Le VR au cinéma : la tendance à venir sur nos écrans ?

Timidement apparue sur nos écrans courant des années 2010, la réalité virtuelle a révolutionné notre vision du monde. Au cinéma, bien que discrète, elle entend se révéler davantage. Rencontre avec le réalisateur Marc-Henri Wajnberg, nominé à la prochaine Mostra de Venise début septembre, pour comprendre davantage comment elle révolutionne le septième art. 

Par Perrine Dor. Photo : Unsplash. |

La décennie 2020, celle du VR ?

Apparue dans les années 70, la réalité virtuelle ou « VR » comme on dit dans le jargon, a surtout débuté dans le secteur des jeux vidéo pour peu à peu séduire le monde de l’évènementiel et plus récemment celui du cinéma. Ce dernier notamment y a vu l’opportunité de se renouveler. Toutefois, loin de ne faire que des émules, il a de quoi diviser aussi : certains lui reprochent d’enfermer le spectateur dans une bulle et de ne plus lui laisser le loisir de « partager » un vrai moment de cinéma. Et pourtant, malgré cela, en ce début de décennie, la tendance de la réalité virtuelle semble bel et bien en route !
En effet, les réalisateurs ne cessent d’user du concept pour nous proposer des animations et autres filmographies surprenantes. Encore à ses balbutiements, de nombreux concepts sont lancés afin de faire découvrir ce format du moins original qui change du cinéma traditionnel. 

La Mostra de Venise 2020 : la part belle à la VR

Plusieurs réalisateurs se sont lancés dans l’aventure de la VR cette année au Venice VR Expanded de la Mostra de Venise, un des plus prestigieux festivals sur le sujet. Dans le registre de l’animation, la réalisatrice Fabienne Giezendanner  propose un  film immersif « Dreamin’Zone » : un voyage dans l’espace et dans le temps. Le réalisateur belge, Marc-Henri Wajnberg, quant à lui, surprend le spectateur avec une fiction pédagogique autour de l’Afrique : « Kinshasa Now ». Du documentaire au film d’animation, en format court ou très long d’une vingtaine de minutes, tout le monde ou presque semble désormais conquis par cette nouvelle manière de regarder un film. 

Des initiatives en tout genre

Du festival aux salles de cinéma, un secteur entier s’approprie le concept. Récemment l’entreprise française Cinemur a lancé sur le marché une application, CineVR,  qui n’est autre qu’une salle de cinéma en réalité virtuelle. En ce contexte de crise, c’est le cinéma qui se déplace dorénavant jusqu’à vous. A l’inverse, Samsung, un des premiers à s’être lancé sur le sujet,  a décidé de laisser tomber cette technologie et fermera sa plateforme XR, délivrant du contenu en format 360° entre autres, le 30 septembre prochain. Loué par certains, blâmé par d’autres, on peine à percer l’utilité d’une technologie telle que celle-ci.  

Une technologie complexe

Pour Marc-Henri Wajnberg,  professionnel et utilisateur de cette technologie dans son dernier film « Kinshasa Now », « la VR est surtout une façon différente de faire du cinéma en plus de la manière traditionnelle qui va se maintenir ». Il attire l’attention sur le fait qu’il s’agit « d’une technologie  sophistiquée et contraignante ». Ses principaux inconvénients concernent non seulement la réalisation, mais aussi la post-production.

D’une part, les contraintes techniques sont nombreuses : "En VR, la caméra doit rester fixe sinon cela crée un malaise pour le spectateur qui enfile le casque. Durant le tournage, la caméra doit donc être placée à un endroit jugé comme le meilleur emplacement pour la prise de vue. Une fois que le réalisateur a mis sa séquence en place, il doit se cacher pour ne pas être vu par la caméra qui filme à 360°. La scène se déroule alors sans son regard immédiat et chaque prise doit être refaite de nombreuses fois."

Au montage aussi, la difficulté est de taille. Il explique : « Je suis extrêmement dépendant du technicien qui, grâce à la technique du Stitching doit assembler les portions d’images les unes avec les autres.  En tant qu’expérience de réalisation, cette étape est très intéressante certes… mais en tant que cinéaste, c’est frustrant car on ne maîtrise pas son travail». Les modifications, s’il y en a, se révèlent donc compliquées et coûteuses. Toutefois, toutes ces contraintes de réalisation peuvent aussi se révéler une source de motivation. Lui-même le reconnaît : « Dans le travail, cela m’a poussé à me surpasser ». 

Du côté des avantages, il admet que cela se révèle être un puissant outil pédagogique. Comme il s’est employé à le faire dans son film, grâce à un système de choix par le regard, il invite le spectateur à décider de la suite de l’histoire selon son bon vouloir : « appliqué au domaine scolaire, il est intéressant de voir pourquoi telle ou telle option a été envisagée ». Notamment dans le cadre de son film, il compte ouvrir des salles de VR itinérantes à Bruxelles en septembre 2021 et au Congo courant de l’année qui vient pour éduquer le public à un thème précis, les droits des enfants, mais en le faisant de manière ludique !

Au coeur de l'intrigue

Documentaire, fiction, film d’animation…l’offre semble pléthorique. Mais n’y aurait-il pas un genre plus propice ? Il énonce qu’ « il ne faut pas se cloisonner à un format, une durée, une vision. Ici, avec Kinshasa Now, il s’agit d’une fiction documentaire par exemple : fiction par les options proposées et documentaire par les situations réelles filmées ». Loin de se cantonner à un genre, la VR transcende les styles. 

Grâce à cette technologie, le spectateur devient en quelque sorte acteur de son périple numérique et pour Marc-Henri Wajnberg, « il n’y a rien de plus fort que d’être dans le film que l’on va voir et décider de l’histoire ». En somme, il l’envisage comme un outil pour voyager de chez soi.

 

Dès lors, à travers la réalité virtuelle, c’est une partie du réel que l’on tente d’approcher, un réel que l’on « a besoin de représenter » selon W. Herzog, cinéaste allemand. Mar-Henri Warnjberg va plus loin : « il faut aussi représenter ses rêves car cela permet la folie et l’invention! On doit continuer à inventer ». Entre vision chimérique et terre-à-terre, cette technologie n’en a pas fini de nous surprendre… 

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