Soldout fusion forever

Charlotte Maison et David Baboulis, c’est une histoire d’amour née d’une même envie de faire de la musique. Il a flashé sur sa voix, elle a craqué pour son esprit. Couple à la ville comme à la scène, les revoici pour un cinquième album, après un Magritte et des tournées jusqu’en Chine. Entretien au cœur de l’intime.
Par Gilda Benjamin. photos Grégory Derkenne. |

Quand les contraires s’attirent et se complètent, ça donne Soldout. Volontairement sensuelle, la musique électro, tour à tour dansante ou métallique, de ce duo bruxellois définit un couple, Charlotte Maison et David Baboulis, qui vit et s’accomplit à travers une œuvre commune. Il y a treize ans, une même envie de faire de la musique les réunit. Ils tombent amoureux.

Après quatre albums, un Magritte pour la musique du film Puppy Love et des tournées un peu partout dans le monde, ils livrent Forever, dix titres frissonnants calibrés pour allumer les salles et les festivals. Bienvenue dans leur bulle !

Après treize ans de vie commune, cet album marque-t-il une certaine continuité artistique et amoureuse ?

DAVID : On affiche un plus grand détachement et une plus grande liberté. On se connaît mieux, on affirme nos envies tout en nous ouvrant davantage à d’autres artistes. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes beaucoup entourés pour la production de cet album.

CHARLOTTE : Chacun de nos disques représente une image de nous durant deux ans et notre musique évolue en même temps que notre vie, notre entourage, nos goûts… De toute façon, comme dans la vie, le but est un détail, seul compte le chemin pour y arriver. L’important est de trouver un équilibre entre travail et plaisir. Et il faut beaucoup de travail pour accomplir les choses qui nous plaisent !

DAVID : Se fixer un but, c’est entrevoir une fin, avec peut-être la déception au bout. Alors, on fait les choses comme on le sent. En cela, on se complète bien. Charlotte est très structurée et moi plus freestyle.

CHARLOTTE : C’est d’ailleurs ce qui m’impressionne chez toi. David est un autodidacte qui a appris à composer sur ordinateur, il se permet d’écrire des titres auxquels je ne penserais même pas. Moi, j’ai suivi une formation classique, j’ai appris le solfège, nos univers et nos influences sont tellement différents. Son absence de barrières et de règles me laisse rêveuse et c’est l’une des clés de notre entente.

Qui a flashé sur l’autre ?

CHARLOTTE : David a un jour écouté différentes démos avec des voix de chanteuses. En entendant la mienne, il s’est dit prêt à travailler avec moi. Nous nous sommes donc rencontrés dans un but purement professionnel, mais le déclic a été immédiat. Tant et si bien que je suis incapable de vous dire si le couple a précédé le groupe ou inversement. L’un est indissociable de l’autre !

DAVID : On nous demande souvent comment nous arrivons à rester et à travailler si longtemps ensemble, mais c’est justement parce que tout a débuté en même temps que notre histoire dure. On est tout le temps ensemble et il n’y a pas de réelle séparation entre boulot et vie privée. Notre truc pour se retrouver vraiment à deux, ce sont les vacances.

CHARLOTTE : Et encore. Si on part plus que quatre jours, on prend l’ordi. De toute façon, si l’un de nous a une idée, il en parle à l’autre.

Les tournées à l’étranger ne permettent-elles pas aussi de vous retrouver ?

DAVID : Oui, on profite pour passer un peu de temps sur place si c’est possible. Peu de couples peuvent se permettre ce genre d’escapades. Il y en a toujours un qui doit rentrer retrouver l’autre à la maison.

CHARLOTTE : Nous n’hésitons pas à accepter certains concerts seulement pour tenter l’aventure à deux. Quand nous avons reçu un mail pour nous proposer des concerts en Chine, j’ai cru à un spam ! Mais qu’avions-nous à perdre ? Du coup, nous avons passé une semaine supplémentaire pour visiter et nous en gardons un souvenir incroyable. D’autant qu’il y a encore peu de groupes étrangers qui se produisent là-bas.

De toute façon, quel bonheur de découvrir d’autres cultures, d’entrevoir ce qui les relie. Au Mexique et en Espagne, on a ressenti des similarités de mélodies. Et puis c’est formidable de rencontrer des publics qui ne vous connaissent pas forcément. Et de le vivre tous les deux.

Quel regard portez-vous l’un sur l’autre sur scène ?

DAVID : Ah, qu’est-ce qu’elle est belle ! Et puis c’est Charlotte, pas un membre du groupe. Je suis content qu’elle soit en première ligne sur scène, que les regards soient focalisés sur elle.

Vous avez composé une musique de film. Aimeriez-vous vous lancer dans d’autres projets ?

DAVID : La musique nous prend tout. Si nous devions toucher à d’autres formes d’art comme dessiner des pochettes de disque ou créer d’autres projets non musicaux, on risquerait de ne plus être d’accord, et c’est un risque que je ne veux pas courir !

Charlotte est toujours aux aguets, curieuse de tout, des gens… Un peu comme un enfant qui découvre en permanence. C’est très chouette à vivre. Moi je suis plus dans ma bulle, j’ai toujours l’air de tomber des nues devant ses enthousiasmes.

Vos racines différentes ont-elles nourri votre créativité ?

DAVID : La Grèce, pays de ma mère, a sûrement dû me nourrir inconsciemment. J’ai toujours aimé la mythologie quand j’étais ado. Plus je vieillis, plus je ressens un truc indéfinissable d’appartenance à ce pays et à sa culture. D’ailleurs, j’ai un passeport grec. Et mon oncle était musicien traditionnel, il a fait plusieurs tournées dans le monde.

CHARLOTTE : Tu es un mangeur de crudités et de salades, ce n’est pas un hasard ! Ma mère est née en Iran et y a fait ses études. J’ai été élevée selon certaines traditions du zoroastrisme, la religion préislamique de cœur de beaucoup d’Iraniens, qui est plutôt une philosophie. On fête les rites du printemps, du soleil, du feu…

Le dernier mercredi avant l’arrivée du printemps, on réalise des petits tas de feu au-dessus desquels on saute pour se porter chance. Ma mère vient d’une famille d’artistes où la créativité a toujours été encouragée. Et j’ai grandi dans cette idée que devenir artiste était possible.

Plus jeune, j’avais peur d’aller en Iran. C’est grâce à David que j’ai pu m’y rendre enfin, il y a cinq ans, avec lui. Nous avons découvert un pays d’une grande richesse culturelle. Nous venons tous deux de grandes civilisations, grecque et perse. Et nous nous chamaillons souvent, en famille, pour savoir qui a inventé quoi !

La sensualité de cet album était-elle voulue ou inconsciente ?

DAVID : Elle est complètement assumée, il suffit de voir la pochette. On a effectivement créé un album sensuel mais brut à la fois. À l’image de notre musique, langoureuse et froide comme peut l’être la musique électronique. Chacun a cherché à explorer l’extrême de l’autre.

CHARLOTTE : On se connaît mieux et on se laisse aussi plus de liberté. Nous devons avoir chacun notre personnalité et pas devenir un monstre à deux têtes. Le couple n’est pas notre identité.

Soldout nous représente, nous sommes fusionnels mais nous devons rester vigilants afin de conserver notre propre personnalité individuelle. Nous sommes tellement chanceux d’être si complémentaires. Mais c’est aussi du travail : des discussions, des concessions, des encouragements… Nos points forts peuvent être nos points faibles mais chacun tire l’autre vers le haut.