La styliste d’Emily in Paris nous livre les secrets de son dressing
Marilyn Fitoussi, la costumière d’« Emily in Paris », a récemment sorti un livre compilant les meilleurs looks de la série. L’occasion de revenir sur le travail de cette passionnée du vêtement.
ParCora Delacroix,
PhotoNetflix
Dans la série culte de Netflix « Emily in Paris », la mode prend de la place. Beaucoup de place. Déjà parce que son héroïne, l’Américaine Emily Cooper (Lily Collins) travaille dans une agence de marketing de luxe dans la capitale française. Ensuite, parce que chaque sortie d’épisode constitue un rendez-vous pour les fans en la matière. Il faut dire que la série signée Darren Star (célèbre showrunner à qui l’on doit « Sex and the City ») a fait exploser, ces dernières années, l’influence du petit écran dans le business de la mode -petit écran qui permet aux marques de booster leurs ventes. Derrière les looks savamment orchestrés ? La costumière Marilyn Fitoussi, présente dès les débuts de la série en 2020 et autrice du beau livre « Emily in Paris : The Fashion Guide » (éd. Assouline).
Emily in Paris. Costume Designer Marylin Fitoussi. - STEPHANIE BRANCHU/NETFLIX
Comment est née l’idée de ce livre ?
Je la dois à Prosper Assouline (fondateur, avec Martine Assouline de la maison d’édition). Il adore la série et s’est dit qu’il fallait absolument laisser une trace de cet ovni. J’ai évidemment été flattée puis, rapidement, je me suis laissée emporter par une fabuleuse énergie. On a fait une sélection d’images, on a refait des sessions photos, on a mis en avant des détails que l’on ne voit pas forcément à l’écran… C’est un petit cadeau pour les fans.
« Emily in Paris : The Fashion Guide » - Editions Assouline
Comment avez-vous été recrutée pour travailler sur la série ?
Par hasard ! Je travaillais sur le film « Kaamelott », avec des costumes très atypiques revisitant le Moyen Âge. Une personne de la production est passée sur le tournage, a vu mon travail et a suggéré mon nom. Ils cherchaient quelqu’un ayant travaillé avec les États-Unis et qui pouvait avoir un style compatible avec Darren Star, qui aime les comédies musicales, les comédies romantiques et les costumes joyeux. J’ai eu la chance de passer mon casting avec la mythique costumière Patricia Field (qui a travaillé sur Sex and the City). Le courant est immédiatement passé. On aime toutes les deux le vintage, la couleur, les imprimés, l’overdress… Je n’ai pas eu à jouer un rôle.
Au début, vous avez eu du mal à vous faire prêter des vêtements par les marques de mode…
En effet, très peu ont répondu présent. Nous avons sollicité les maisons, mais personne ne nous connaissait, et on était en plein mois d’août. Nous avons donc travaillé avec ce que j’aime le plus : du vintage, de la seconde main, des pièces trouvées sur des plateformes de revente. Après le succès de la première puis de la deuxième saison, les choses ont changé. Les marques ont vu les chiffres et les pièces portées par Lily Collins épuisées en quelques heures… Et elles ont commencé à s’intéresser à nous !
C’est quoi, un look qui fonctionne à l’écran ?
Les imprimés et les couleurs fortes fonctionnent très bien, mais il n’existe pas de recette magique. Lorsque je me dis que tel look deviendra iconique, ce n’est pas nécessairement le cas. En revanche, j’étais à peu près certaine que l’ensemble beige doté de gros pois de la marque Stine Goya (qu’Emily porte à Venise, saison 5), allait fonctionner. Et certains looks ont du succès dans un pays et pas dans un autre. Par exemple, le tailleur Galliano gris des années 1990 a eu particulièrement du succès auprès du public français, et moins en Inde. C’est très aléatoire.
Pourquoi le style d’Emily Cooper agace-t-il certains ?
Peut-être parce qu’elle n’est pas comme la Parisienne avec son éternel blazer marine, son T-shirt blanc et son trench. La femme parisienne, ou l’idée que l’on se fait d’elle, déteste le mot overdress (trop habillée, apprêtée) alors que moi, je l’adore. Le style d’Emily est unapologetic, un mot difficilement traduisible en français – en gros, elle ne s’excuse pas. Je veux absolument garder cette touche un peu irrévérencieuse. Et j’ai envie de continuer à ce que les yeux saignent et que les mâchoires grincent (rires). On aime ou pas, mais on ne s’ennuie pas !
Concrètement, comment préparez-vous les tenues des personnages ?
J’ai six semaines de préparation, voire huit car le show est devenu assez tentaculaire. Je crée d’abord des « bibliothèques de styles » pour anticiper toutes les situations : au bureau, lors d’un dîner… Ensuite viennent les essayages avec environ 80 looks pour Lily Collins. Une fois qu’on a reçu les scénarios, on réfléchit à quelle tenue irait avec quelle scène. Tout se fait toujours en accord avec les comédiens. On construit des personnages et une dramaturgie avec les vêtements.
Où trouvez-vous l’inspiration ?
En fouillant dans des pièces d’archives, beaucoup sur la plateforme en ligne Pinterest, dans des livres photos, en allant voir des expositions, dans des boutiques vintage… Je regarde évidemment aussi les podiums des fashion weeks dans les différents pays. Je suis aussi en contact avec beaucoup de jeunes designers. C’est primordial de mettre en lumière la jeune création.
D’où vient votre passion pour les vêtements ?
J’ai toujours aimé le vintage et l’histoire des vêtements. Ma mère était couturière et je l’ai toujours vue en fabriquer. Ma grand-mère, elle, avait un grenier et avait gardé tous ses vêtements, qui étaient très humbles. On n’avait pas de carrés Hermès ou de tailleurs Bar de Dior ! Et j’ai toujours été un peu décalée : quand j’étais ado, j’allais au collège habillée avec des tailleurs années 1950, en stiletto et une coiffure à la Simone Signoret dans Casque d’Or. Tout le monde était en jean ; je n’en ai jamais porté de ma vie, tout comme les paires de baskets !
Qui sont vos icônes de mode ?
Je suis impressionnée par le charisme de l’actrice Tilda Swinton. Je l’ai croisée une fois au musée Galliera, à Paris. Elle portait un magnifique long manteau marine et cintré, un peu à la façon du personnage de BD Corto Maltese. Je dirais aussi Nancy Cunard ou Sophia Loren. Elles font partie de ces femmes qui ont créé leur style et avaient une classe folle, sans suivre les tendances. Mon conseil ? Porter ce qui nous fait plaisir. La mode, c’est joyeux. Et on peut faire ça sérieusement mais tout en s’amusant !
Découvrez en vidéo notre décryptage du style Audrey Hepburn :
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