme exacerbé… si tu aimes la fléchette, ‘stand up’ ». C’est l’activité sociale par excellence : « C’est un jeu joyeux. On joue entre potes, on se boit un verre, on se raconte la journée ». Et surtout, c’est hyper inclusif : « Il n’y a pas beaucoup de sports où en championnats du monde, vous avez un gamin de 18 ans, une légende de 71 ans, des femmes et des hommes qui s’affrontent (pensons à la star Fallon Sherrock). »
Bruxelles se pique au jeu
La capitale belge n’échappe pas à la tendance. Alex Vizorek, qui a fait ses armes en Division 4 bruxelloise au club « Le Montmartre » (Place de la Petite Suisse), voit d’un bon œil l’arrivée de nouveaux spots d’entraînement. « Place Jourdan, un nouveau concept calqué sur le bowling vient de débarquer. C’est-à-dire que vous payez votre cible et il y a des compteurs automatiques. Donc, pour commencer, c’est plus facile. Après, les vrais joueurs de fléchettes vont trouver que c’est un peu commercial et qu’en fait, on n’est pas censé payer sa cible. Mais c’est bien fait, c’est joli ».
Pas qu’un « jeu de poivrot »
Forcément, on a demandé à Alex Vizorek la question qui agite tous les comptoirs : les Darts, sport ou pas ? Et à l’humoriste de plier le game avec un tour de passe-passe dont il a le secret : « Ça a les caractéristiques d’un jeu avec l’intensité d’un sport ». Pour espérer quitter le rang d’amateur, pas de miracle, seule la répétition compte. Le secret d’un throw chirurgical ? « Il faut bouger le moins possible de parties du corps… si le coude reste fixe, c’est encore mieux. »
Loin de l’image du pilier de bar, le sport se professionnalise avec des académies en Flandre ou en Hollande où les enfants s’entraînent le mercredi après-midi. Alex, lui, garde sa cible à portée de main : « Le soir, quand j’écris mes chroniques, toutes les 45 minutes, je me lève et lance quelques flèches ». En attendant le jour de son entrée en scène, il imagine déjà son hymne : « Un truc belge et fun, genre Torremolinos ou le Grand Jojo, pour mettre la Belgique en valeur ».
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