Upcycling : des chemises transformées en éléments de déco

Audrey Werthle et Eloïse Maës ont créé une filière créative de recyclage textile. Avec des chemises masculines de seconde main, elles habillent l’espace de nouvelles couleurs. Des créations innovantes, mais surtout, un concept d’économie circulaire. 

Par Agnès Zamboni. Photos La Gadoue Atelier. |

Tout a commencé, il y a environ deux ans, avec un appel à projets qui a réuni quatre initiatives de design autour de la mode et de la décoration d’intérieur. Audrey Werthle et Eloïse Maës : «  A l’occasion de ce projet, nous avons étudié les problématiques de certaines filières de revente comme celle d’Ecoso, débordée par le traitement des déchets textiles et forcée de les exporter vers l’Afrique et les pays de Europe de l’Est. Mais ces derniers préfèrent aujourd’hui acheter des vêtements neufs ! Alors que les débouchés d’hier pour écouler les vêtements d’occasion se referment, nous avons imaginé une solution à cette nouvelle problématique, tout en créant des produits avec une valeur ajoutée. En tant que designers issus de la Design Academy Eindhoven, nous avons toujours développé un intérêt pour les matières, comme le textile et la céramique, avec des préoccupations sur l’environnement. Lorsqu’on est designer, on ressent souvent une forme de culpabilité à produire encore avec des matériaux neufs ». Et de cette réflexion est né le concept Up grades qui réutilise des chemises d’hommes, mises au rebut, dans la création de produits de décoration. « Le traitement des flux de déchets textiles, source de matière première, est envisagée comme une palette infinie de couleurs, que nous ne pourrions pas obtenir avec des tissus neufs ». 

Une réflexion globale et engagée

Un cadre simple et rationnel a été défini avec la sélection d’un type de vêtement. La typologie de la chemise d’homme colorée présente des avantages en termes standardisation et de normes exploitables : épaisseurs similaires des tissus, modèles et formes semblables qui facilitent les opérations de coupe pour le réemploi. « Nous avons soulevé beaucoup d’interrogations sur la fonction de l’upcycling et la collecte. Notre idée est aussi de créer un réseau de partenaires pour pérenniser notre projet et le concrétiser à grande échelle. Nous travaillons avec une chaîne de centres de tri en Flandre et le laboratoire d’innovation économique et sociale Ecoso.

En Belgique, il y a beaucoup de lieux pour sourcer du textile, mais ces sites ne sont pas formés pour fournir des textiles présélectionnés ou répondre à des demandes particulières. Nous avons songé à former des personnes à notre technique pour organiser la sélection des chemises et gérer le stockage ». En effet, la plupart des sites de récupération sont organisés pour revendre les vêtements, mais pas pour les remettre dans un cycle de fabrication en vue d’une nouvelle production. 

Une méthodologie et un concept

Coussins, plaids, tapis, tentures, rideaux… Les nuances de tous les tissus, collectés et découpés, sont assemblées et recomposées dans une collection de créations textiles. « Pour ramener les chemises à l’état de matière première, nous les démontons puis nous les découpons en morceaux. Ils deviennent alors les éléments d’un puzzle que nous assemblons pour réaliser de nouvelles créations textiles. La particularité de la collection résulte de la sélection de notre œil ». 

La sélection et la préparation de la matière première sont deux étapes très importantes dans le processus créatif. Les modèles de chemises, choisies parmi les grandes tailles, sont débarrassés des cols, poignets, boutons, boutonnières. Découpés à plat, ils gardent la mémoire de leur origine : les formes des manches ou des parties formant les devants et les dos sont ainsi conservées. Les différents morceaux de tissu sont ensuite associés en une composition façon patchwork libre, avec une harmonie de couleurs, comme un tableau abstrait… Chaque panneau est renforcé avec un métrage de feutre, issu du recyclage, et recouvert d’une doublure provenant de stocks de tissus invendus. Les textiles sont cousus en appliqué avec un matelassage composé de surpiqures. Une ganse en bordure termine la confection de l’ouvrage entièrement réalisé en Belgique.

« Nous réalisons nous-même les découpes et les finitions qui sont très importantes. Selon les projets, il y a deux principes de travail, le tri par couleurs et la découpe par tailles. La découpe s’effectue selon deux principes : Le démontage des chemises à plat et la découpe de ses différentes parties pour recomposer une nouvelle création, ou leur débit en rectangles réguliers selon un patronage pour les rideaux ».  
Car à côté d’une première collection d’accessoires textiles, Audrey Werthle et Eloïse Maës ont aussi développé des créations de voilages et tentures sur mesure. « Pour cet exercice, nous valorisons les dégradés de couleurs et les jeux de transparences et d’opacité des différents tissus qui jouent avec la lumière naturelle ». Et pour optimiser encore plus le recyclage des matières découpées, Audrey et Eloïse ont réintroduit les déchets de ces deux réalisations dans leurs compositions textiles qui sont proposées en deux formats (140 x 170 cm et 140 x 110 cm). Les pièces de la première collection Up grades sont vendues entre 400 € et 800 €

lagadoueatelier.com

 

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