Comment la série Magnum a rendu Ferrari cool

Comment la série Magnum a rendu Ferrari cool

Non, Ferrari n’a pas toujours été cool. Marque de rêve, marque de prestige, et surtout marque à l’éternel parfum de compétition, oui. Mais cool ? Non, pas avant 1976 et le lancement d’un modèle précis. Et surtout pas avant qu’un grand moustachu se balade au volant dudit modèle !

Vous ne le saviez peut-être pas, mais le légendaire Enzo Ferrari était une sacrée tête de mule, bourré de principes et de préjugés sur ce que devait être une voiture de sport. Et s’il accepta quelques concessions dès les années 1960-70 pour les voitures de course, par soif de victoires, il resta plus longtemps inflexible concernant les automobiles vendues au gotha et aux stars du show-business. Une seule recette était acceptable : un moteur V12, placé à l’avant de la voiture. Rassurez-vous, nous en avons déjà bientôt fini avec les références techniques…

Salon de Paris, 1975

Nous voici au milieu des seventies et les visiteurs du Salon de Paris vont faire connaissance avec une petite révolution copernicienne. Ferrari dévoile la 308 GTB, celle qui deviendra la Ferrari emblématique pour le grand public. En quoi est-elle une révolution pour Ferrari ? Parce qu’elle réunit deux éléments qu’Enzo avait jusque-là refusé de signer de sa marque : un moteur au centre de la voiture, derrière les occupants, et un V8. Et juste pour que les connaisseurs ne nous écrivent pas pour nous corriger : oui, il y avait déjà eu une Ferrari à moteur central dès 1972, la très confidentielle 365 GT4 BB, avec 12 cylindres. Et, non, les 206 et 246, avec V6 central, n’étaient pas des Ferrari, mais des Dino, marque spécifiquement créée par Enzo pour tester ces mécaniques qu’il n’estimait pas assez nobles pour Ferrari. Une tête de mule, on vous dit !

Comment la série Magnum a rendu Ferrari cool
La 308, la plus abordable des Ferrari et l’une des plus emblématiques.

La 308 fait donc sensation. Elle est belle, sportive, toute en courbes, et accessoirement, c’est la Ferrari la plus abordable jamais produite. Elle a absolument tout pour plaire, pourtant son démarrage commercial reste discret, peut-être parce que les clients traditionnels de la marque sont eux-aussi un peu surpris par toutes ces audaces techniques. Le modèle voit sa popularité croître sensiblement quand arrive la GTS, pour Gran Turismo Scoperta. C’est la fameuse version targa, avec le panneau de toit amovible. Les riches clients adorent, particulièrement sur le marché américain. La 308 est donc partie pour être une Ferrari «comme les autres», qui connaîtra une carrière similaire à celle de ses devancières. Mais le destin de la belle italienne va prendre une autre tournure au soir du 11 décembre 1980…

Robin 1

Ce soir-là, la chaine américaine CBS diffuse le premier épisode d’une nouvelle série qui met en scène un détective privé de Hawaï. Pas le genre de détective habituel, visage épuisé par les planques, les clopes et le whisky, pas habillé d’un vieil imper et d’un chapeau informe. Le gars est grand, athlétique, il a toujours la banane et il passe ses journées en short, chemise à fleurs et casquette de base-ball. Vous avez reconnu le génial Thomas Magnum, interprété par le non moins célèbre Tom Selleck. Magnum devient immédiatement un archétype de la coolitude. Par son physique de rêve, sa dégaine et son attitude décontractée… et sa moustache, évidemment !

Comment la série Magnum a rendu Ferrari cool - CBS/Photofest
Tom «Magnum» Selleck au volant de sa 308 - CBS/Photofest

Magnum est le Midas de la coolitude : tout ce qu’il touche devient cool. S’il avait roulé en Solex, le Solex serait encore plus culte. S’il avait conduit un break Volvo, les petits garçons en auraient collé sur les murs de leur chambre. S’il avait arpenté Hawaï en Fiat Multipla… Non, n’exagérons rien… Bref, c’est la Ferrari 308 GTS rouge, immatriculée «Robin 1» (du nom de Robin Masters, son bienfaiteur, mystérieux auteur de best-sellers) qu’il avait choisie pour arpenter son île paradisiaque. Et nous sommes tous d’accord pour dire que Magnum n’était pas plus cool grâce à Ferrari. C’est le contraire !

Icône populaire

Est-ce ainsi qu’explosèrent les ventes de la 308 ? On aimerait le croire, mais non. À en croire les chiffres officiels, les ventes du modèle sont restées stables l’année du lancement de la série, et ont gentiment décliné jusqu’en 1985, dernière année de la carrière de la 308. Il n’en reste pas moins que Ferrari n’avait jamais vendu autant d’exemplaires d’un modèle avant cela : plus de 3 000 ! C’est comme un plafond de verre qui a explosé, et il n’est pas insensé de croire que le sympathique moustachu y est pour quelque chose. Avant, la clientèle Ferrari était, nous l’avons dit, un mix de businessmen, de stars et d’aristocrates gentlemen drivers. En voyant une Ferrari conduite nonchalamment par un mec en short, baskets, casquette, c’est une toute nouvelle clientèle qui s’est subitement vue au volant d’une Ferrari. Ou en tout cas de cette Ferrari-là, un modèle relativement abordable, qu’une apparition dans une série avait éloigné de l’image élitiste de la marque. La 308 est bien l’icône populaire de Ferrari. Dévoilée en 1975, lancée en 1976, elle est comme beaucoup de quinquas de notre époque : toujours aussi sexy ! 

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