Travail : êtes-vous en « rust-out » sans même le savoir ? - Votre boulot ne vous épuise pas, il vous rouille : bienvenue dans le « rust-out ». - Camille Vernin

Travail : êtes-vous en « rust-out » sans même le savoir ?

Vous n’êtes pas spécialement débordé, votre chef ne vous harcèle pas, votre salaire tombe rubis sur ongle à la fin du mois. Sur le papier, tout va pour le mieux. Sauf que vous vous ennuyez ferme. Et si vous souffriez de « rust-out » ?
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Il n’est pas encore midi que vous avez déjà répondu à vos mails, assisté à une réunion dont personne n’a vraiment compris l’utilité et reparcouru trois fois votre boîte mail dans l’espoir qu’il s’y passe enfin quelque chose. Vous avez du travail, certes, mais rien qui mobilise vraiment la connexion de plus de deux neurones à la fois. Et pourtant, à 16h, vous voilà lessivé.

« Rust-out » signifie littéralement « rouiller de l’intérieur ». À l’inverse du burn-out, provoqué par une fatigue physique, mentale et émotionnelle intense causée par un stress professionnel, le rust-out désigne une usure liée au manque de stimulation, de challenges intellectuels et de perspectives. Au lieu de crouler sous le travail, on dépérit à petit feu. Le phénomène prend une telle ampleur que l’American Psychological Association (APA) y a même consacré une enquête en septembre 2026.

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Trop de travail ou pas assez de sens ?

Évidemment, l’ennui ponctuel fait partie de n’importe quel job, même le plus passionnant. Ce qui distingue le rust-out, c’est sa persistance et le sentiment de stagnation qui l’accompagne. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne concerne d’ailleurs pas que les salariés qui manquent de travail. Répéter les mêmes tâches, remplir des tableaux dont personne ne consulte les résultats, enchaîner des réunions sans jamais prendre de décision… On peut tout à fait avoir un agenda saturé et s’ennuyer profondément.

« C’est davantage le symptôme d’activités professionnelles qui manquent de sens », explique Lotta Harju, chercheuse en comportement organisationnel à l’EM Lyon Business School, dans l’enquête de l’APA. Ce n’est plus la quantité de travail qui pose problème, mais ce qu’il nous apporte, ou plutôt ce qu’il ne nous apporte plus.

Les signes qui doivent mettre la puce à l’oreille

Vous procrastinez sur des tâches simples, perdez facilement le fil, consultez compulsivement votre téléphone ou avez l’impression de fonctionner en pilote automatique. Les journées commencent à s’étirer pendant que la motivation s’effrite et qu’une fatigue dont on ignore l’origine s’installe. Alors même que vous n’avez pas l’impression d’avoir fourni un effort considérable.

Le plus pervers, c’est que rien ne se voit forcément de l’extérieur. Les chercheurs ont justement souligné cette particularité : une personne peut être parfaitement compétente et productive tout en éprouvant un profond sentiment d’insatisfaction professionnelle. Performance ne rime pas forcément avec bien-être. Conséquence ? Au-delà de la simple démotivation, une détérioration du bien-être psychologique, des difficultés de concentration ou une augmentation du stress.

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Avant de s’autodiagnostiquer, précisons que le rust-out n’est pas une maladie officiellement reconnue, ni un diagnostic médical. D’ailleurs, le phénomène n’a rien de nouveau. Le concept se rapproche d’ailleurs fortement du bore-out, popularisé dans les années 2000. Les deux termes sont d’ailleurs souvent employés comme synonymes dans la littérature scientifique.

Le rust-out insiste toutefois, dans certains travaux, sur cette impression de rouiller intellectuellement, de voir ses capacités s’émousser faute de les exercer. Reste qu’un travail routinier n’est pas nécessairement un mauvais travail. Certaines personnes trouvent un équilibre parfaitement satisfaisant dans des missions prévisibles, et tout le monde n’a pas besoin d’être intellectuellement transporté huit heures par jour. Le problème apparaît surtout lorsque le décalage entre les compétences, les aspirations et la réalité du poste devient une source durable de souffrance.

Comment éviter de rouiller ?

En démissionnant pour ouvrir une maison d’hôtes dans les Pouilles, tout simplement. Ou alors, en identifiant précisément ce qui coince. Est-ce le caractère répétitif des tâches ? Est-ce le manque d’autonome ? L’absence de perspectives ? Ou le sentiment que votre travail ne sert à rien ?

Selon les spécialistes interrogés par l’APA, retrouver une marge de manœuvre peut déjà faire une différence. Demander à participer à un nouveau projet, développer une compétence, diversifier ses missions ou discuter franchement de ses aspirations sont autant de pistes. À condition, évidemment, que l’entreprise laisse de la place à ces initiatives. Pas toujours gagné. Et si la lassitude persiste, s’accompagne d’une souffrance importante ou déborde sur la vie personnelle, mieux vaut en parler à un professionnel de santé.

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