Six marques belges indétrônables à connaître d'urgence

Certaines ont plus de 50 ans. Elles sont nées avant l’ère des réseaux sociaux et du shopping digital. Et si elles ont pris des rides, c’est plutôt d’expression. Focus sur des entreprises qui ont traversé les époques avec brio.

PAR MARIE HONNAY. PHOTOS D.R. SAUF MENTIONS CONTRAIRES. |

29thOctober, une histoire de famille

 

 

Dans les années 80, lorsque Manupher Gulcu arrive en Belgique, il recrée le même atelier de confection que celui qu’il avait fondé à Istanbul. Les premières années, il produit des pièces pour des labels belges et internationaux connus (dont Saint Laurent et Cerruti). En 1992, il décide de lancer sa propre marque tout en continuant à confectionner pour d’autres maisons. Le nom, 29thOctober, est un clin d’œil à la date de naissance de Manupher, mais aussi à celle de son mariage avec Claudine, sa fidèle complice. Dans la famille Gulcu, on a la peau... dans la peau. Tous les manteaux en peau lainée et cuir sont confectionnés à Forest dans les ateliers du label. Du dessin de chaque pièce à sa confection en passant par le patronage ou la création de la toile et le prototype, tout est réalisé sur place.

Dans cette grande maison, on travaille en famille. Lucie et Benjamin, les enfants du couple, ont désormais rejoint l’aventure. Si c’est toujours leur père qui sélectionne les peaux, les coupe et supervise la production (29thOctober emploie des couturiers indépendants qui officient dans son propre atelier), les enfants s’impliquent dans le volet commercial et communicationnel du label. Ingénieur de formation, Benjamin orchestre le virage de la griffe vers le digital. Quant à Lucie, diplômée de Solvay mais passionnée de mode, elle seconde son père côté design. Elle signe aussi la ligne de prêt-à-porter qui, dès cette saison, complète la collection de vestes et de manteaux, le cœur de la marque.

Cette saison... 29thOctober reste fidèle à son ADN : chaque pièce est coupée dans les plus belles peaux italiennes. Ce qui change ? Les couleurs choisies pour certains manteaux et les coupes plus amples, dans un esprit années 70 et 80 très actuels. Côté femmes, le classique Rony, un manteau réversible sans col d’allure assez classique, esprit Jackie Kennedy, se décline cet automne dans un coloris light green flashy. Quant au petit blouson Filipini bleu ciel, il combine allure casual et poids plume. Côté hommes, deux modèles phares se volent la vedette : le Falco, un modèle droit à col revers et le Fadel, un peu plus court et donc plus sage. Depuis l’été dernier, 29thOctober propose aussi une ligne en cuir vegan, réponse directe aux attentes de certains consommateurs.

29thoctober.com

Rue Blanche, de mères en filles

En 1987, Marie-Chantal Regout, épaulée par son cousin, lance Rue Blanche. Pendant deux saisons, ses jolis T-shirts en jersey (à l’époque, une rareté) sont commercialisés sans porter de marque. Preuve que chez les Regout, on fait d’abord les choses par passion. Au fil des années, Rue Blanche (le nom fait référence au nom de la rue qui a accueilli le premier studio du label) impose son identité sans tomber dans les travers du bling. En 2008, la fondatrice du label s’entoure de la styliste Céline Collard, mais continue à dessiner une grande partie de la collection. Il y a six ans, Aude et Astrid, ses deux filles aux profils et caractères aussi opposés que complémentaires, reprennent les rênes de l’entreprise. L’une gère la communication. L’autre le volet commercial.

Pendant direct de la page Instagram officielle de Rue Blanche, @r_b_g_i_r_l_s, leur profil semi-perso, dévoile les coulisses de la marque, leur style, mais aussi la complicité qu’elles entretiennent avec leur maman. Car Rue Blanche, c’est avant tout un esprit, une âme, un style affirmé, mais jamais trop ; une griffe qui habille les femmes au quotidien dans un esprit sophistiqué et un vrai souci de confort. Rue Blanche revendique son choix de proposer chaque saison les mêmes basiques : la chemise blanche, le pantalon noir, les pulls en maille... Des pièces qu’Aude et Astrid considèrent comme essentielles. La qualité, un autre essentiel du label : plus de 70 % de la production est réalisée en Europe dans des ateliers de confiance, partenaires de Rue Blanche depuis plusieurs décennies. Quant aux clientèles fidèles, elles se fournissent dans les neuf boutiques Rue Blanche de Belgique, ainsi que dans une quarantaine de multimarques (aux Pays-Bas, France, USA et Suisse).

Cette saison... Coupes oversized pour le confort, matières nobles (dont la laine), mais aussi plus techniques pour accentuer le confort, et couleurs inspirées de la nature. Chez Rue Blanche, le marron est le nouveau noir. Il se décline dans une palette autour du brun, café, bordeaux, rouille ou beige. Le manteau continue à jouer les premiers rôles. Il cohabite avec le trench waterproof. Les robes, indissociables de l’esprit Rue Blanche, sont élaborées dans une approche ludique pour permettre à chaque femme de se les approprier en nouant la ceinture comme elle l’entend.

rueblanche.com

Essentiel Antwerp, la Belgique en couleurs

 

 

En Wallonie et à Bruxelles, on connaît la marque, ses vitrines colorées et ses robes fantasques qui habillent les femmes belges depuis 1999. En Flandre, tout le monde associe naturellement au label (et à son succès international) sa cofondatrice, Inge Onsea, blonde incendiaire. Une figure solaire et ultra-médiatique qui incarne son projet mode à la perfection. À l’origine, Essentiel (avant que Inge et son ex-mari, Esfan Eghtessadi y ajoutent le mot “Antwerp”) était une simple ligne de T-shirts colorés. Très vite, le marché s’est enflammé. Le couple ouvre alors une première boutique à Anvers, leur ville de cœur, et développe le concept ; un concept sous le signe des couleurs vives et des imprimés chatoyants. Dès 2008, Essentiel s’exporte, en France, mais aussi en Allemagne, aux Pays-Bas et à Londres où la marque possède sa boutique propre.

Si, en 2021, Essentiel Antwerp est un business qui tourne, l’esprit est resté familial. Certains stagiaires racontent que chaque matin, Inge passe dans les bureaux pour saluer tout le monde. Pour durer, le label a évidemment été obligé de s’adapter. L’an dernier, Essentiel Antwerp a décidé d’arrêter sa ligne masculine, moins en phase avec son ADN. Ces derniers mois, suite à la crise, le nombre de collections annuelles a également été revu à la baisse. Depuis un an et demi, la marque s’est aussi entourée de consultants spécialisés dans les questions environnementales. Disponible en ligne, le rapport né de cet audit traduit la volonté du label de tendre vers une transparence maximum. Si l’Inde (qu’Inge Onsea connaît parfaitement pour y avoir vécu) reste le pays de référence pour les broderies, certaines pièces sont désormais produites de manière plus locale, en Europe.

Cette saison... Si la robe à la coupe simple mais spectaculaire, reste l’un des fondamentaux du label, les pantalons amples et les pièces confortables figurent désormais en bonne place dans les collections. Cet automne, les motifs restent évidemment centraux, mais ils sont repensés dans un esprit plus graphique. En mars dernier, la marque a aussi lancé Pink Pill, une ligne de vêtements d’intérieur et sportswear. En réponse aux commentaires des réfractaires aux joggings qui ont jugé cette ligne “non Essentiel”, Inge Onsea a répondu par une photo d’elle-même publiée sur les réseaux sociaux : on la voit en tenue de jogging accessoirisée de détails ultraglam ; sa marque de fabrique. 

essentiel-antwerp.com

Gigue, compromis à la belge

 

 

Fondée en 1991, la marque Gigue est, à l’origine, un projet familial. Et si, aujourd’hui, Gigue appartient au groupe belge Durer Fashion Group (comme Terre Bleue), Audrey Wyckmans, la fille du fondateur, est encore à la tête du volet création. En trente années d’exis- tence, Gigue est restée fidèle à son ADN, chic et classique. Pour ne pas brusquer la femme belge férue de pièces intemporelles, le studio style suit les tendances, mais sans jamais forcer le trait. Le blazer, pièce emblématique du style Gigue, cohabite avec la maille, l’un de ses produits phares. Des évolutions, la griffe belge en a connu, mais toujours en douceur. Pour Audrey Wyckmans, le principe de continuité est essentiel. Surtout sur un marché aussi compliqué que le nôtre. Vendu en Flandre, mais aussi à Bruxelles et en Wallonie, Gigue doit tendre vers un “compromis à la belge” sans perdre son identité. Comme nous l’a expliqué Peter Perquy, CEO du groupe, Les Belges se partagent la Côte et les Ardennes. En termes d’art de vivre et de style, ça nous fait au moins un point en commun. Désormais présente en ligne, dans une centaine de multimarques et une poignée d’enseignes propres, dont une à Knokke, Gigue poursuit son développement en tenant compte des nouvelles habitudes des consommatrices et l’indéniable influence de la rue.

Cette saison... Gigue reste fidèle aux coupes épurées et aux belles matières comme la laine bouillie, le velours, la flanelle et le coton qui ont fait son succès. Coté couleurs, la femme Gigue préfère ne pas choisir. La collection compte donc de jolies teintes pastel, une palette neutre autour du blanc, du crème et du beige (chère aux clientes belges), mais aussi des teintes plus vives, dont un rouge et un rose vibrants. Les coupes se font sensuelles... Tout comme certains détails, dont les jeux de boutonnage, qui accentuent cette dimension. Pour cadrer avec l’air du temps, certaines pièces – comme le pull irlandais ou la jupe-culotte plissée – se veulent aussi plus casual, voire sporty.

gigue.com

Terre bleue, féminin + masculin

 

 

Convaincu que les femmes qui craquaient pour les pièces taille 16 ans des marques pour enfants pourraient trouver leur bonheur dans un nouveau label féminin, le groupe Durer Fashion Group lance Terre Bleue. On est en 2002, en plein boom d’autres marques belges et BCBG comme River Woods, Mer du Nord ou encore Hampton Bays. Au début des années 2000, la tendance se veut classique, mais teintée d’éléments sportwear. La marque de fabrique Terre Bleue : beaucoup de couleurs et d’imprimés. Distribuée dans plus de cent multimarques, la griffe belge compte aussi une ligne masculine lancée en 2009. Créneau à part dans l’univers du prêt-à-porter, l’homme n’est pas facile à fidéliser. Dans un pays qui compte peu de vrais modeux, Terre Bleue vise le juste équilibre entre classique et tendance. Moins sage que la plupart de ses concurrents belges, le studio crée des pièces fashion et avec une touche de glam’. Comprenez des total looks et une attention toute particulière accordée à la maille déclinée dans des teintes résolument vives. Le groupe Durer Fashion Group possède un atelier propre en Tunisie, un choix qui lui permet d’assurer un contrôle qualité d’un bout à l’autre de la chaîne de production, mais aussi de mettre en place des procédés à la fois éthiques et écologiques. Les mailles sont quant à elles fabriquées à Hong Kong. Dans un souci d’évolution, le groupe entame un processus de relocalisation partielle pour ses tissus.

Cette saison... Les tricots jouent les premiers rôles tant du côté de la femme que de l’homme. Photographiée dans un paysage évocateur de la mer du Nord, la collection automne- hiver s’organise autour d’une palette inspirée de la nature : crème, vert olive ou gazon, taupe avec, du côté masculin, quelques accents plus épicés : rouille, citron, cumin... Omniprésents, les pulls sous toutes leurs formes, du cardigan au modèle à capuche, réchauffent une chemise à carreaux (portée en veste), mais aussi un blazer qu’on enfile sur un t-shirt et un pantalon en velours. Côté femmes, la maille se porte sur des robes imprimées et ceinturées dans un esprit cool et chic à la fois. Pour les occasions plus formelles, Terre Bleue joue la carte du costume ajusté, à l’italienne. Quant à la robe chemise imprimée, elle se porte du matin jusqu’à tard dans la nuit, largement ouverte, avec des bottes ou des escarpins.

terrebleue.com

Scapa, un art de vivre 

 

 

En 1968, bien avant le sacre des Six d’Anvers et le début du buzz autour de la mode belge, Arlette Van Oost ouvre une petite boutique de vêtements à Knokke. Très vite, la jeune femme, dont le mari est anglais, décide d’explorer les îles d’Orkney et de Shetland. Elle en rapporte de jolis pulls déclinés dans une large palette de couleurs. D’emblée, ils font un carton en Belgique et en France. Le début de l’aventure Scapa ; une marque sous le signe de ces fameuses mailles authentiques et enveloppantes, de pièces coupées dans les plus belles matières : du coton, du tweed importé d’Angleterre ou d’Italie. Les collections sont dessinées en Belgique, puis produites en Europe par des ateliers choisis pour le soin qu’ils apportent à la confection de chaque pièce.

Plus de cinquante ans plus tard, l’esprit Scapa est toujours là : un mix de classique chic et d’accents plus British. Dans les années 90, le lancement d’une ligne pour la maison, complément évident des autres (dames, hommes, sports et souliers) a permis au label de s’inviter non pas juste dans le dressing, mais également dans l’intérieur des Belges. Fort de son univers assez classique et volontairement intemporel, Scapa a également su trouver des adeptes dans d’autres pays. En marge des 17 boutiques belges, la marque qui occupe environ 120 collaborateurs est présente au travers de magasins à Paris, Zurich, Maastricht et Rome, sans oublier le Japon où Scapa est distribué dans une centaine de corners. Le côté “mer du Nord” de Scapa, ses liens avec l’univers de l’équitation et sa capacité à être à la mode sans vraiment chercher à l’être résonnent aux oreilles des jeunes générations. La preuve : jamais les pièces vintage de Scapa n’ont autant cartonné, y compris chez les jeunes consommatrices.

Cette saison... Avec la capsule A Heritage Reborn, Scapa rend hommage à ses pièces iconiques. Sans cesse revisité, mais fidèle à son ADN, le petit pull court, premier succès de la marque, reste au cœur de la collection. On le retrouve dans des couleurs ultra-vives, comme un fuchsia follement sexy. La longue veste Halifax en laine, autre classique du label, inspirée des manteaux british et proposée dans de nouveaux tissus, peut être portée avec une grande jupe, mais aussi un jeans et une paire de sneakers. Cette saison, Scapa joue également la carte romantique en proposant de nombreux tissus fleuris et de belles soies importées d’Italie.

scapaworld.com

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