Une célèbre marque parisienne s’installe pour la première fois à Bruxelles - C’est officiel : le 20 mai prochain, l’avenue Louise prendra un accent parisien. - Camille Vernin

Une célèbre marque parisienne s’installe pour la première fois à Bruxelles

Balzac Paris confirme l’attractivité d’une capitale belge devenue le nouveau terrain de jeu favori des marques françaises. Rencontre avec sa fondatrice, Chrysoline de Gastines.
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Le 20 mai, Balzac Paris ouvre sa première boutique à l’international, au 90 avenue Louise. Un pas de plus pour une marque née en ligne, qui n’avait pas, au départ, l’ambition de devenir ce qu’elle est aujourd’hui, et qui vient de s’offrir un écrin de 250 m² dans l’une des artères les plus stratégiques de la capitale. Un signe aussi : celui d’un mouvement plus large, où Bruxelles s’impose progressivement comme une nouvelle escale pour les labels français.

Une marque née sans plan tout tracé

Quand on rencontre Chrysoline de Gastines — arrivée de Lille pour l’occasion — elle est, sans surprise, en Balzac de la tête aux pieds. Col montant smocké, jupe façon jupon : les signatures sont là. Un look tout droit sorti de la dernière collection. Celui que les Bruxelloises (et les autres) pourront bientôt voir de près, essayer, toucher, dans la nouvelle boutique qui s’apprête à voir le jour à quelques rues de là.

Lorsqu’on l’interroge sur sa marque, la businesswoman lilloise d’origine et parisienne d’adoption ne déroule pas un discours tout prêt. La créatrice raconte plutôt d’une voix calme et sereine, la construction progressive, presque intuitive de sa marque. « On a commencé en 2014 avec des sweatshirts littéraires en ligne. On faisait tout nous-mêmes », explique-t-elle . Douze ans plus tard, la marque s’est structurée, mais sans perdre cette idée de départ : un vestiaire qu’on reconnaît tout de suite, mais qui ne tourne jamais en boucle. 

L’esprit « tradi-barje »

Le fameux « tradi-barje » — mot spécialement inventé pour décrire la patte de la marque — résume bien cette tension. « C’est la parfaite alliance entre le vêtement bien fait, bien coupé, et ce petit twist qui fait qu’on déconnes un peu », précise la fondatrice. Une veste de tailleur avec des franges, des motifs floraux luxuriant, des cols travaillés : chez Balzac, les pièces sont faites pour durer, mais toujours avec ce petit décalage qui empêche de rentrer dans le rang. La pièce totem ? Le pull Idole, mélange audacieux de léopard sur le torse et de rayures sur les manches

Bruxelles, première étape à l’international

Ce qui frappe, c’est le choix de Bruxelles pour cette première ouverture hors de France. Pas Londres, pas New York. Bruxelles. « C’est notre première boutique à l’international, donc forcément, c’est un événement », insiste Chrysoline de Gastines . Mais derrière ce choix, rien de romantique, plutôt du concret. « Le retail, c’est une question d’opportunité. Nous, on voulait l’avenue Louise. Et l’opportunité s’est présentée ».

L’avenue Louise, au-delà de la visibilité, c’est : une même typologie de clientes, des mêmes réflexes d’achat, et des mêmes marques dans le paysage. Balzac s’installe à deux pas de Sessùn et Soeur, dans un tronçon où les silhouettes sont déjà dans le même registre. 

Une célèbre marque parisienne s’installe pour la première fois à Bruxelles - D.R. - Camille Vernin
Boutique Balzac. - D.R.
Une célèbre marque parisienne s’installe pour la première fois à Bruxelles - D.R. - Camille Vernin
Boutique Balzac - D.R.

Et puis il y a le terrain déjà balisé. Balzac vend déjà aux Belges depuis des années, avec des clientes qui commandent en ligne et connaissent bien les pièces. « On a déjà une communauté belge assez forte », souligne-t-elle. Ainsi, lorsque la boutique ouvre, elle ne part pas de zéro. Elle matérialise seulement quelque chose qui existait déjà. Une proximité nourrie par des collaborations avec des icônes locales comme l’influenceuse Bonjour Georges ou la marque Paolina Clothes. 

Une ville plus libre, moins lissée

Au-delà de l’aspect business, il y a aussi une question de feeling. Et là-dessus, Chrysoline de Gastines ne tourne pas autour du pot : « À Bruxelles, il y a une vraie liberté dans la manière de s’habiller. C’est moins lissé que dans d’autres villes », dit-elle. Une observation qui colle assez bien à l’image de la capitale belge : moins normative, plus ouverte, parfois plus imprévisible.

Ce rapport à la liberté se retrouve aussi dans l’approche esthétique de la boutique, conçue avec le cabinet RMGB. Les codes Balzac — rayures, boiseries, léopard — ont été conservés, mais retravaillés pour dialoguer avec l’environnement local. L’ensemble joue sur un mélange entre références haussmanniennes et influences Art déco, très présentes à Bruxelles.

Pourquoi Bruxelles attire autant de marques françaises

Balzac n’est pas un cas isolé. Ces dernières années, Sézane, Octobre, Ami Paris, Jimmy Fairly ou encore Aroma-Zone — pour ne citer qu’eux —, ont tous posé leurs valises à Bruxelles. Rien de très mystérieux là-dedans en réalité. D’abord, la proximité. « On parle la même langue, on a des sensibilités culturelles proches », résume Chrysoline de Gastines. Pas besoin de tout réexpliquer, ni de tout adapter : les codes circulent facilement.

Puis il y a le mode de vie. Bruxelles coche beaucoup de cases : une ville dense, vivante, avec une clientèle qui consomme, qui connaît les marques, mais sans le niveau de saturation qu’on retrouve à Paris ou Londres. C’est aussi, très concrètement, un bon terrain de jeu. Une ville assez grande pour compter, mais encore assez accessible pour tester, ajuster et comprendre. Avant d’aller se frotter à des marchés plus lourds comme Londres ou les États-Unis — déjà dans le viseur de la marque — Bruxelles permet de faire un premier pas, sans se brûler les ailes dès le départ.

Une célèbre marque parisienne s’installe pour la première fois à Bruxelles - D.R. - Camille Vernin
Chrysoline de Gastines, fondatrice de Balzac Paris. - D.R.

Le retour du retail : le besoin de toucher

Ce qui se joue ici va d’ailleurs au-delà de la simple ouverture. Balzac reste une marque très digitale (plus de 60 % de son chiffre d’affaires vient de l’e-commerce), mais le passage au physique n’a rien d’anecdotique. « Une boutique, c’est plus qu’un point de vente. C’est un lieu de vie, un lieu de rendez-vous », explique Chrysoline de Gastines. En boutique, les « ambassadeurs » peuvent raconter la certification B Corp et la traçabilité du coton.

Et dans le cas de Balzac, ça fait totalement sens. La marque revendique des matières sourcées, une certaine exigence de fabrication, un discours sur la durabilité. Tout ce qui, justement, se vérifie difficilement derrière un écran. Le physique devient presque une preuve.

Face à l’impossibilité de rivaliser sur les prix, l’expérience physique devient l’ultime rempart : l’échec des boutiques physiques Shein en est le plus flagrant exemple : si le virtuel nourrit le fantasme, le réel, lui, ne pardonne pas. En attirant des foules de curieux repartis les mains vides face à la pauvreté des matières enfin démasquées, la marque a démontré que le toucher est un juge impitoyable. Pour les enseignes de qualité, la boutique n’est plus un simple luxe, mais la preuve tangible qui justifie leur valeur face aux marques de fast-fashion.

Une expansion sans grand discours

Bruxelles n’est qu’un prélude : Londres et New York figurent déjà sur la feuille de route. Pourtant, chez Balzac, on refuse les plans décennaux figés. « Les projections à long terme sont complexes. Remplir nos objectifs à trois ans serait déjà une victoire », tempère Chrysoline de Gastines.

Une manière de rappeler que derrière l’image lisse des marques, il y a surtout des décisions opportunistes, des ajustements permanents, et une réalité beaucoup plus mouvante qu’elle n’y paraît. Au fond, l’ouverture de Balzac à Bruxelles raconte autant l’histoire d’une marque que celle d’une ville. Une capitale qui, sous ses airs de ne pas y toucher, devient peu à peu un point de passage obligé.

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