
Dans un monde où les certitudes s’affrontent et où les discussions sont de plus en plus polarisées, un concept en particulier émerge comme un antidote puissant : l’humilité intellectuelle. Ce terme, qui n’a rien de neuf, prend une tout autre dimension à l’ère des opinions tranchées et des débats enflammés. Mais en quoi consiste-t-il réellement, et comment faire pour l’appliquer dans notre vie quotidienne au juste ?
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Cultiver l’humilité intellectuelle
Concrètement, l’humilité intellectuelle se définit comme l’aptitude à reconnaître et à accepter ses limites, ainsi qu’à remettre en question ses propres convictions. De Platon à Socrate en passant par Malebranche ou Spinoza, l’humilité est un concept qui a baroudé au fil des époques. Si elle a toujours été considérée comme une vertu essentielle, le concept d’humilité a récemment été réactualisé grâce à des chercheurs tels qu’Igor Grossmann, professeur de psychologie à l’Université de Waterloo.
Celui-ci s’est notamment penché sur son impact dans le contexte actuel de polarisation politique grandissante. « L’humilité intellectuelle permet de surmonter la pensée binaire à laquelle nous sommes souvent confrontés », explique-t-il. Ce qui signifie, en d’autres termes, que pour améliorer la qualité de nos échanges avec autrui (famille, potes, boulot…), adopter une attitude humble serait la clé.
Des bénéfices pour les autres… et pour soi-même
Cette posture aurait non seulement des effets concrets sur nos relations avec les autres, mais aussi sur notre bien-être personnel. Tenelle Porter, professeure de psychologie à l’Université Rowan, souligne que l’humilité intellectuelle favorise l’empathie et la compréhension mutuelle. « Lorsque nous nous concentrons sur notre humanité commune, nous sommes moins enclins à la défense et plus ouverts à l’écoute », dit-elle. En outre, des études ont établi un lien entre l’humilité intellectuelle et une meilleure capacité à acquérir de nouvelles connaissances. Elizabeth Krumrei Mancuso, professeure à l’Université de Pepperdine, affirme que « ceux qui reconnaissent que leur vision du monde n’est pas parfaite sont plus susceptibles de corriger leurs erreurs et d’adopter une attitude d’apprentissage continu ».
L’humilité intellectuelle joue également un rôle clé dans nos relations personnelles. Elle favoriserait l’empathie, la capacité à prendre du recul ou encore la volonté d’écouter les autres. On est plus enclin à apaiser les différends, à pardonner, à ressentir de la proximité avec les autres et à se sentir de meilleure humeur. En outre, admettre que l’on a tort ou que l’on ne sait pas tout tend à renforcer l’image de compétence chez les individus. Les recherches montrent que les leaders humbles intellectuellement sont les plus admirés.
Comment apprendre l’humilité ?
Intégrer l’humilité intellectuelle dans notre quotidien, plus facile à dire qu’à faire ! Mais certains gestes peuvent aider. Parmi eux, le fait de se poser et de réfléchir avant d’aborder des discussions potentiellement tendues. Une étude de 2021 suggère également qu’écrire à la troisième personne sur des événements marquants de sa journée peut favoriser une plus grande ouverture d’esprit. En prenant du recul, on développe une perspective plus nuancée et moins autocentrée. Finalement, cultiver la gratitude permettrait d’augmenter l’humilité intellectuelle. Il s’agit d’être reconnaissant envers autrui, plutôt que de s’attribuer tout le mérite.
Le plus simple consiste à changer de perspective lorsqu’un débat houleux ou un sujet sensible s’installe autour de la table, lors d’une réunion ou au cours d’une conversation entre amis. Il s’agit de se concentrer sur notre « humanité commune », suggère Grossmann. Soit le fait que nous partageons la même planète, respirons le même air. Cela permettrait de voir les choses différemment, d’être moins sur la défensive, et donc de ne pas toujours être en opposition avec les autres en se disant qu’il y a beaucoup de nous en eux et inversement. « L’humilité intellectuelle est difficile, car nous voulons avoir raison et nous croyons avoir raison », déclare Tenelle Porter, professeure adjointe de psychologie à l’Université Rowan, aux Etats-Unis, qui a coécrit une étude en 2022 avec Grossmann sur ce sujet.
Une stratégie avec des limites
L’humilité intellectuelle ne résout néanmoins pas tout. Dans certaines situations, elle pourrait même s’avérer contre-productive. Dans les environnements de travail compétitifs, une trop grande humilité peut être perçue comme un manque de confiance. Les chercheurs reconnaissent eux-mêmes qu’il reste encore beaucoup à explorer sur ce sujet. Néanmoins, dans un contexte où les échanges constructifs semblent de plus en plus rares, cultiver l’humilité intellectuelle pourrait se révéler une voie pour renouer avec une bonne communication avec autrui. Comme toujours, il s’agit d’un équilibre ténu à trouver : avoir confiance en soi et assumer ses opinions, tout en restant ouvert à la possibilité d’apprendre des autres.
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