
Dans les années 1980, la mode fait sa révolution. Entre les grands noms de la haute couture et le prêt-à-porter, se glisse une nouvelle génération de créateurs. En redéfinissant les codes vestimentaires, affirmant leurs personnalités, ces talents réinventent notre garde-robe : ils se nomment Jean-Paul Gaultier, Thierry Mugler, Claude Montana, Azzedine Alaïa, Kenzo Takada, John Galliano, Stephen Sprouse… La vague punk anglo-saxonne déferle sur l’Europe. La haute couture commence à dépoussiérer son vestiaire avec la nomination de Karl Lagerfeld chez Chanel. De nouveaux noms émergent comme Donna Karan, Christian Lacroix ou Gianni Versace.
À Bruxelles, c’est dans cette période très propice que la rue Dansaert débute sa requalification. Elle n’aurait pas existé sans Sonja Noël et son esprit visionnaire, qui a transformé un quartier de Bruxelles en lui donnant une nouvelle impulsion. Lorsqu’elle y a ouvert sa première boutique Stijl – nom emprunté au mouvement artistique néerlandais, lié au Bauhaus - c’était une artère mal famée et peuplée de bistrots louches. Son premier défilé s’est improvisé sur le trottoir le 27 septembre 1984. Stijl présente d’abord des créateurs français et suisses avant d’accueillir dans son écurie les fameux Six d’Anvers (Walter Van Beirendonck, Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs et Marina Yee), auxquels on associe aussi Martin Margiela et Véronique Branquinho. Ces anciens élèves de l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers ont fait de leur ville, la capitale belge de la mode. En 1986, ils déboulent à Londres, avec un défilé collectif – et leurs noms imprononçables pour des Anglo-Saxons - avant de partir à la conquête de Paris, l’année suivante. Ils s’expriment comme des artistes, brouillant les pistes entre féminin et masculin.
Un quartier en mutation
La sélection très pointue de Stijl a entraîné l’implantation de marques plus démocratiques et populaires. Dans cette artère se succèdent aujourd’hui, les marques les plus plébiscitées : Cotélac, American Vintage, ba&sh, Essentiel Antwerp, COS, un outlet APC… Et tout dernièrement le pop-up Sézane, installé jusqu’en mars 2026. Sonja Noël avait aussi soutenu la structure de Modo Bruxellae, une organisation dédiée aux jeunes talents de la mode à Bruxelles, précurseuse de l’actuel MAD (Centre de la mode et du Design), situé sur une place voisine, et toujours engagé dans la promotion de la mode durable et le soutien aux jeunes créateurs, dans le cadre d’expositions, en mettant à disposition des ateliers et aides temporaires.

Depuis quelques années, la rue Dansaert, accueille des boutiques de design comme La Fabrika, dans son plus bel ensemble de style haussmannien. Cette enseigne multimarques existait auparavant dans la partie basse de rue. La firme italienne Kartell a été remplacée par l’enseigne scandinave Bolia, à l’angle de la rue des Chartreux, qui accueille aussi la boutique Diito. Dans le tronçon s’approchant du canal, on peut aussi trouver une boutique de bijoux contemporains et, plus récemment, s’est installé le pâtissier portugais en vogue Forcado… Après la place de Hat Shoes, magasin proposant les plus belles chaussures de Bruxelles, une boutique d’accessoires, parfum et beauté, dédiée au styliste Dries Van Noten, est, depuis peu ouverte.
Du côté de la rue de Flandre, la boutique Martin Margiela a fermé, en 2020, pour être remplacée par la librairie Saint-Martin Booshop. Les commerces très hétéroclites du tronçon de la rue Dansaert, situé après le MAD, rejoignant le canal, ne ressemblent en rien à ses premières boutiques plus élitistes. La place du Nouveau Marché aux Grains trace une sorte de limite entre de deux univers. Les influences mode et design se déversent, de part et d’autre, dans la rue des Chartreux ou Léon Lepage. Le long du canal, le quai des Charbonnages semble plus apte à évoluer : il accueille déjà des entreprises de design responsable. Et avec l’ouverture du prochain musée Kanal, qui s’entoure déjà de nombreuses galeries d’art, les trois pôles de la création – mode, art et design - vont-ils fusionner ? La réponse, fin 2026.
Un concept plus qu’une boutique.
Cette enseigne, qui a façonné la rue de la mode, à Bruxelles, a aussi évolué au fil du temps. En 1994, Stijl s’agrandit et déménage du 26 au 74, de la même rue, emplacement actuel du magasin, où les univers femme et homme, se sont d’abord unis avant de se séparer, en 2014. Il faut aussi noter, la création des boutiques Underwear et de mode pour enfants Kat, 32, rue Dansaert, rebaptisé Kat en Muis, et situé aujourd’hui rue du Vieux Marché aux Grains.

Aujourd’hui chez Stijl, la philosophie n’a pas changé, pas de marques aux logos voyants mais une identité de vrais créateurs s’exprimant à travers la coupe, la couleur et le choix du tissu, tels Rick Owens et Raf Simons. On continue à présenter des créations d’avant-garde belges comme celles de Marie Adam-Leenaerdt, ex-élève de La Cambre, dont les vêtements et accessoires dénotent de réelles innovations techniques et esthétiques. Et l’on valorise toujours la qualité de la fabrication artisanale, la durabilité des vêtements intemporels qui se moquent des fluctuations des tendances, avec des silhouettes à adopter dans toutes les occasions.
40 + Years of Stijl, Musée de la Mode et de la Dentelle de Bruxelles, jusqu’au 11 janvier 2026 fashionandlacemuseum.brussels
Découvrez en vidéo le sapin de Noël de la Grand-Place de Bruxelles signé Jean-Paul Lespagnard :
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